Haftarat Balak, le secret de la Bénédiction d’Israël

« Avoir la foi, c’est monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier. » (Martin Luther King)

La haftarat Balak[1] développe la bénédiction délivrée par Bil’am, se composant de quatre grandes parties :

1- Israël : une bénédiction pour l’ensemble de l’Humanité,

2- Prophétie contre la confiance mise dans la force armée et les faux dieux,

3- Remontrance contre les hommes de Juda,

4- Choix de la Justice, de l’Amour et de l’Humilité.

Effectivement, la haftarat Balak et la parashah du même nom ont pour dénominateur commun l’histoire du devin Balak appelé par Bil’am, roi de Moav, pour maudire Israël :

ו וְעַתָּה לְכָה-נָּא אָרָה-לִּי אֶת-הָעָם הַזֶּה כִּי-עָצוּם הוּא מִמֶּנִּי אוּלַי אוּכַל נַכֶּה-בּוֹ וַאֲגָרְשֶׁנּוּ מִן-הָאָרֶץ כִּי יָדַעְתִּי אֵת אֲשֶׁר-תְּבָרֵךְ מְבֹרָךְ וַאֲשֶׁר תָּאֹר יוּאָר. (במדבר כב: ו)

6 Viens donc, je te prie, et maudis-moi ce peuple, car il est plus puissant que moi : peut-être parviendrai-je à le vaincre et le repousserai-je du pays. Car, je le sais, celui que tu bénis est béni, et celui que tu maudis est maudit. » (Nombres 22 : 6).

Mais Bil’am, contrairement aux aspirations maléfiques de Balak, se trouve contraint de bénir Israël :

יד וְעַתָּה הִנְנִי הוֹלֵךְ לְעַמִּי לְכָה אִיעָצְךָ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה הָעָם הַזֶּה לְעַמְּךָ בְּאַחֲרִית הַיָּמִים. (במדבר כד: יד)

14 Et maintenant, je m’en retourne chez mon peuple ; mais écoute, je veux t’avertir de ce que ce peuple-ci fera au tien dans la suite des jours. » (Nombres 24 : 14).

Toutefois, la haftarah révèle les véritables intentions de Bil’am, qui, malgré l’attention que lui porte le Seigneur dont il est à l’écoute, ne reconnaît point le destin d’Israël en tant que peuple de l’Eternel :

ה עַמִּי, זְכָר-נָא מַה-יָּעַץ בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב, וּמֶה-עָנָה אֹתוֹ בִּלְעָם בֶּן-בְּעוֹר מִן-הַשִּׁטִּים עַד-הַגִּלְגָּל לְמַעַן דַּעַת צִדְקוֹת יְהוָה. (מיכה ו: ה)

5 O mon peuple ! Rappelle-toi seulement ce que méditait Balak, roi de Moab, et ce que lui répondit Balaam, fils de Beor de Chittîm jusqu’à Ghilgal, pour que tu connaisses les bontés de l’Eternel ! » (Michée 6 : 5).

L’Eternel, par la voix de son prophète, ne manque point de rappeler la faute des fils d’Israël à Shittim :

א וַיֵּשֶׁב יִשְׂרָאֵל בַּשִּׁטִּים וַיָּחֶל הָעָם לִזְנוֹת אֶל-בְּנוֹת מוֹאָב. ב וַתִּקְרֶאןָ לָעָם לְזִבְחֵי אֱלֹהֵיהֶן וַיֹּאכַל הָעָם וַיִּשְׁתַּחֲווּ לֵאלֹהֵיהֶן. (במדבר כה: א-ב)

1 Et Israël s’établit à Chittîm. Là, le peuple se livra à la prostitution avec les filles de Moab. 2 Et elles convièrent le peuple à leurs festins idolâtres ; et le peuple mangea, et il se prosterna devant leurs dieux. (Nombres 25 : 1-2).

