Hamas-ONG, des liaisons incestueuses et mortifères

Des Gazaouis déplacés transportant des colis alimentaires après avoir pillé des camions transportant de l’aide humanitaire, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 août 2025. (Crédit : AFP)
Des Gazaouis déplacés transportant des colis alimentaires après avoir pillé des camions transportant de l’aide humanitaire, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 août 2025. (Crédit : AFP)

Le Système de Contrôle du Hamas sur les ONG à Gaza (2018-2022) : infiltration, coercition et enjeux géopolitiques.

NGO Monitor vient de publier un rapport très documenté sur la prise de contrôle par le Hamas des ONG présentes à Gaza, ainsi que sur les liens directs et indirects entre le mouvement islamiste et de nombreux acteurs institutionnels.

Dans un contexte où même un ancien ministre du Qatar a reconnu que son pays finançait des journalistes étrangers pour influencer la couverture médiatique, ces révélations éclairent la mécanique de domination du Hamas et les formes de complicité – actives ou passives – de certaines organisations internationales.

On accuse Israël d’interdire l’accès aux journalistes à Gaza, alors même que nombre de correspondants sur place adoptent une ligne accusatrice envers Israël, occultant le fait que depuis 2006, « ceux qui assassinent réellement les Palestiniens » sont les dirigeants qui exercent un pouvoir absolu sur leurs propres citoyens. Les ONG en sont les témoins, restant muets, pour se maintenir sur place.

Un appareil de contrôle structuré

Des documents internes du Hamas, exfiltrés et déclassifiés entre 2018 et 2022, montrent un système d’infiltration, de surveillance et de manipulation des ONG internationales opérant dans la bande de Gaza.

Gaza n’apparaît pas comme un espace humanitaire neutre, mais comme un environnement strictement contrôlé où l’aide internationale est captée et exploitée par un acteur politico-militaire. Les documents révèlent que le Hamas :

  • considère les ONG comme des « menaces sécuritaires »,
  • infiltre leurs structures via les « garants »,
  • transforme certains employés en sources de renseignement,
  • manipule ou censure des projets humanitaires,
  • utilise des projets civils pour protéger ses infrastructures militaires,
  • et bénéficie du silence ou de la prudence d’ONG craignant des représailles.

Les ONG classées comme « dangers sécuritaires »

Un document du 4 mars 2020 classe explicitement les ONG parmi les « dangers sécuritaires et menaces ». Le ministère de l’Intérieur du Hamas (MoINS) ordonne alors de :

Placer les organisations internationales sous surveillance technologique permanente.

Identifier les garants et les employés locaux.

Classer les garants selon des critères sécuritaires afin de pouvoir les utiliser.

Préparer des rapports sur tous les garants.

Infiltrer leurs bureaux et leurs employés.

Les ONG ne sont donc pas perçues comme des partenaires humanitaires, mais comme des structures à surveiller et à instrumentaliser.

Le système des garants : une infiltration systématique

Le mécanisme central mobilisé par le Hamas est celui des garants : des Gazaouis « approuvés » par le mouvement et placés dans les ONG à des postes de direction. Selon un mémo de décembre 2022, 55 garants sont identifiés dans 48 ONG ; ces garants :

peuvent être exploités à des fins sécuritaires, afin d’infiltrer les associations étrangères, leurs cadres étrangers et leurs déplacements.

Le fichage réalisé par le Hamas est intrusif, idéologique et parfois intime. Quelques citations issues des documents :

Il déteste le mouvement Hamas.

Elle quitte sa maison en vêtements exposés qui transgressent la charia.

Il est communiste.

Elle n’est pas susceptible au chantage.

Il court chaque jour sur la plage après la prière de l’Asr.

On retrouve ici les méthodes d’une police politique, combinant surveillance, pression morale et exploitation de failles personnelles.

Des employés d’ONG transformés en informateurs

Plusieurs documents montrent que le Hamas parvient à transformer certains garants en informateurs.

  • En juin 2021, un responsable de Mercy Corps, confronté à des accusations de « transgressions », déclare qu’il est « prêt pour toute coopération nécessaire ». Il accepte de transmettre au MoINS toutes les informations « sécuritaires, administratives et financières » concernant son ONG et ses partenaires.
  • Un ancien employé d’ANERA est qualifié de « source de renseignement ».

Le Hamas se plaint d’un « manque de prise de contrôle du renseignement sur les ONG américaines » et demande de « renforcer les sources locales internes ».

Le chantage administratif : inspections forcées et fermetures

Le Hamas utilise largement les leviers administratifs pour imposer sa volonté aux ONG.

  • Save the Children refuse un audit ?

Le MoINS ordonne « d’imposer des restrictions jusqu’à ce que l’association cède ».

  • ANERA résiste pendant des mois ?

Audit forcé puis découverte revendiquée de « violations financières ».

  • International Medical Corps ne transmet pas certains rapports ?

Fermeture de ses bureaux pendant une semaine.

La logique est claire : aucune ONG ne peut fonctionner sans se soumettre à la structure politico-sécuritaire du Hamas – ce que nient nombre de médias et de partis d’extrême gauche.

