Guerre asymétrique et billard à trois bandes…

Nul doute que Donald Trump ne sache lire, mais, s’il avait lu autre chose que des contrats immobiliers, il aurait su que sa politique ne pouvait être que la chronique d’un échec annoncé.

La guerre de Corée en fut le premier exemple, la force brute de la première puissance mondiale de l’époque ne fut pas en mesure de dépasser le 38ème parallèle, retour à la situation qui suivit la reddition du Japon en septembre 1945, et ce, malgré des pertes humaines et matérielles considérables.

Succédant à la guerre d’Indochine, la guerre du Vietnam, qui vit les USA intervenir massivement à partir de 1965, fut, malgré un coût estimé à 172,2 milliards de dollars, des pertes américaines atteignant 58 000 soldats, et des pertes totales estimées à 3,8 millions de victimes, un échec total.

En 1979, l’URSS envahissait l’Afghanistan pour se retirer 10 ans plus tard, les USA ont pris le relais de 2001 à 2021 avec le résultat que l’on connait.

Enfin, si la première puissance mondiale, (militairement s’entend), a réussi à gagner la guerre en Irak, elle y a perdu la paix…

Plus proche de nous, le président Trump aurait également pu tirer les leçons de la guerre d’Ukraine qui nous montre qu’un peuple prêt à défendre sa patrie est bien plus redoutable qu’une armée d’occupation peu motivée.

Outre sa méconnaissance de l’histoire, le président américain a montré de manière évidente sa totale ignorance de la complexité de la situation au Moyen-Orient.

Ne pas savoir que, malgré une dictature féroce, prête à sacrifier sa population sur l’autel de son idéologie, la résilience des autorités iraniennes, qui ont déjà connu huit années de guerre avec l’Irak, n’a quasiment pas de limites, était une erreur fatale.

Penser que seules des attaques aériennes auraient pu venir à bout des capacités militaires iraniennes dénotait d’une méconnaissance totale de la situation militaire de ce pays.

Sacrifier un missile Patriot d’une valeur de 4 millions de dollars pour abattre un drone Shahed à 17 000 euros n’a fait que donner lieu à une guerre dont le Pentagone a estimé le coût à 29 milliards de dollars et dont l’efficacité reste plus que douteuse.

Trump, qui semble plutôt être un joueur de poker, a oublié un peu vite que le jeu d’échec est d’origine persane. Aux échecs, l’espace et le temps sont les maîtres du jeux, mais, un simple pion peut, à lui seul, abattre l’adversaire.

Bien que ne disposant d’une puissance militaire très inférieure à celle des USA, les dirigeants iraniens ont su jouer avec des atouts majeurs.

Menaçant les puissances sunnites de la région, ils ont envoyé un message qui a fortement déstabilisé la coalition de ces derniers, et notamment celle du pacte du Quincy avec l’Arabie Saoudite.

Jouant sur leurs proxy, ils ont fait du Hezbollah un vecteur majeur de la déstabilisation de l’état hébreu, obligeant ce dernier à une occupation partielle du Liban. L’indifférence du président américain qui veut, le plus rapidement possible, négocier un accord à la hate avec l’Iran, oubliant ainsi les menaces qui pèsent sur l’état hébreu, n’a réussi qu’à créer une forme d’union nationale, qui, au-delà des légitimes clivages politiques a uni un peuple dans une opposition légitime à un accord dont le seul but est une paix à tout prix.

Bien qu’apparemment peu amateur des leçons de l’histoire, Trump ferait bien de se remémorer ces mot de Winston Churchill lors de la signature des accords de Munich : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. ».

Se sentant lâchée par son allié historique, la nation laisse éclater sa colère et sa détresse. Si l’Iran a toujours fait figurer l’anéantissement d’Israël dans sa rhétorique, la réalité de cette dernière ne peut reposer que sur la possession de l’arme nucléaire. En dénonçant les accord de Vienne le 8 mai 2018, Donald Trump a saboté le fragile édifice qui garantissait une stabilité précaire, mais réelle.

Le résultat de cette politique de la force brute est sans appel. Désormais, le détroit d’Ormuz fera l’objet, quelque soit le nom que l’on donne à ce dernier, d’un racket officiel de la part de l’Iran, racket dont les conséquences pourraient s’avérer catastrophiques… Rien ne saurait garantir que cette stratégie mettra fin définitivement à l’objectif d’anéantir l’état hébreu, et enfin, coup de grâce pour le président américain, l’Iran a enfin acquis le statut de puissance régionale traitant d’égal à égal avec les puissances sunnites voisines.

D’un coté, le président américain, pressé d’en finir avec une guerre dans laquelle il s’enlise et dont il sait qu’elle provoque autant d’incompréhension que d’insatisfaction vis à vis de sa base électorale. De l’autre, les gardiens de la Révolution sachant que le temps joue en leur faveur, et liant la problématique libanaise à l’accord final. Et enfin, l’état hébreu, désireux d’abattre ce qu’il considère comme son mortel ennemi, mais, faisant face au front libanais et dépendant pour son armement d’un allié pour le moins incertain.

Après avoir trahi le peuple iranien Trump serait tout à fait en mesure de lâcher un allié qu’il trouve quelque peu « encombrant« . La seule solution du problème iranien ne pourra venir que de l’intérieur, ce qui implique une action ciblée et une parfaite connaissance des rouages du régime en place. Comme l’a dit F.Ford Coppola : Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis.

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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