Haftarat VaYelekh, Guérison et Teshouva

Quiconque craint de se repentir ne tire aucun fruit de ses erreurs. ” (François René de Chateaubriand)

La haftarah lue entre Rosh HaShana et Yom Kippour[1] se nomme haftarat Shouva, la haftarah du Retour à l’Eternel.

La racine verbale שׁ.ו.ב. / Sh. Ou. B [V] « retourner vers » est omniprésente dans le texte du prophète הוֹשֵׁעַ/ Oshéa (Osée) qui adresse son message à Israël, le royaume du Nord fondé par יָרָבְעָם /Yarov’am (Jéroboam) :

ב שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֺנֶךָ. ג קְחוּ עִמָּכֶם דְּבָרִים וְשׁוּבוּ אֶל-יְהוָה אִמְרוּ אֵלָיו כָּל-תִּשָּׂא עָוֺן וְקַח-טוֹב וּנְשַׁלְּמָה פָרִים שְׂפָתֵינוּ. (הושע יד: ב-ג)

2 Reviens, Israël, jusqu’à l’Eternel, ton Seigneur ; car tu as échoué par ton péché. 3 Prenez avec vous des paroles [suppliantes] et revenez vers le Seigneur ! Dites-lui : « Fais grâce entière à la faute, agrée le bon et nous paierons les taureaux par cette promesse de nos lèvres. (Osée 14 : 2-3).

La racine du retour, שׁ.ו.ב. , se distingue toutefois par l’association respective des mots « עַד-Ad jusqu’à » (Osée 14 : 2) et «אֶל – El- vers » (Osée 14 : 3).

Le commentateur Malbim (1809-1879) explique que la notion de « retour vers l’Eternel » doit être comprise comme plus forte et plus élevée encore que l’expression « jusqu’à l’Eternel ». En somme, le Retour vers la Source divine s’accomplit de manière progressive. Les paroles du prophète Osée s’inspirent essentiellement du livre du Deutéronome dans lequel apparaît pour la première fois cette subtile différence : «וְשַׁבְתָּ עַד-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ » (Deutéronome 30 : 2) et « כִּי תָשׁוּב אֶל-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ » (10 : 30). Le prophète Osée ne cesse d’enjoindre Israël et Juda de reconnaître leurs fautes et d’adresser leurs prières exclusivement à l’Eternel, indépendamment des sacrifices offerts sur l’autel du Temple de Jérusalem qui ne constituent point l’essence du culte divin :

ו כִּי חֶסֶד חָפַצְתִּי וְלֹא-זָבַח וְדַעַת אֱלֹהִים מֵעֹלוֹת. (הושע ו: ו)

6 C’est que Je désire la bonté et non le sacrifice, et la connaissance du Seigneur aux holocaustes (Osée 6 : 6).

A la Teshouvah d’Israël répond celle de l’Eternel :

ה אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹהֲבֵם נְדָבָה כִּי שָׁב אַפִּי מִמֶּנּוּ. (הושע יד: ה)

5 Je les guérirai de leur égarement, je les aimerai généreusement, parce que ma colère s’est détournée d’eux. (Osée 14 : 5).

Dans ce dialogue liant le peuple d’Israël à l’Eternel, la racine « שׁ.ו.ב./ Sh. Ou. B [V] retourner vers » détient aussi le sens de « s’éloigner, se détourner ».

Quel fut l’égarement d’Israël ?

Israël, qui mettait toute sa confiance sur le soutien des puissances étrangères et de leurs divinités respectives, s’engage sincèrement à revenir vers sa Source, autrement dit l’Eternel :

ד אַשּׁוּר לֹא יוֹשִׁיעֵנוּ עַל-סוּס לֹא נִרְכָּב וְלֹא-נֹאמַר עוֹד אֱלֹהֵינוּ לְמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ אֲשֶׁר-בְּךָ יְרֻחַם יָתוֹם (הושע יד: ד)

4 Nous ne voulons plus de l’appui d’Achour, nous ne monterons plus sur les chevaux [de l’étranger], et nous ne dirons plus : « Nos dieux ! » à l’œuvre de nos mains ; car auprès de toi seul le délaissé trouve compassion. (Osée 14 : 4).

