Gouvernements Bennett vs Netanyahou : Du pareil au même ?

A gauche : le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, donnant une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 21 avril 2021 ; a droite : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 21 avril 2021 (Yonatan Sindel/Flash90)
A gauche : le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, donnant une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 21 avril 2021 ; a droite : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 21 avril 2021 (Yonatan Sindel/Flash90)

Le gouvernement de coalition dirigé par Naftali Bennett a remplacé le gouvernement Netanyahou en juin 2021. Cela va-t-il changé la donne ou est-ce la poursuite du statu quo ?

Le nouveau gouvernement de coalition établi en Juin 2021 réunit huit factions exhibant des pôles extrêmes allant de partis d’extrême droite pro-annexionnistes en passant par des partis centristes laïcs annexionnistes modérés et des partis laïcs de gauche, partisans de la vision à deux états jusqu’au parti arabe islamiste pro-palestinien Ra’am. Avoir un parti arabe au sein de la coalition gouvernementale est une première en Israël. Le nouveau gouvernement se distingue nettement du précèdent gouvernement.

Le gouvernement de coalition a réussi à faire voter de justesse un budget et passer des mesures le distinguant clairement du gouvernement Netanyahou.

Un budget massif alloué aux communautés arabes d’Israël 

Pour la première fois, un parti arabe israélien devient un acteur influent au sein d’une coalition gouvernementale en Israël. Ce parti a réussi à convaincre le gouvernement Bennett d’allouer un montant exceptionnel de 9.4 milliards de dollars US au développement du secteur arabe en Israël pour les cinq prochaines années. Le premier ministre Bennett reconnait aujourd’hui comme une “calamité nationale” l’extrême violence au sein des communautés arabes israéliennes suite à des années de négligence de la part des gouvernements précédents.

A cela s’ajoutent les inégalités criantes entre les collectivités juives et arabes. Les Arabes israéliens sont deux fois plus pauvres que les Juifs israéliens, à l’exception des Haredi qui sont proches du seuil de pauvreté arabe. Ce n’est pas la première fois qu’un budget important est alloué au secteur arabe mais ce dernier représente le double de celui alloué en 2015 (Résolution 922) sous le gouvernement Netanyahou.

Des mesures défavorables aux communautés ultra-orthodoxes 

Une nouvelle loi réduit le monopole du rabbinat haredi sur la gestion de la cacheroute dans le pays. Dorénavant, des autorités de cacheroute indépendantes seront autorisées à superviser toute entreprise faisant appel à leurs services, et le Grand Rabbinat agira seulement comme un organe général de surveillance.

Dans la même veine, le gouvernement a adopté une loi réformant le système de nomination des juges des tribunaux rabbiniques réduisant aussi le monopole haredi. La loi élargit le panel qui choisit les juges rabbiniques pour inclure plus de représentants du gouvernement et plus de femmes.

Une autre réforme prévoit que les étudiants des Yeshivas qui ne travaillent pas ne seront plus éligibles aux allocations de garde pour les enfants en bas âge. Cette mesure vise à encourager les jeunes adultes haredi à rejoindre le marché du travail. Cependant toutes ces initiatives ne remettent pas en question le quasi-monopole des haredi sur le système religieux juif israélien.

A cela, s’ajoutent :

L’usage d’un ton plus serein au sein du gouvernement Bennett comparé au ton toxique du gouvernement Netanyahou dirigé surtout contre les médias, la cour suprême, les mouvements progressistes, les partis arabes israéliens, l’Autorité palestinienne (AP) et même le parti démocrate américain.

Les mesures positives prises en faveur des Palestiniens, en particulier celles découlant de la stratégie du gouvernement Bennett visant à « rétrécir le conflit» avec les Palestiniens. Selon le concepteur de cette stratégie, Micah Goodman, un proche conseiller du PM Bennett, “réduire le conflit, ce n’est pas juste améliorer les conditions de vie des Palestiniens, c’est aussi accroître l’autonomie palestinienne. Il s’agit d’accroître la liberté palestinienne – la liberté de construire, la liberté de mouvement». Ainsi, le gouvernement Bennett s’est engagé à :
Avancer sans intérêt près de 200 millions de dollars CAD à l’AP.
Favoriser l’emploi des Palestiniens par le recrutement en Israël de 15 000 travailleurs additionnels.

