Hadas Klein, Madame tout le monde

Hadas Klein à une audience dans le cadre du procès contre l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem le 11 juillet 2022. Photo de Yonatan Sindel/Flash90
Hadas Klein à une audience dans le cadre du procès contre l'ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au tribunal de district de Jérusalem le 11 juillet 2022. Photo de Yonatan Sindel/Flash90

On la connait depuis une semaine, mais elle est déjà devenue une actrice centrale du procès de Binyamin Netanyahou. Elle témoigne dans l’affaire 1000 (celle des cadeaux faits à la famille de l’ex-Premier ministre) avec un naturel désarmant.

Hadas Klein était l’assistante des milliardaires Arnon Milchen et James Parker qui ont fourni Binyamin et Sarah Netanyahou en champagne, cigares et bijoux pendant des années pour une somme de 700 000 shekels (environ 200 000 euros). Elle a raconté devant les juges comment elle enregistrait les demandes du couple insatiable, achetait et assurait la livraison des précieuses marchandises.

Et on la croit, car Hadas Klein affiche une simplicité dans sa tenue et son expression qui en font une Madame tout le monde, une femme dans laquelle toutes les Israéliennes peuvent se reconnaître.

Du reste, quel intérêt aurait elle à mentir ? Nul doute que lorsque les avocats de la défense l’interrogeront à leur tour, ils ne chercheront pas à infirmer ses propos mais à relativiser leur portée pénale : les cadeaux concernaient surtout l’épouse qui n’est pas mise en examen ; un cadeau d’un ami n’a rien d’illégal ; rien ne prouve qu’il y avait une contrepartie ; et même si elle existait, comment reprocher à un chef de gouvernement de vouloir favoriser le succès en affaires de l’un de ses compatriotes etc.

Ces arguments empêcheront peut-être la condamnation de Binyamin Netanyahou dans ce dossier, mais ne pourront pas faire oublier son goût du luxe et son rapport très particulier avec l’argent des autres.

Et cela, au moment même où le chef de l’opposition multiplie les attaques contre le gouvernement accusé d’être responsable de la vie chère, où il se fait filmer dans un supermarché et une station d’essence…

Rien ne dit pour autant que le récit d’Hadas Klein coûtera des voix au Likoud le 1er novembre prochain. Le dernier sondage réalisé juste après ce témoignage ne le laisse pas penser.

En fait, tout dépendra de la campagne des opposants à Binyamin Netanyahou. Ils disposent ici d’un argument susceptible de conduire des électeurs des villes populaires de la périphérie, ceux-là même que Binyamin Netanyahou a eu du mal à mobiliser la dernière fois, à ne pas se rendre aux urnes, voire à voter pour un autre parti que le Likoud. Mais cela ne se fera pas sans une campagne bien ciblée.

En utilisant par exemple une caricature parue dans la presse montrant Binyamin Netanyahou au bord de sa piscine à Césarée, recevant cigares et champagne apportés par un domestique et disant à celui-ci : « Je suis déterminé à lutter contre la vie chère ».

Reste à savoir si les responsables de la campagne se souviendront qu’il faut toujours rappeler des évidences. Car notre époque est celle de la mémoire courte. Et tout le monde ne s’appelle pas Hadas Klein.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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