Haftarat Nitsavim : La vierge d’Israël – Rédemption

« Israélites, nation unique que, durant des millénaires, la soif de conquête et la tyrannie ont pu dépouiller uniquement de sa terre ancestrale mais non point de son nom ni de son existence nationale ! » (Probable discours de Napoléon Bonaparte, Jérusalem, 1er floréal an 7 de la République française (20 avril 1799).

La haftarat Nitsavim[1] clôt le cycle des sept haftarot de consolation toutes extraites du livre d’Isaïe. Toujours lue le Shabbat précédant le Nouvel an juif- Rosh Ha-Shana, cette haftarah renferme en son sein l’essentiel des six haftarot précédentes. Le thème de la consolation, fil rouge traversant toutes ces haftarot, se fonde sur la notion de Berit Olam, autrement dit d’Alliance éternelle, de l’Amour indéfectible entre l’Eternel et Son peuple Israël. Ce thème récurrent du mariage constitue l’essentiel de la première partie de la haftarat Nitsavim :

י שׂוֹשׂ אָשִׂישׂ בַּיהוָה תָּגֵל נַפְשִׁי בֵּאלֹהַי כִּי הִלְבִּישַׁנִי בִּגְדֵי-יֶשַׁע מְעִיל צְדָקָה יְעָטָנִי כֶּחָתָן יְכַהֵן פְּאֵר וְכַכַּלָּה תַּעְדֶּה כֵלֶיהָ. (ישעיהו סא: י)

10 Je veux me réjouir pleinement en l’Eternel, que mon âme se délecte en mon Seigneur ! Car il m’a revêtu de la livrée du salut, enveloppé du manteau de la victoire : tel un fiancé orne sa tête d’un diadème, telle une jeune épouse se pare de ses joyaux. (Isaïe 61 : 10).

De la même manière qu’Israël se réjouit ardemment du lien intime qui le lie à l’Eternel, l’Eternel, comparé à un jeune homme, se réjouit à son tour du lien conjugal le liant à Israël, comparé à une jeune épousée :

ה כִּי-יִבְעַל בָּחוּר בְּתוּלָה יִבְעָלוּךְ בָּנָיִךְ וּמְשׂוֹשׂ חָתָן עַל-כַּלָּה יָשִׂישׂ עָלַיִךְ אֱלֹהָיִךְ. (ישעיהו סב: ה)

5 Car comme le jeune homme s’unit à la vierge, tes enfants te seront unis ; et comme le fiancé se réjouit de sa fiancée, ton Seigneur se réjouira de toi. (Isaïe 62 : 5).

Si à maintes reprises, Israël a abandonné son Epoux, l’Eternel, pour d’autres dieux et d’autres nations, pourquoi le texte de la haftarah compare-t-il Israël à une vierge Betoulah – בְּתוּלָה?

Le prophète Jérémie rappelle, lui aussi, la chute vertigineuse de la vierge Israël :

לב הֲתִשְׁכַּח בְּתוּלָה עֶדְיָהּ כַּלָּה קִשֻּׁרֶיהָ וְעַמִּי שְׁכֵחוּנִי יָמִים אֵין מִסְפָּר. (ירמיהו ב: לב)

32 Une vierge oublie-t-elle sa parure, une fiancée ses atours ? Et mon peuple m’a oublié depuis des jours sans nombre ! (Jérémie 2 : 32).

Aux remontrances, succède la consolation du prophète Jérémie envers la vierge Israël :

יב אָז תִּשְׂמַח בְּתוּלָה בְּמָחוֹל וּבַחֻרִים וּזְקֵנִים יַחְדָּו וְהָפַכְתִּי אֶבְלָם לְשָׂשׂוֹן וְנִחַמְתִּים וְשִׂמַּחְתִּים מִיגוֹנָם. (ירמיהו לא: יב)

12 Alors, la jeune fille prendra plaisir à la danse, adolescents et vieillards [se réjouiront] ensemble ; je changerai leur deuil en allégresse et en consolation, et je ferai succéder la joie à leur tristesse. (Jérémie 31 : 12).

La virginité d’Israël mise en évidence chez Jérémie et Isaïe dans la haftarat Nitsavim témoigne que ses dérives et ses déviations n’ont jamais touché à l’essence même de sa vocation ni à son âme collective. S’il peut paraître que l’Alliance conclue avec l’Eternel a été parfois ternie, les paroles de consolation prononcées par les prophètes démontrent qu’elle est indestructible !

