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Gouvernance à l’épreuve

Vue d'un grand incendie provoqué par des roquettes tirées depuis le Liban dans la ville de Kiryat Shmona, au nord du pays, le 3 juin 2024 (Crédit : Ayal Margolin/ ​​Flash90)
Vue d'un grand incendie provoqué par des roquettes tirées depuis le Liban dans la ville de Kiryat Shmona, au nord du pays, le 3 juin 2024 (Crédit : Ayal Margolin/ ​​Flash90)

Il reste peu de temps à l’actuel gouvernement israélien pour tenir ses promesses, notamment dans le domaine économique ; à l’approche des législatives, l’écart se creuse entre la politique affichée et son efficacité sur le terrain.

En Israël, tenir ses promesses électorales n’est pas une obligation ; le respect (ou le non-respect) des engagements de campagne n’a pas véritablement d’impact sur le choix des électeurs habitués à des promesses non tenues.

A l’approche des législatives 2026, le non-respect des engagements politiques sera d’autant plus regrettable que de nombreux dossiers économiques et sociaux sont en attente d’une réalisation urgente.

Promesses électorales

Après deux années de guerre, la reprise de la croissance économique en 2026 exigera de nombreuses réformes destinées à améliorer le niveau et la qualité de vie des Israéliens.

Les dirigeants ont bien compris les attentes de leurs électeurs ; chacune de leur déclaration publique s’accompagne de promesses grandiloquentes qui tiennent parfois davantage du rêve que de la réalité, comme notamment :

  • La création d’une université et d’un aéroport à Kiryat Shmona : l’annonce du Premier ministre Netanyahou a laissé perplexes nombre d’observateurs ; fortement touchée par la guerre, la ville du nord d’Israël a besoin d’un vaste plan de reconstruction mais pas de promesses qui n’engagent à rien car coûteuses et lourdes à réaliser.
  • La réforme structurelle de l’industrie laitière : la refonte de la filière israélienne du lait est nécessaire pour accroître la concurrence et freiner la montée des prix ; l’opposition des producteurs laitiers pourrait faire capoter ce projet pourtant cher au ministère des Finances.
  • La lutte contre la criminalité dans la communauté arabe : face à l’explosion des actes de criminalité, il est nécessaire de prendre des mesures d’urgence et d’adopter un plan national de lutte contre les groupes criminels, tout en passant des paroles aux actes.
  • La baisse du coût du panier de la ménagère : le ministère de l’Economie tente de freiner les prix en accordant des avantages à la chaîne Carrefour qui promet un panier de 100 produits à bas prix, mesure illusoire car ponctuelle et limitée.

Ces quatre thèmes socio-économiques, qui sont au centre du débat public de 2026, alimenteront les promesses de la campagne électorale à venir.

État de droit

Une partie des promesses économiques (comme la réforme laitière) est incluse dans la loi de Finances pour 2026 qui n’a pas encore été adoptée par la Knesset ; les autres projets nécessiteront des sources de financement extrabudgétaires qui restent à trouver.

En Israël comme ailleurs, une bonne gouvernance repose sur la capacité des dirigeants à répondre aux besoins de la population : si le gouvernement israélien échoue à vaincre la criminalité, à freiner le coût de la vie, à relancer l’emploi des harédim et à reconstruire le nord du pays, il sera difficile d’imaginer quelle réforme il sera capable de mener à son terme.

Au final, la gestion efficace des affaires publiques repose sur les principes clés de l’état de droit comme des institutions démocratiques, l’indépendance de la justice, la lutte contre la corruption, la responsabilité des dirigeants, etc. A méditer à l’approche des prochaines législatives…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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