George Steiner ou l’art de se tromper

L'auteur américain George Steiner qui a reçu le prix Ludwig-Boerne à Francfort, en Allemagne centrale, le dimanche 25 mai 2003. 
Steiner né à Paris, enseignait dans les universités du monde entier et travaillait également comme critique littéraire et auteur. (Photo AP / Michael Probst)
L'auteur américain George Steiner qui a reçu le prix Ludwig-Boerne à Francfort, en Allemagne centrale, le dimanche 25 mai 2003. Steiner né à Paris, enseignait dans les universités du monde entier et travaillait également comme critique littéraire et auteur. (Photo AP / Michael Probst)

L’écrivain et philosophe juif George Steiner est décédé à l’âge de 90 ans. Ce brillant universitaire polyglotte qui lisait Sophocle dans le texte se revendiquait comme juif, mais avait une morbide propension à fréquenter des antisémites en tous genres.

Il trouvait que la vocation du Juif était de ne pas être sédentaire, de toujours être invité partout et de se conduire en conséquence. Il estimait que l’Etat juif c’était cher payé comme solution à l’antisémitisme, mais omettait d’expliquer en quoi la Shoah ne l’était pas.

Mais vers la fin de sa vie il s’est ravisé : petit rappel de ce qu’il dit à la journaliste Laure Adler dans un livre d’entretiens publié en 2014 intitulé « Un long samedi » :

« …dire que Netanyahou est dans l’erreur, c’est facile quand on est dans un beau salon à Cambridge. C’est là-bas qu’il faut le dire. Et tant qu’on n’y est pas, à vivre de tout son être en otage de la situation, je crois qu’il vaut mieux se taire. D’ailleurs, maintenant que je suis si près de la fin, de ma fin, je ne suis plus certain du tout. Il y a des moments où je voudrais partir et y être. Des moments où je me demande si je n’aurais pas dû aller en Israël.

… J’ai étudié de l’hébreu jusqu’à ma bar-mitsva, puis je me suis rué sur le latin et le grec. J’ai laissé tomber l’hébreu. Inexcusable. J’aurais pu le reprendre plus tard… Paresse.

Maintenant, cela me manque terriblement de ne pas avoir appris l’hébreu. Je l’ai fait, au début, et puis j’ai été pris par le grec et le latin… C’était une grande erreur.

Déjà, et c’est très grave, vous et moi devons lire la Bible dans de mauvaises traductions, parfois glorieuses mais au fond mauvaises. Ne pas savoir l’hébreu est une première barrière devant l’une des sources de notre humanité.

…Pourquoi est-ce que 70  % des Nobel en sciences sont juifs ? Pourquoi est-ce que 90  % des maîtres d’échecs sont juifs, que ce soit en Argentine ou à Moscou ? Pourquoi les Juifs se reconnaissent-ils entre eux à un niveau qui n’est pas seulement celui de la réflexion rationnelle ? »

Steiner ne donne plus de nouvelles depuis son décès, mais il est probable qu’il arpente le Paradis en compagnie de Moïse.

à propos de l'auteur
Daniel Horowitz est né en Suisse, où ses parents s’étaient réfugiés pour fuir l’occupation de la Belgique. Revenu à Anvers il grandit au sein de la communauté juive. A l’âge de quinze ans il entre dans l’industrie diamantaire et y fait carrière. Passé la soixantaine il émigre en Israël où il se consacre désormais à l’écriture. Il a récemment publié aux éditions l'Harmattan un ouvrage intitulé "Leibowitz ou l'absence de Dieu".
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