ח וַיֹּאמֶר אַךְ-עַמִּי הֵמָּה בָּנִים לֹא יְשַׁקֵּרוּ וַיְהִי לָהֶם לְמוֹשִׁיעַ. (ישעיהו סג: ח)

8 Et Il [l’Eternel] disait : « Ils sont mon peuple, après tout, des enfants qui ne sauraient mentir. » Et il devint pour eux un sauveur. (Isaïe 63 : 8).

Rappelons-nous que même Bil’am, le prophète déchu commandité par le roi de Moav Balak, a reconnu qu’Israël n’a jamais abandonné son Seigneur :

כג כִּי לֹא-נַחַשׁ בְּיַעֲקֹב וְלֹא-קֶסֶם בְּיִשְׂרָאֵל כָּעֵת יֵאָמֵר לְיַעֲקֹב וּלְיִשְׂרָאֵל מַה-פָּעַל אֵל. (במדבר כג: כג)

23 Il n’y a point de magie en Jacob, point de sortilège en Israël : à présent on dira à Jacob et à Israël ce que le Seigneur a accompli. (Nombres 23 : 23).

Cet amour incommensurable liant l’Eternel à Israël s’exprime symboliquement par les nouveaux noms de Jérusalem :

ד לֹא-יֵאָמֵר לָךְ עוֹד עֲזוּבָה וּלְאַרְצֵךְ לֹא-יֵאָמֵר עוֹד שְׁמָמָה כִּי לָךְ יִקָּרֵא חֶפְצִי-בָהּ וּלְאַרְצֵךְ בְּעוּלָה כִּי-חָפֵץ יְהוָה בָּךְ וְאַרְצֵךְ תִּבָּעֵל. יב וְקָרְאוּ לָהֶם עַם-הַקֹּדֶשׁ גְּאוּלֵי יְהוָה וְלָךְ יִקָּרֵא דְרוּשָׁה עִיר לֹא נֶעֱזָבָה. (ישעיהו סב: ד; יב)

4 Tu ne seras plus nommée la Délaissée et ta terre ne s’appellera plus Solitude ; toi, tu auras nom Celle en qui je trouve mon plaisir, et ta terre se nommera I’Epousée ; parce que tu seras la bien-aimée de l’Eternel, et parce que ta terre connaîtra les épousailles. 12 Et on les appellera le peuple saint, les affranchis de l’Eternel ; et toi [Jérusalem], tu auras nom la Recherchée, la Ville non délaissée. (Isaïe 62 : 4 ; 12).

L’appellation « עַם-הַקֹּדֶשׁ, peuple saint [séparé] » n’est point nouvelle et fait écho au terme « וְגוֹי קָדוֹשׁ, nation sainte [séparée] » dans le livre de l’Exode :

ו וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר תְּדַבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. (שמות יט: ו)

6 mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres [Cohanim] et une nation sainte. Tel est le langage que tu tiendras aux enfants d’Israël. » (Exode 19 : 6).

Israël n’a rien perdu de sa vocation originale et originelle !

La seconde partie de la haftarat Nitsavim relate la victoire d’Israël sur la nation d’Edom qui représente à elle seule, tous les autres empires :

א מִי-זֶה בָּא מֵאֱדוֹם חֲמוּץ בְּגָדִים מִבָּצְרָה זֶה הָדוּר בִּלְבוּשׁוֹ צֹעֶה בְּרֹב כֹּחוֹ אֲנִי מְדַבֵּר בִּצְדָקָה רַב לְהוֹשִׁיעַ. (ישעיהו סג: א)

1 Quel est celui qui vient d’Edom, qui arrive de Boçra, les vêtements teints de rouge ? Qu’il est magnifique dans son costume et s’avance fièrement dans l’éclat de sa force ! C’est moi, qui parle le langage de la justice et suis puissant pour sauver. (Isaïe 63 : 1).