La parashat Balak compare Israël au lion qui vaincra ses ennemis :

כד הֶן-עָם כְּלָבִיא יָקוּם, וְכַאֲרִי יִתְנַשָּׂא לֹא יִשְׁכַּב עַד-יֹאכַל טֶרֶף וְדַם-חֲלָלִים יִשְׁתֶּה. (במדבר כג: כד)

24 En effet ce peuple [Israël] se lève comme un lionceau, il se dresse comme un lion ; il ne se reposera qu’assouvi de carnage, qu’enivré du sang de ses victimes ! » (Nombres 23 : 24).

Cette bénédiction se présente de fait sous forme de malédiction, comparant le peuple d’Israël à un peuple assoiffé de sang et de carnage. Le prophète Mikha (Michée) reprend ce même thème :

ז וְהָיָה שְׁאֵרִית יַעֲקֹב בַּגּוֹיִם בְּקֶרֶב עַמִּים רַבִּים כְּאַרְיֵה בְּבַהֲמוֹת יַעַר כִּכְפִיר בְּעֶדְרֵי-צֹאן אֲשֶׁר אִם-עָבַר וְרָמַס וְטָרַף וְאֵין מַצִּיל. (מיכה ה: ז)

7 Et il arrivera que le petit reste de Jacob sera parmi les peuples, au milieu de la foule des nations, comme le lion parmi les animaux de la forêt, le lionceau parmi les troupeaux de brebis ; quand il passe, il foule aux pieds, il déchire, sans que personne porte secours. (Michée 5 : 7).

1- Israël : une bénédiction universelle (Michée 5 : 6-8)

ו וְהָיָה שְׁאֵרִית יַעֲקֹב בְּקֶרֶב עַמִּים רַבִּים כְּטַל מֵאֵת יְהוָה כִּרְבִיבִים עֲלֵי-עֵשֶׂב אֲשֶׁר לֹא-יְקַוֶּה לְאִישׁ וְלֹא יְיַחֵל לִבְנֵי אָדָם. (מיכה ה: ו)

6 Et le petit reste de Jacob sera au milieu de nombreux peuples comme la rosée de l’Eternel, comme l’ondée sur l’herbe qui ne compte pas sur l’homme et n’attend rien des fils d’Adam. (Michée 5 : 6).

Michée exprime le sens de la vocation d’Israël, à savoir devenir une bénédiction pour l’ensemble du genre humain. Cette notion de bénédiction universelle s’inspire de la promesse divine faite à celui qui deviendra le premier Patriarche Avraham :

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. ג וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ וּמְקַלֶּלְךָ אָאֹר וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה. (בראשית יב: ב-ג)

2 Et Je [l’Eternel] te ferai devenir une grande nation ; Je te bénirai et Je rendrai ton nom ! Et sois [Avraham] une bénédiction ! 3 Et Je bénirai ceux qui te béniront, et celui qui te maudira Je le maudirai ; et par toi seront bénies toutes les Familles de la terre. » (Genèse 12 : 2-3).

Israël comparé à la rosée et à la bruine est une source de bienfaits et de bonheur universels. Cette comparaison placée avant celle du lion (Michée 5 : 7) exprime l’idée fondamentale que la force armée doit être soumise à la puissance de la douceur.

2- Prophétie sur Israël contre la confiance mise dans la force armée et les faux dieux

ט וְהָיָה בַיּוֹם-הַהוּא נְאֻם-יְהוָה וְהִכְרַתִּי סוּסֶיךָ מִקִּרְבֶּךָ וְהַאֲבַדְתִּי מַרְכְּבֹתֶיךָ. י וְהִכְרַתִּי עָרֵי אַרְצֶךָ; וְהָרַסְתִּי כָּל-מִבְצָרֶיךָ. יא וְהִכְרַתִּי כְשָׁפִים מִיָּדֶךָ וּמְעוֹנְנִים לֹא יִהְיוּ-לָךְ. יב וְהִכְרַתִּי פְסִילֶיךָ וּמַצֵּבוֹתֶיךָ מִקִּרְבֶּךָ וְלֹא-תִשְׁתַּחֲוֶה עוֹד לְמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ. יג וְנָתַשְׁתִּי אֲשֵׁירֶיךָ מִקִּרְבֶּךָ וְהִשְׁמַדְתִּי עָרֶיךָ. יד וְעָשִׂיתִי בְּאַף וּבְחֵמָה נָקָם אֶת-הַגּוֹיִם אֲשֶׁר לֹא שָׁמֵעוּ. (מיכה ה: ט-יד)

