Guet : la loi israélienne franchit les frontières

Le tribunal rabbinique de Tel Aviv, le 3 août 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le tribunal rabbinique de Tel Aviv, le 3 août 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Elle s’appelle Amalia. Elle est américaine et vit à New York. Pendant des années, elle a été prisonnière d’un mariage terminé depuis longtemps – du moins aux yeux de la loi civile. Le divorce avait été prononcé, les démarches juridiques closes, la séparation actée. Mais il manquait l’essentiel : le guet, l’acte religieux de divorce sans lequel une femme juive reste liée à son mari, sans pouvoir se remarier ni reconstruire sa vie. Une agouna.

Malgré les tentatives répétées de plusieurs tribunaux rabbiniques américains pour faire pression, son mari restait sourd. Il refusait de lui rendre sa liberté. Un acte de cruauté silencieuse, mais terriblement efficace. Car tant que l’homme n’accepte pas de remettre le guet, la femme est bloquée. Il n’y a pas d’appel, pas d’issue : le pouvoir est entre ses mains.

Une femme libérée de ses chaînes : quand la loi israélienne franchit les frontières pour sauver les « agunot »

Et puis, un tournant.

Une information cruciale tombe : l’époux récalcitrant doit se rendre en Israël pour une affaire familiale. L’occasion est rare, mais précieuse. Une action concertée est lancée, et le message est clair : s’il pose le pied en Israël sans avoir donné le guet, il risque de faire face à la rigueur de la loi. Car contrairement à d’autres juridictions, Israël dispose aujourd’hui de moyens concrets pour contraindre les maris récalcitrants, y compris des sanctions judiciaires, des restrictions de liberté de mouvement, et dans certains cas, des peines de prison.

Il semble que le message soit bien passé. Très rapidement – en quelques jours à peine – le mari contacte le tribunal rabbinique aux États-Unis. Il veut donner le guet. « En urgence » dit-il.

Et c’est ainsi qu’Amalia a été libérée.

Ce cas, spectaculaire dans sa rapidité, illustre une réalité trop souvent ignorée : les lois israéliennes adoptées ces dernières années pour lutter contre les refus de guet ne s’arrêtent pas aux frontières de l’État. Elles peuvent, dans certains cas, être mobilisées pour sauver des femmes même en diaspora, à condition de savoir les utiliser avec stratégie, persévérance et détermination.

C’est aussi une leçon pour les institutions religieuses de par le monde : là où le dialogue échoue, la loi doit intervenir. Il ne s’agit pas d’imposer, mais de rétablir une justice élémentaire. Le refus de guet n’est pas seulement une affaire de halakha. C’est une violence. Une forme d’emprisonnement. Un abus de pouvoir.

À travers ce cas, c’est un message d’espoir qui est envoyé à toutes celles encore piégées dans ce labyrinthe juridique et religieux. Et un rappel puissant que la solidarité, la vigilance et une législation audacieuse peuvent faire toute la différence.

à propos de l'auteur
Katy Bisraor Ayache est journaliste et toénet rabbanit, avocate devant les Tribunaux rabbiniques d'Israël et spécialisée dans le Droit de la Famille. Cette profession d'avocate devant les tribunaux rabbiniques a longtemps été interdite aux femmes et l'ouverture d'un cursus par le Rabbinat représente un des grands acquis dans la lutte pour le statut de la femme au sein du judaïsme. Katy Bisraor est l'auteur du Blog, endirectdejerusalem.com, qui couvre l'actualité de la société israélienne, avec au début de l'année 2019 , plus de 10.000 abonnés. Katy a publié en mars 2013 aux éditions Inpress, " Israël, Chroniques intimes d'un pays, une journaliste raconte '' un livre à succès auprès de la communauté juive francophone. Et en 2016 le livre " Le Mariage, tout sur le mariage juif " aux éditions Pardess Créations. Elle a travaillé sur plusieurs études concernant le nouveau statut des femmes dans le judaïsme, les femmes ultra-orthodoxes ainsi que sur les femmes bédouines. Katy a été pendant plus de trente ans, de 1981 à 2018 la correspondante de Radio J en Israël et a couvert au quotidien l'actualité d'Israël pour la radio. Aujourd'hui, Katy représente devant les Tribunaux rabbiniques israéliens, des femmes (et des hommes ) dans leur procédure de divorce et dans leur combat pour obtenir leur guet.
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