Dans cette haftarah, אֱדוֹם Edom (Isaïe 63 : 1) est broyée et réduite à néant. Elle symbolise celles des Nations qui, elles aussi, seront « broyées » pour ne point avoir reconnu l’Eternel et Son peuple Israël :

ו וְאָבוּס עַמִּים בְּאַפִּי וַאֲשַׁכְּרֵם בַּחֲמָתִי וְאוֹרִיד לָאָרֶץ נִצְחָם. (ישעיהו סג: ו)

6 Et je broyai des peuples dans ma colère, je les étourdis dans ma fureur, et fis couler leur sang à terre. (Isaïe 63 : 6).

Cette idée selon laquelle Edom représente les Nations et que l’effondrement du premier annonce inéluctablement celles d’entre les secondes qui ne reconnaissent ni l’Eternel ni Son peuple apparaît chez le prophète Ovadia :

טו כִּי-קָרוֹב יוֹם-יְהוָה עַל-כָּל-הַגּוֹיִם כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתָ יֵעָשֶׂה לָּךְ גְּמֻלְךָ יָשׁוּב בְּרֹאשֶׁךָ. (עובדיה א: טו)

15 Quand approchera le Jour du Seigneur pour toutes les Nations, comme tu as fait il te sera fait, tes œuvres retomberont sur ta tête. (Ovadia 1 : 15).

Un instant, l’Eternel s’est enflammé de colère contre son peuple et la terre d’Israël :

כב גָּפְרִית וָמֶלַח שְׂרֵפָה כָל-אַרְצָהּ לֹא תִזָּרַע וְלֹא תַצְמִחַ וְלֹא-יַעֲלֶה בָהּ כָּל-עֵשֶׂב כְּמַהְפֵּכַת סְדֹם וַעֲמֹרָה אַדְמָה וּצְבֹיִים אֲשֶׁר הָפַךְ יְהוָה בְּאַפּוֹ וּבַחֲמָתוֹ. (דברים כט: כב)

22 Terre de souffre et de sel, partout calcinée, elle ne sera point ensemencée et ne fleurira point ; impuissante à faire pousser une herbe comme à Sodome et Gomorrhe, Adma et Tsévoïm, que l’Éternel bouleversa dans sa colère et dans son courroux (Deutéronome 29 : 22).

Si cet instant de colère contre Israël fut bref, la bénédiction prodiguée par l’Eternel est, elle, éternelle. Israël, libéré du joug des Nations, jouit du pays d’Israël où la terre répond par ses fruits succulents :

ח נִשְׁבַּע יְהוָה בִּימִינוֹ וּבִזְרוֹעַ עֻזּוֹ אִם-אֶתֵּן אֶת-דְּגָנֵךְ עוֹד מַאֲכָל לְאֹיְבַיִךְ וְאִם-יִשְׁתּוּ בְנֵי-נֵכָר תִּירוֹשֵׁךְ אֲשֶׁר יָגַעַתְּ בּוֹ. (ישעיהו סב: ח)

8 L’Eternel l’a juré par sa droite et son bras puissant : « Jamais plus je ne livrerai ton blé en pâture à tes ennemis ; jamais plus les fils de l’étranger ne boiront ton vin, fruit de ton labeur. (Isaïe 62 : 8).

Le dernier verset de la haftarat Nitsavim qui a traversé 2800 ans témoignant de la gratitude du peuple d’Israël envers l’Eternel devrait être remémoré quotidiennement depuis que les premiers pionniers et les fondateurs de l’Etat d’Israël ont permis par leur sacrifice de faire de la prophétie d’Isaïe une réalité palpable !

ז חַסְדֵי יְהוָה אַזְכִּיר תְּהִלֹּת יְהוָה, כְּעַל כֹּל אֲשֶׁר-גְּמָלָנוּ יְהוָה וְרַב-טוּב לְבֵית יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-גְּמָלָם כְּרַחֲמָיו וּכְרֹב חֲסָדָיו. (ישעיהו סג: ז)

7 Je veux me remémorer les bienfaits du Seigneur, les louanges de l’Eternel, en raison de toutes les bontés qu’il a eues pour nous, du bien immense qu’il a fait à la maison d’Israël, qu’il lui a fait selon sa miséricorde et l’abondance de ses grâces. (Isaïe 63 : 7).

[1] Parashat Nitsavim : Deutéronome 29 : 9-30 : 20 ; Haftarat Nitsavim : Isaïe 61 : 10-63 : 9.

Shabbat shalom !

Haïm Ouizemann

Commentaire publié sur Campus biblique

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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