Génocide arménien : combattre l’indifférence !

Les Arméniens défilent avec des drapeaux, des enseignes et des torches dans le quartier arménien de la vieille ville à l'église arménienne de la colonie allemande, à Jérusalem, alors qu'ils marquent le 100e anniversaire du génocide arménien, le 23 avril 2015. Les massacres, qui ont été menée par la Turquie, a commencé en avril 1915. Les communautés arméniennes du monde entier marquent le meurtre de près de 1,5 million d'Arméniens, le 24 avril de chaque année par des marches, des veillées et des rassemblements pour exiger la reconnaissance de la communauté mondiale et des réparations de la Turquie. Photo par Hadas Parush / Flash90
Les Arméniens défilent avec des drapeaux, des enseignes et des torches dans le quartier arménien de la vieille ville à l'église arménienne de la colonie allemande, à Jérusalem, alors qu'ils marquent le 100e anniversaire du génocide arménien, le 23 avril 2015. Les massacres, qui ont été menée par la Turquie, a commencé en avril 1915. Les communautés arméniennes du monde entier marquent le meurtre de près de 1,5 million d'Arméniens, le 24 avril de chaque année par des marches, des veillées et des rassemblements pour exiger la reconnaissance de la communauté mondiale et des réparations de la Turquie. Photo par Hadas Parush / Flash90

« L’opposé de l’amour n’est pas la haine, c’est l’indifférence… Même la haine peut parfois susciter une réponse. Vous la combattez. Vous la dénoncez. Vous la désarmez. L’indifférence n’obtient aucune réponse. L’indifférence n’est pas une réponse. L’indifférence n’est pas un début, c’est une fin. » (Elie Wiesel).

Le silence indifférent des Nations est responsable du génocide arménien. Il en est de même pour la Shoah au cours de laquelle vont périr six millions de Juifs. Des hommes ont tué impunément parce que d’autres se sont tus !

Si, certes, le 24 avril, la communauté arménienne commémore la mémoire d’un million et demi des leurs assassinés par le mouvement Jeune-Turc ayant débuté le 24 avril 1915, rappelons que les germes du génocide arménien font leur apparition dès 1894 pour s’étendre jusqu’en 1896. Ces massacres, pogroms perpétrés sur des hommes, des femmes et des enfants innocents, sous le joug du sultan Abdülhamid II, aboutissent au nombre de 300 000 victimes arméniennes. La Révolte de Sassoun, en 1894, est durement réprimée dans le sang.

Où étaient les Nations ? Qui avait courageusement osé élever sa voix pour protester contre les massacres hamidiens, prolégomènes du premier génocide du XXe siècle ?

De grands hommes comme Georges Clémenceau, Roman Rolland, Anatole France et Charles Péguy tentent d’être entendus, mais en vain. Quant au très charismatique grand tribun Jean Jaurès, dans son discours historique du 3 novembre 1896, il fait entendre la voix de sa conscience en dénonçant haut et fort à l’Assemblée Nationale la collusion du gouvernement français avec l’Empire ottoman ainsi que la corruption de nombreux média acquis à la cause du tyran turc.

Toute la force du discours de Jean Jaurès tient au fait qu’il porte et dirige son accusation vers les puissances européennes ayant trahi leurs promesses qui, en vertu du Traité de Berlin (13 juillet 1878), se devaient d’assurer la protection des provinces arméniennes encore attachées à l’Empire ottoman… Après le génocide du 24 avril 1915, le monde continuera à se taire. Même les innombrables avertissements de l’ambassadeur américain et juif Henry Morgenthau au gouvernement des Etats-Unis d’Amérique restent lettre morte.

Ce silence génocidaire est celui-là même dont sera victime le peuple juif en Europe. Henry Morgenthau, voué corps et âme à la cause arménienne, ne l’est pas moins pour la cause de son peuple auquel il se sent fort attaché. Ainsi, après les alertes de Herbert Clark Hoover[1], alors directeur de l’American Relief Administration (ARA) (1914-1917) auprès du Président des Etats-Unis d’alors Woodrow Wilson (1913-1921) à propos de pogroms perpétrés en Pologne sur des Juifs, ce dernier décide d’y envoyer une mission d’enquête officielle conduite, entre autres, par Henry Morgenthau, ancien ambassadeur des Etats-Unis. Le rapport rendu par ce-dernier (3 octobre 1919) explique :

« Nonobstant le fait que la Pologne a été un lieu de refuge pour les Juifs, il y a eu des mouvements anti-juifs à plusieurs reprises. Le sentiment antisémite actuel a pris une forme politique définitive après la révolution russe de 1905 » (Alinéa 5, extrait du Rapport Henry Morgenthau).

Le Rapport Morgenthau fait état de 300 Juifs assassinés en Pologne et ne manque pas d’évoquer les pogroms perpétrés à Lwów en 1918 ainsi qu’à Pinsk en 1919. Si, certes, la presse mondiale fera connaître ces pogroms annonciateurs de la solution finale initiée en 1942 par le troisième Reich lors de la Conférence de Wannsee, il faut rappeler que ce projet faustien fut rendu possible parce que le télégramme envoyé aux forces alliées et révélant celui-ci par Gerhart Riegner (1911- 2001), secrétaire général du Congrès Juif Mondial, resta, comme dans le cas d’Henry Morgenthau, sans réponse.

Dans son livre « Ne Jamais désespérer, Soixante années au service du peuple juif et des droits de l’homme », Gerhart Riegner s’interroge : « Pourquoi ce long silence ? »  et de poursuivre à, propos de la « négligence coupable du Département d’État » : «… Jamais je ne me suis senti aussi seul et abandonné lorsque j’ai lancé mon message d’horreur et de désastre au monde libre et que personne ne m’a cru. »

La non-reconnaissance officielle du génocide arménien par la Knesset d’Israël à laquelle s’est dernièrement rajoutée la participation du gouvernement israélien aux efforts de guerre menés par l’Azerbaïdjan dirigé par le sanguinaire Ilham Aliev contre l’indépendance du Haut Karabakh réclamée par l’Arménie constituent, à n’en point douter, non seulement un déni absolu du sens de l’Histoire mais aussi de toutes les valeurs universelles d’humanité à l’égard d’un peuple avec lequel nous partageons les mêmes douleurs et la même mémoire.

C’est, entre autres, parce que les nations ont gardé le silence au sujet de l’Aghet perpétré contre les Arméniens que la Shoah a pu être rendu possible.

Si nous voulons sérieusement que les générations futures ne soient plus jamais confrontées à de nouveaux génocides mettant en péril la civilisation humaine, le devoir incombe à chacun d’entre nous de ne plus jamais garder le silence.

[1]  Il deviendra le trente-et-unième Président des Etats-Unis (1929-1933).

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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