Grandes illusions

L'ex-chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d'une interview dans le podcast de Yasmin Lukatz, le 26 août 2025. (Capture d’écran/YouTube)
L'ex-chef du Mossad, Yossi Cohen, lors d'une interview dans le podcast de Yasmin Lukatz, le 26 août 2025. (Capture d’écran/YouTube)

Les grandes manifestations pour la libération des 48 otages (et la fin de la guerre que cela implique) ont une vertu, celle de mettre un peu de baume au cœur des familles qui en ont bien besoin.

Les images des otages affamés, creusant leur tombe, encore détenus dans des conditions pires que celles imaginées, ont bouleversé l’opinion. Les journées de protestation, les manifestations de masse, interviennent à point nommé, mais sont à l’origine de grandes illusions : les Israéliens, unanimes, se mobiliseraient pour sauver les vingt otages qui seraient encore en vie et récupérer les corps des vingt-huit autres.

Il ne faut pas confondre ce qui se passe dans les têtes et ce qui se passe sur le terrain. Hormis quelques cas cliniques, l’immense majorité des citoyens souhaite ce retour. Mais seule une minorité descend dans la rue.

Un sondage diffusé le 28 août par la chaîne 12 – réputée pour être critique vis-à-vis du gouvernement – le confirme :

  • 45 % des personnes interrogées sont convaincues que ces mobilisations nuisent aux efforts pour ramener les otages,
  • contre 23% qui pensent que cela les fait progresser.

Bien entendu, les électeurs de la coalition bibiste se rangent dans la première catégorie, quand ceux de l’opposition s’identifient à la seconde. Cela n’est pas sans conséquence sur la suite des opérations.

Benjamin Netanyahu peut ouvertement se moquer du monde en demandant un jour un accord sur des libérations partielles, et le lendemain un accord global qui verrait tous les otages rentrer en Israël. Il sait que sa « base » le suit.

D’ailleurs, les sondages sur les intentions de vote confirment que loin de s’écrouler, le Likoud garde la première place.

  • Juste après le 7 octobre 2023, il perdait presque la moitié de sa représentation parlementaire (17 mandats dans certaines enquêtes d’opinion alors qu’il occupe 32 sièges à la Knesset).
  • Désormais, il caracole en tête avec 24 sièges si l’on en croit les derniers sondages (publiés le 29 août par la chaîne 12 et le lendemain par le quotidien Maariv).

Le parti du Premier ministre est loin d’avoir une majorité avec ses alliés (une nouvelle coalition bibiste rassemblerait à peine 50 sièges), mais garde une forte capacité de nuisance.

D’autant que de nouveaux venus dans le champ électoral bousculeraient toutes les prévisions :

  • un parti des réservistes sous la direction de Yoaz Hendel, homme de droite à l’allure de gendre idéal, est crédité de 7 sièges ;
  • un autre playboy un peu plus défraîchi, l’ancien patron du Mossad Yossi Cohen, pourrait obtenir 5 sièges.

En réalité, Yoaz Hendel se vendra au plus offrant et la véritable ambition de Yossi Cohen n’est pas de jouer les utilités. Il veut succéder à Benjamin Netanyahu, une fois celui-ci parti de gré ou de force. C’est dire que le nouveau prétendant a de l’ambition. Ou de grandes illusions.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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