9 Et il arrivera en ce jour-là, dit l’Eternel que Je ferai disparaître de ton pays tes chevaux, et je détruirai tes chars [de guerre]. 10 Et Je supprimerai de ton pays les villes de ton pays, et je raserai toutes tes forteresses. 11 Et J’enlèverai toutes les pratiques divinatoires de tes mains, il n’y aura plus de devins chez toi. 12 Et J’extirperai de ton sein tes statues et tes stèles, et tu ne te prosterneras plus devant l’œuvre de tes mains. 13 Et J’arracherai de ton sein les idoles d’Astarté, et je détruirai tes villes. 14 Avec colère et emportement, J’exercerai la vengeance sur les peuples qui n’auront pas écouté. (Michée 5 : 9-14).

Le prophète Michée annonce une ère au cours de laquelle Israël n’aura point à recourir à la force armée face aux empires tout puissants. Michée, contemporain du prophète Isaïe, fustige de la même manière Israël :

טו כִּי כֹה-אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל בְּשׁוּבָה וָנַחַת תִּוָּשֵׁעוּן בְּהַשְׁקֵט וּבְבִטְחָה תִּהְיֶה גְּבוּרַתְכֶם וְלֹא אֲבִיתֶם. (ישעיהו ל: טו)

15 Car ainsi avait parlé le Seigneur, l’Eternel, le Saint d’Israël : « C’est par le retour et la quiétude que vous serez sauvés, la tranquillité et la confiance feront votre force, » mais vous n’avez pas voulu. (Isaïe 30 : 15)

En effet, Israël, croyant pouvoir s’en remettre à des puissances étrangères comme l’Egypte (Isaïe 30 : 7) ou l’Assyrie (Isaïe 31 : 8), fait montre d’ingratitude envers l’Eternel. Toutefois, ces puissantes nations sont éphémères, ainsi que le laisse entendre l’Eternel par la voix de son prophète :

ח וְנָפַל אַשּׁוּר בְּחֶרֶב לֹא-אִישׁ וְחֶרֶב לֹא-אָדָם תֹּאכְלֶנּוּ וְנָס לוֹ מִפְּנֵי-חֶרֶב וּבַחוּרָיו לָמַס יִהְיוּ. (ישעיהו לא: ח)

8 Et Achour tombera sous une épée qui ne sera pas celle d’un homme, il sera dévoré par un glaive qui ne sera pas celui d’un être humain ; il fuira devant l’épée et ses jeunes gens seront réduits au servage. (Isaïe 31 : 8).

La victoire d’Israël, selon Isaïe et Michée, dépend de son absolue confiance en l’Eternel qui l’a toujours assisté, sauvé et libéré de l’oppression étrangère. Michée[2], en s’adressant aux hommes de Juda, associe la puissance guerrière au fait de rendre un culte aux faux dieux. La guerre est une forme de paganisme sauvage. Au temps du roi A’haz, les Judéens se tournent vers les dieux cananéens :

ב בֶּן-עֶשְׂרִים שָׁנָה אָחָז בְּמָלְכוֹ וְשֵׁשׁ-עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָלַךְ בִּירוּשָׁלִָם וְלֹא-עָשָׂה הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהוָה אֱלֹהָיו כְּדָוִד אָבִיו. ג וַיֵּלֶךְ בְּדֶרֶךְ מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל וְגַם אֶת-בְּנוֹ הֶעֱבִיר בָּאֵשׁ כְּתֹעֲבוֹת הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הוֹרִישׁ יְהוָה אֹתָם מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. ד וַיְזַבֵּחַ וַיְקַטֵּר בַּבָּמוֹת וְעַל-הַגְּבָעוֹת וְתַחַת כָּל-עֵץ רַעֲנָן. (מלכים ב, טז: ב-ד)

