Hanna et Mordechai : Courtes nouvelles d’une longue vie

Partie I – La déportation de Fanny

C’est l’histoire de Hanna et de Mordechai. Une histoire que des milliers de personnes partagent. Survivants de la Shoah, ils sont arrivés en Israël où ils ont construit leur famille et leur vie.

Nous avons entendu cette histoire tant de fois que nous ne pouvons plus voir ses détails comme une tragédie ou, parfois, comme un miracle. Pour certains d’entre nous, nous prenons le temps une seule fois par an de les lire ou de les entendre, lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire, à Yom HaShoah.

Le but de ce projet, est certainement de perpétuer l’histoire de Hanna et de Mordechai, une vie extraordinaire pleine de souvenirs (et pas seulement de la Shoah) mais aussi en commémorant tous ces épisodes de leur vie, peut-être que cela nous amènera à penser à ce qui nous a ramenés en Israël, et comment le moindre petit acte peut changer une vie et donc le monde entier ou, compte tenu de l’histoire de notre peuple, quel rôle nous pouvons nous-mêmes  jouer  afin de l’honorer.

Les parents d’Hanna menaient la belle vie en Slovaquie avant la guerre : une vie faite de voyages, de culture et d’autres loisirs. C’est la raison pour laquelle la mère d’Hanna demanda de l’aide à sa sœur aînée, Fanny, pour s’occuper de ses deux filles – Madeleine et Hanna. Fanny était alors veuve et sa fille unique, Lilly, qui venait de se marier, avait quitté la Slovaquie pour la Palestine.

Fanny voulait la rejoindre, mais Lilly dit à sa mère que la situation économique était bien trop difficile, et qu’elle ferait mieux de rester en Slovaquie. Par conséquent, comme le destin l’avait décidé, Fanny resta en Slovaquie et devint rapidement une sorte de nounou pour Hanna et sa sœur, vivant à leur domicile et aidant aux tâches ménagères.

Une nuit au début de la guerre, alors que les parents de Hanna étaient sortis, des officiers nazis frappèrent à la porte, et Fanny ouvrit suivie par les deux petites filles. Les officiers prirent Fanny et la firent monter dans leur camionnette. La sœur de Hanna, Madeleine, courut après eux et dit aux officiers de l’emmener aussi, parce qu’elle ne voulait pas quitter sa tante.

Ils ne virent aucun inconvénient a cela, et à ce moment précis un voisin sortit et dit aux officiers nazis de laisser l’enfant  parce qu’elle était la fille d’Emile Schwartz – le père de Hanna avait un « piston » parce qu’il était douanier dans les trains de la Slovaquie, et comme ses compétences étaient nécessaires, lui et sa famille ne devaient pas être déportés – du moins au début de la guerre.

Ainsi, la sœur de Hanna fut sauvée, et sa tante Fanny mourut dans un camp d’extermination. Sur six frères et sœurs, seules deux sœurs ont survécu à la Shoah : la mère de Hanna et sa sœur Carolina. Cette dernière, tout comme la famille de Hanna, vint en Israël après la guerre et mourut dans une attaque terroriste à Mishmar Ayalon.

Pendant des années, le traumatisme de cette histoire réveillait Hanna chaque nuit : elle pleurait en silence, même après être devenue elle-même mère. Elle n’en parla pas avec son mari au cours de la première décennie de leur mariage. Comme pour beaucoup de survivants, exprimer les souvenirs à haute voix est parfois trop difficile.

Ils les laissent enfouis au fond d’eux mêmes, la pire chose à faire. Mordechai m’a raconté l’histoire de son ami qui n’a jamais parlé de ce qui lui est arrivé pendant la Shoah et puis un jour, alors qu’il avait 70 ans, il a commencé à en parler, comment lui et sa famille se cachaient dans les bois, en vivant littéralement avec des cadavres autour d’eux. Après avoir commencé à parler, il n’a jamais cessé de pleurer.

Nous voulons, tous, le meilleur pour nos enfants, nous voulons, tous, les protéger. Certainement que, parents à cette époque-là, nous aurions préféré qu’ils fassent leur Alyah et construisent leur famille, ici, en Israël. Mais cela aussi a un prix : vivre avec ces souvenirs.

à propos de l'auteur
Française d'origine, Myriam est arrivée en Israël il y a 15 ans. Depuis, elle travaille dans la finance et la gestion de fortune.
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