Libérées du double joug assyrien et égyptien, les dix tribus perdues du royaume du Nord, comparées à la vigne aux puissantes et profondes racines, reviendront en Israël pour s’y installer définitivement et y semer le blé de la liberté retrouvée :

ח יָשֻׁבוּ יֹשְׁבֵי בְצִלּוֹ יְחַיּוּ דָגָן וְיִפְרְחוּ כַגָּפֶן זִכְרוֹ כְּיֵין לְבָנוֹן (הושע יד: ח)

8 Ils reviendront ceux qui s’installent à son ombre (de l’olivier) et ranimeront la culture du blé, et fleuriront comme la vigne ; son souvenir sera comme le vin du Liban (Osée 14 : 8).

Cette dernière prophétie ne cesse de s’accomplir sous nos yeux avec le retour des Beney Menashé, tribu perdue d’Inde, des juifs éthiopiens (Beita Israel), des juifs Igbos du Nigeria, des juifs de Chine, d’Afghanistan et du Kurdistan entre autres.

La haftarah s’achève sur une question rhétorique suscitant la contemplation de l’Histoire d’Israël qui témoigne de la gloire divine[2] et la chute des ennemis d’Israël :

י מִי חָכָם וְיָבֵן אֵלֶּה נָבוֹן וְיֵדָעֵם כִּי-יְשָׁרִים דַּרְכֵי יְהוָה וְצַדִּקִים יֵלְכוּ בָם וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם. (הושע יד: י)

10 Qui est sage pour comprendre ces choses, intelligent pour les connaître ? Droites sont les voies de l’Eternel, les justes y marchent ferme, les pécheurs y trébuchent. » (Osée 14 : 10).

Si ce dernier verset plein de sagesse clôt la haftarat VaYelekh et le livre du prophète Osée, les Sages d’Israël concluent sur une note d’amour et ne se fixent point sur le futur effondrement des puissances conquérantes. L’Eternel, fidèle à son Alliance, efface les fautes et les égarements de jeunesse de son peuple bien-aimé, Israël :

יח מִי-אֵל כָּמוֹךָ נֹשֵׂא עָוֺן וְעֹבֵר עַל-פֶּשַׁע לִשְׁאֵרִית נַחֲלָתוֹ לֹא-הֶחֱזִיק לָעַד אַפּוֹ כִּי-חָפֵץ חֶסֶד הוּא. יט יָשׁוּב יְרַחֲמֵנוּ יִכְבֹּשׁ עֲוֺנֹתֵינוּ וְתַשְׁלִיךְ בִּמְצֻלוֹת יָם כָּל-חַטֹּאותָם. כ תִּתֵּן אֱמֶת לְיַעֲקֹב חֶסֶד לְאַבְרָהָם אֲשֶׁר-נִשְׁבַּעְתָּ לַאֲבֹתֵינוּ מִימֵי קֶדֶם. (מיכה ז: יח-כ)

18 Quel dieu t’égale [Seigneur], qui pardonne les iniquités, qui fait grâce aux offenses du petit reste de ton héritage ? Il ne garde pas à jamais sa colère, parce qu’il désire la bienveillance. 19 Il éprouvera de nouveau de la miséricorde, il étouffera nos iniquités, et tu jetteras tous nos péchés dans les profondeurs de la mer. 20 Tu donneras à Jacob la vérité, à Abraham la bienveillance, que tu as juré à nos pères dès les premiers âges. (Michée 7 : 18-20).

[1] Parashat VaYelekh : Deutéronome 31 : 1-30. Haftarat VaYelekh : Osée 14 : 2-10. Les Ashkénazes ajoutent : Joël 2 : 15-27 et les Séfarades : Michée 7 : 18-20.
[2] Cf. également psaume 107 : 43.

Shabbat shalom !

Haïm Ouizemann

Commentaire publié sur Campus biblique

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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