2 A’haz avait vingt ans à son avènement, et il régna seize ans à Jérusalem ; il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l’Eternel, son Seigneur, comme l’avait fait David, son aïeul. 3 Il suivit l’exemple des rois d’Israël. Il fit même passer son fils par le feu, imitant les abominations des peuples que l’Eternel avait dépossédés au profit des enfants d’Israël. 4 Et il offrit des sacrifices et de l’encens sur les hauts-lieux et les collines et sous tous les arbres verdoyants. (II Rois 16 : 2-4).

Même Bil’am reconnaît la grandeur d’Israël de ne point adhérer aux faux dieux.

כא לֹא-הִבִּיט אָוֶן בְּיַעֲקֹב וְלֹא-רָאָה עָמָל בְּיִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהָיו עִמּוֹ וּתְרוּעַת מֶלֶךְ בּוֹ. (במדבר כג: כא)

21 Il n’aperçoit point d’iniquité en Jacob, il ne voit point de mal en Israël. L’Éternel son Seigneur est avec lui, et il possède l’amitié d’un roi. (Nombres 23 : 21).

3- Remontrance contre les hommes de Juda (Michée 6 : 1-5)

Les remontrances de Michée envers Juda apparaissent sous forme de questions rhétoriques posées par l’Eternel à propos de l’ingratitude et de l’infidélité de ce dernier :

ג עַמִּי מֶה-עָשִׂיתִי לְךָ, וּמָה הֶלְאֵתִיךָ עֲנֵה בִי. ד כִּי הֶעֱלִתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּמִבֵּית עֲבָדִים פְּדִיתִיךָ וָאֶשְׁלַח לְפָנֶיךָ אֶת-מֹשֶׁה אַהֲרֹן וּמִרְיָם. (מיכה ו: ג-ד)

3 « O mon peuple ! Que t’ai-je fait ? Comment te suis-je devenu à charge ? Expose [tes griefs] contre moi. 4 Est-ce parce que je t’ai tiré du pays d’Egypte et délivré de la maison d’esclavage ? Parce que je t’ai donné pour guides Moïse, Aaron et Miryam ? (Michée 6 : 3-4).

Juda, ne répondant pas à ces questions, reçoit la réponse de l’Eternel !

4- Réponse de l’Eternel

Après avoir annoncé son refus de recevoir des sacrifices d’animaux, de plantes et même d’humains, l’Eternel requiert de Juda, appelé du nom universel « Homme », la pratique de la Justice, de l’Amour et de l’Humilité !

Tels sont les secrets de la Bénédiction d’Israël !

ח הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה-טּוֹב וּמָה-יְהוָה דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם-עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם-אֱלֹהֶיךָ. (מיכה ו: ח)

8 Homme, il t’a dit ce qui est bien, ce que l’Eternel demande de toi : rien que de pratiquer la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Seigneur ! (Michée 6 : 8).

[1] Parashat Balak : Nombres 22 : 2-25 : 9 ; Haftarah : Michée 5 : 6-6 : 8.
[2]  L’action du prophète Michée s’étend de Yotam (-758/ -743), A’haz (-743 /- 727) jusqu’à Ezéchias (-727/-698), tous rois de Juda. Son influence s’étend donc sur une période de soixante ans. Quant à celle du prophète Isaïe, il est difficile de dire quand a commencé son action. Cependant une date approximative est avancée : -735 environ, jusqu’à -697. Il aurait donc exercé sur une période de trente-huit ans environ.

Shabbat shalom !

Haïm Ouizemann

Commentaire publié sur Campus biblique

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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