Gouvernement Bennett-Lapid : contraintes et défis à relever

Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, à gauche, du parti Yesh Atid, Yair Lapid, lors d'une session spéciale de la Knesset, au cours de laquelle les législateurs israéliens élisent un nouveau président, lors du plénum de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem mercredi, 2 juin 2021. (Ronen Zvulun/Pool Photo via AP)
Le chef du parti Yamina, Naftali Bennett, à gauche, du parti Yesh Atid, Yair Lapid, lors d'une session spéciale de la Knesset, au cours de laquelle les législateurs israéliens élisent un nouveau président, lors du plénum de la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem mercredi, 2 juin 2021. (Ronen Zvulun/Pool Photo via AP)

Les prophètes de malheur avaient averti un scénario apocalyptique, une répétition de la prise d’assaut du Capitole à la suite du départ de Donald Trump.

Contrairement aux prédictions sinistres, il y a eu ici et là des dérapages, un débat houleux à la Knesset mais la passation du pouvoir s’est donc réalisée sans incidents majeurs.

Toutefois nous sommes dans l’obligation de changer le comportement malsain de certains députés extrémistes, de tous bords, et élever le niveau des débats. Au sein de tous les parlements démocratiques, notamment chez les Britanniques, connus pour leur flegme, la discussion vive et agressive est souvent engagée, mais la polémique se déroule généralement avec politesse, la rhétorique est déclenchée toujours avec un style élégant et un sens de l’humour.

Ici, la passion et la vulgarité l’emportent souvent sur la raison. Il est temps de changer l’état d’esprit et donner une image nouvelle et positive à notre démocratie.

Dans un Etat démocratique perdre le pouvoir n’est pas un malheur ni une fatalité. Siéger dans les rangs de l’opposition n’est pas la fin du monde puisqu’un homme politique peut toujours revenir sur la scène.

Winston Churchill disait : « le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal, c’est le courage de continuer qui compte. »

Il est donc regrettable et triste de constater qu’un Premier ministre sortant refuse une cérémonie de transition et accorde à son successeur une seule demi-heure d’entretien après 12 années successives au pouvoir… Il faut savoir perdre et reconnaître sa défaite, franchement, dans la dignité, en gentleman respectant toujours l’adversaire. Dans ces circonstances, les querelles personnelles devraient être mises aux vestiaires. Les affaires en cours, les dossiers sensibles et les défis à relever sont urgents et nombreux.

Dans ce contexte, le nouveau gouvernement Bennett-Lapid a une mission presque impossible. En raison de la fragile et étriquée majorité, il doit tout d’abord consolider sa coalition hétéroclite, en évitant les motions de censure. Après l’installation des ministres et de leur équipe, le premier objectif est de voter un budget national.

Sur les questions de politique étrangère, il semble pour l’heure, qu’il existe un consensus pour poursuivre la politique de Nétanyahou mais en préférant le dialogue et la discrétion, un retour à la diplomatie classique.

La consultation permanente avec les Etats-Unis demeure toujours un gage pour renforcer la position israélienne dans le monde, mais nos rapports avec Washington ne doivent pas dépendre des intérêts exclusifs des Américains en acceptant le fait accompli ou le diktat. Nous partageons avec les Etats-Unis d’Amérique des valeurs et des objectifs similaires, mais il existe des divergences surtout sur le dossier iranien et la solution du problème palestinien.

Israël ne peut compter que sur un seul allié, il devra également consolider ses relations avec l’Europe, la Russie, la Chine, l’Inde et les pays africains. Dans le monde arabe, il doit poursuive sans relâche la normalisation avec d’autres pays voisins.

Dans ce contexte, le ministère des Affaires étrangères devra aussi avoir une politique très active contre la campagne mensongère du BDS et les absurdes intentions de la Cour Pénal internationale de traduire des militaires israéliens contre « des crimes de guerre ». Combattre également contre la désinformation, et les actes antisémites à travers le monde.

Sur tous les plans, le nouveau gouvernement devra suivre une politique cohérente basée sur des études approfondies et une vision pragmatique et réaliste. Les décisions devraient être prises sagement et toujours après avoir consulté les experts et les ministères concernés. La concertation, la clarté et la transparence dans le déroulement des événements et dans la chaîne des décisions sont des atouts considérables pour aboutir à une bonne gouvernance. Ce n’était pas toujours le cas ces dernières années, la concentration des dossiers dans les mains d’une seule poignée de consultants, proches du Premier ministre, fut une grave erreur et ainsi un climat de méfiance avait pu régner partout.

Rétablir la confiance entre le Premier ministre et les chefs des services de sécurité est une priorité absolue dans un pays en guerre permanente. Sur les questions sécuritaires, nous pouvons compter sur la riche expérience du ministre de la Défense, Benny Gantz.

Pour l’heure, c’est le changement dans la continuité. Le cabinet de sécurité devra donner des réponses limpides et prendre sans attendre des décisions sur trois sujets brûlants :

 

  • Comment réagir aux provocations systématiques du Hamas et quelle serait la bonne politique à long terme dans la bande de Gaza. Une nouvelle campagne militaire était-elle inévitable ?  Quelles seront les conséquences sur l’Autorité palestinienne et les Arabes israéliens ? Comment éviter une nouvelle Intifada ?

 

 

  • Comment réagir à la signature d’un mauvais accord sur le nucléaire iranien surtout après l’élection à la présidence de la République islamique de l’ultraconservateur Ibrahim Raïssi, le célèbre « bourreau de Téhéran? Comment éviter une confrontation avec les Etats-Unis ? Faut-il poursuive les actions du Mossad ? L’option militaire est-elle envisageable ?

 

 

  • Comment réagir à une provocation du Hezbollah ? Une troisième guerre contre le Liban est-elle possible sera-t-elle prochainement à là l’ordre du jour ?

 

La tâche du Premier ministre israélien est sans doute l’une des plus difficile au monde, la plus complexe, sans doute la plus ingrate à accomplir. Les problèmes à résoudre sont compliqués et uniques, surtout existentielles.  Le rôle de l’opposition est clair, le but est de faire tomber le gouvernement le plus tôt possible.

Enfin, après toutes les vicissitudes et les lassitudes un répit est nécessaire. N’est-il pas raisonnable d’attendre au moins 100 jours ? Mettre d’abord cette coalition à l’épreuve ?

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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