Gaza : trêve fragile, guerre inachevée

Le Corps d'artillerie de Tsahal (Forces de défense israéliennes) près de la frontière israélienne avec Gaza, le 19 mai 2021. Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90
Le Corps d'artillerie de Tsahal (Forces de défense israéliennes) près de la frontière israélienne avec Gaza, le 19 mai 2021. Photo d'Olivier Fitoussi / Flash90

Après 11 jours d’hostilités, une trêve fragile est instaurée dans la bande de Gaza sans qu’aucune solution politique n’apparaisse à l’horizon. Comme prévu, le Hamas crie victoire malgré les nombreuses pertes et les dégâts causés par les frappes massives et ponctuelles de Tsahal.

  Encouragé par la confrérie internationale des Frères musulmans, soutenu par l’Iran et ses satellites, le Hamas n’a pas l’intention d’avouer sa grande défaite, déterminé à poursuive la « bataille pour Jérusalem » jusqu’au bout. 

Certes, la dernière opération militaire de Tsahal a atteint ses premiers objectifs et a enregistré de nombreux succès mais elle n’est pas encore achevée. Elle n’a pas réussi à stopper définitivement les tirs de roquettes et missiles sur la population civile israélienne. Elle permettra au Hamas de relancer les hostilités, en toute liberté en choisissant le moment voulu.

Le succès remporté à l’issue d’une guerre se mesure par une victoire éclatante, un triomphe spectaculaire. Le but d’une bataille est d’aboutir à une victoire décisive et une défaite complète de l’ennemi. Une guerre n’est pas une sorte de compétition sportive pour obtenir un match nul ou une victoire aux points.  

Contrairement aux guerres éclaires et préventives, la récente opération militaire de Gaza s’est déroulée dans des conditions complexes et difficiles. Elle n’a pas obtenu le consentement de toute la population et n’a pas préparé l’opinion publique à temps. Elle fut déclenchée en réponse aux provocations du Hamas et sans l’annonce préalable de son but final. Défiance, méfiance et anxiété ont donc écarté toute confiance à l’égard d’un gouvernement de transition dirigé par un tandem en dispute politique.  

Comment donc consolider une trêve à long terme et éviter un nouveau round à l’avenir ? Les opinions sont partagées entre les généraux, les diplomates, les observateurs, et la population locale qui désire vivre enfin en paix. 

Le débat est houleux et se caractérise par des positions idéologiques, souvent partisanes. Des critiques adressées surtout à un leadership manquant, à la responsabilité de Nétanyahou préférant renforcer le Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Le Premier ministre est aussi accusé d’avoir provoqué une opération militaire à des fins politiques. Il aurait ainsi permis à des militants de l’extrême droite des actes de provocation à Jérusalem Est et sur le mont du Temple. 

Tous ces arguments ont affaibli la position du gouvernement et la détermination de Tsahal d’achever les opérations militaires et notamment terrestres et maritimes. Plus grave encore, elles ont renforcé la position du Hamas en Cisjordanie et dans la rue palestinienne. Elles ont ainsi alimenté les manifestations, les articles de presse et les condamnations internationales ainsi que les actes antisémites. Comme d’habitude, les images en provenance de Gaza, les émeutes à Jérusalem et à Lod, prévalaient sur ceux de Sederot et Ashkelon. 

Devant une trêve fragile et une guerre interrompue en raison des pressions internationales et le risque d’une crise humanitaire, il est temps de changer la règle du jeu. Mener une politique cohérente et une stratégie audacieuse en prenant en considération uniquement les intérêts de l’Etat d’Israël et la sécurité de sa population.

Pour le faire, déclarer officiellement que Gaza est un territoire ennemi sur tous les plans. Fermer hermétiquement toutes nos frontières et se dégager de toute responsabilité administrative et humanitaire de ce territoire.  

Le Hamas est une organisation terroriste qui a pris en otage deux millions de palestiniens. Il fonctionne comme un mouvement séparatiste avec ses propres institutions gouvernementales, son drapeau, sa police et son armée. Aucun Etat de l’Union européenne ne pourra tolérer des séparatistes armés lançant des roquettes sur sa capitale et sa population.  

Le Hezbollah est également une milice terroriste mais il agit au sein d’un Etat libanais indépendant et souverain, reconnu par la société des nations. Certes, le Hamas demeure un ennemi impitoyable tel que le Hezbollah, mais le peuple libanais n’est pas notre ennemi et nous souhaitons vivre en paix avec lui. Bien entendu, son gouvernement sera toujours responsable de toute action du Hezbollah contre Israël. 

Le Hamas est sponsorisé par l’Iran et les Islamistes de tous bords mais se conduit comme un Etat voyou, non maitrisé et non contrôlé par aucune instance internationale.

Après avoir fermé nos frontières avec la bande de Gaza nous transmettrons toutes les responsabilités de ce territoire à la communauté internationale en obtenant des garanties solides. La moindre violation de la trêve aura une réponse adéquate et foudroyante. Tolérance zéro à l’égard d’un territoire ennemi.   

Nous sommes conscients que cette mission est presque impossible à appliquer dans la situation actuelle, mais seul le départ en exil des chefs de la branche militaire du Hamas pourra garantir une stabilité dans la région. La formation d’une force internationale pourra ainsi démilitariser tout le territoire et enfin permettra à reconstruire Gaza sans aucun reproche à l’Etat d’Israël.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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