Ne pas avancer, pour le moment, le projet controversé de Jérusalem-Est à Atarot de 9 000 nouvelles maisons suite aux pressions de l’administration Biden.

Octroyer 900 permis de construction d’unités d’habitations pour les Palestiniens dans les territoires gérés exclusivement par Israël, un geste extrêmement rare de la part du gouvernement israélien qui dans le passé n’a accepté qu’un pour cent des demandes palestiniennes de construction dans ces zones.

Réduire de 40% le nombre de raids israéliens dans les zones contrôlées par l’AP en Cisjordanie.

Sévir plus fermement contre les colons violents, suite aux protestations américaines et européennes contre la violence des colons à l’endroit des Palestiniens.
Accroitre la collaboration ministérielle avec l’AP. Mais, cela exclut toute relation entre le PM Bennett et le président de l’AP. Expliquant son approche dans une entrevue au New York Times, le PM a déclaré : « Ils ne vont nulle part, nous n’allons nulle part – nous sommes ici ensemble, coincés. Mais alors qu’est-ce qu’on fait ? Économie, économie, économie.”

Encourager l’aide financière et économique internationale à l’AP et à Gaza auprès des instances internationales. Israël, en effet craint que l’AP ne s’effondre en raison de baisses significatives de l’aide financière internationale, ce qui créerait un vide politique nuisant à la sécurité d’Israël. Quant à Gaza, Israël craint une catastrophe humanitaire et une nouvelle flambée de violence. Notons qu’Israël s’est tiré dans les jambes quand il a réduit, de son propre chef, les transferts d’impôts dus à l’AP au prétexte que cette dernière verse l’équivalent aux terroristes et à leurs familles.

Contrairement au gouvernement Netanyahou, le gouvernement Bennett est ouvert à une coopération économique accrue avec la Jordanie, comme par exemple, le projet d’exportation d’eau desalinisée d’Israël contre l’importation d’énergie solaire de Jordanie. Cette coopération favorise à la marge les Palestiniens grâce à leur accès accru à cette eau et aux exportations de produits jordaniens en Cisjordanie.

Suite à une visite officielle du PM Bennett en Égypte, ce pays ne craint plus de coopérer ouvertement avec Israël dans les domaines sécuritaire et économique.

Conclusion :

Malgré les protestations vives des Américains et de l’Union Européenne, les positions du gouvernement Bennett sur les questions cruciales touchant aux négociations de paix avec l’AP et sur le nucléaire avec l’Iran, et au statut de Jérusalem et des colonies, ressemblent à celles du gouvernement Netanyahou, mais elles s’expriment de manière plus diplomatique.

L’annexion rampante semble marquer un temps d’arrêt, pour certaines colonies menaçant la contigüité d’un futur état palestinien. Quant aux violences des colons contre les Palestiniens, il faudra voir si Israël sévit vraiment contre eux. Bennett, un fervent partisan des colonies, demeure opposé à un État palestinien souverain et ne montre aucun intérêt à relancer le processus de paix. Quant aux Palestiniens, leur gouvernance reste profondément divisée entre le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par plusieurs pays et l’AP, le représentant légitime des Palestiniens au plan international. Cette dernière et son président, Mahmoud Abbas, demeurent fragilisés, corrompus et peu légitimes aux yeux d’une forte majorité de Palestiniens.

L’AP semble avoir bien reçu les mesures économiques et financières prises par le gouvernement Bennett ; cependant, elle considère que ces mesures sont loin d’être un substitut à un accord de paix reconnaissant un état palestinien souverain et contigu, un objectif de plus en plus difficile à réaliser.

à propos de l'auteur
David est titulaire de diplômes de 2e cycle en administration des affaires et en économie (École des Hautes études commerciales, Montréal) et a complété ses études de doctorat en planification régionale (University of British Columbia). Il a oeuvré en tant qu'économiste, conseiller en politique gouvernementale, cadre supérieur, chef de cabinet et consultant au sein des gouvernements du Canada, de l’Ontario et du Québec, et dans les secteurs municipal et privé. David est aussi membre du conseil d’administration des Amis canadiens de La Paix maintenant. Cependant ses opinions n'engagent que lui. Né au Maroc, il vit aujourd'hui au Canada depuis plus de 50 ans et réside au Québec.
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