Projets civils utilisés pour masquer des infrastructures militaires

Les documents montrent que des projets humanitaires peuvent servir indirectement à couvrir des infrastructures militaires. Un rapport de juin 2021 décrit un projet Oxfam d’irrigation en zone frontalière. Selon le MoINS, ces vergers sont :

…connus pour être une couverture des activités de la résistance.

Le partenaire local, Rai-Consult, est composé de cadres « à vision islamiste » et « affiliés au Hamas ».

Dans ce contexte, des projets de développement deviennent des boucliers opérationnels, permettant de protéger des positions du Hamas.

Manipulation et censure des programmes humanitaires

Le Hamas ajuste ou censure les questionnaires, projets ou enquêtes des ONG pour éviter que des éléments sensibles ne soient révélés :

  • suppression de 13 questions dans une enquête Oxfam,
  • modification de questionnaires Mercy Corps pour éviter « d’identifier des membres de la résistance »,
  • validation obligatoire des fouilles de terrain par le renseignement militaire.

Les listes de bénéficiaires, souvent établies par des ministères contrôlés par le Hamas, permettent de redistribuer l’aide selon des priorités politiques.

Des colis d’aide humanitaire sont visibles du côté gazaoui du point de passage de Kerem Shalom, dans le sud de la bande de Gaza, le 24 juillet 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Le silence forcé ou stratégique des ONG

Un exemple marquant concerne le Norwegian Refugee Council. Lors d’une visite à domicile, un bénéficiaire demande si l’effondrement du sol de son appartement provient d’un tunnel. Le rapport note :

Les chercheurs n’ont pas répondu.

Cette autocensure, qu’elle soit prudence ou crainte, contribue à occulter la présence d’infrastructures militaires sous les zones civiles.

Analyse opérationnelle

Les ONG opérant à Gaza connaissent parfaitement les règles imposées par le Hamas. Pourtant, elles :

  • « omettent ou minimisent les violations du Hamas »,
  • dénoncent plus volontiers Israël que l’exploitation humanitaire orchestrée par le Hamas,
  • fournissent malgré elles une « couverture institutionnelle » à un appareil politico-militaire.

En se taisant ou en coopérant, certaines ONG finissent par internaliser les narratifs du Hamas, rendant le système humanitaire vulnérable à la manipulation et à la désinformation (c’est le constat).

Conséquences sur la gouvernance humanitaire internationale

Ces révélations montrent que la neutralité humanitaire peut être entièrement compromise sous l’autorité d’un groupe armé. Pour les bailleurs internationaux (ONU, UE, États-Unis), cela signifie que les données recueillies à Gaza sont fragilisées (désinformation flagrante reprise en chœur par les médias occidentaux), faussant :

  • les évaluations de besoins,
  • les mécanismes logistiques,
  • les négociations diplomatiques,
  • les rapports au Conseil de sécurité.

La question structurelle est désormais cruciale : peut-on opérer dans une zone dominée par un groupe armé sans devenir partie du système ?

Un levier stratégique pour le Hamas

Le contrôle des ONG donne au Hamas :

  • une légitimité de facto,
  • une rente politique,
  • un réseau de renseignement intégré aux flux humanitaires.

Lors des négociations de cessez-le-feu ou de reconstruction, cela lui confère une influence disproportionnée par rapport à sa reconnaissance internationale.

Un défi diplomatique pour l’Europe et les États-Unis qui doivent réviser leur politique vis-à-vis des ONG et leur financement hors de contrôle

Les ONG occidentales reçoivent des financements soumis à des règles strictes. Or les documents montrent que certains dirigeants locaux sont :

  • membres du Hamas,
  • affiliés au FPLP,
  • employés de structures paramilitaires.

Cela expose les bailleurs à :

  • des risques juridiques (Cour Pénale internationale),
  • des controverses politiques,
  • des révisions possibles des financements.

Fragilisation du système onusien

Ces révélations renforcent les conclusions du rapport Colonna (2024) : infiltration, manque d’indépendance et contrôles déficients.

Pour certains États, ces éléments deviennent un outil politique pour demander une réforme profonde de l’UNRWA, totalement infiltrée par le Hamas, ou une réduction de ses financements ; l’organisation étant devenue complice par passivité, mais étant en pleine connaissance de la situation.

Pour Israël : un atout dans la bataille narrative

Les documents confortent la position israélienne selon laquelle :

  • l’aide humanitaire bénéficie au Hamas,
  • des infrastructures militaires sont dissimulées sous des projets civils,
  • les ONG contribuent involontairement à la stratégie du mouvement et en fait des complices – par omission et/ou passivité…

Pour l’Égypte et le Qatar : des implications directes

  • Égypte : sa médiation régionale et sa sécurité dans le Sinaï sont directement affectées.
  • Qatar : le principal bailleur du Hamas est potentiellement exposé à de nouvelles pressions américaines. Surtout quand un ancien ministre déclare publiquement que son pays finance des journalistes étrangers à son service…

Le contrôle du Hamas sur les ONG constitue un système institutionnalisé de gouvernance parallèle

Il combine renseignement, coercition administrative et instrumentalisation stratégique de l’aide. Les implications de ce contrôle par le Hamas dépassent Gaza et touchent :

  • la crédibilité du système humanitaire mondial,
  • l’équilibre diplomatique régional,
  • et la capacité des puissances internationales à financer des programmes sans en perdre le contrôle.
à propos de l'auteur
Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles, depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine.
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