Gaza, les mirages de l’Union européenne

L’équipe actuelle par la voix de son haut représentant aux Affaires étrangères Josep Borrell, après avoir exigé un cessez-le-feu – exige, à qui veut l’entendre – que l’Union européenne ait un « rôle clé » dans l’après-guerre.

L’UE qui a été et reste totalement absente au Moyen-Orient, forte de ses 27 ministres des Affaires étrangères et autant de divergences, qu’ils feignent de laisser de côté – prétend d’y jouer un rôle-clé. Or, informée qu’elle est depuis très longtemps de la situation catastrophique qui prévaut au Liban sous la férule du Hezbollah, elle n’a pas été capable d’agir. Après le président, on a bien vu le ministre français de la Défense rendre visite au contingent français de la FINUL qui se borne à observer la situation mais ne voit manifestement pas les agressions permanentes de l’organisation terroriste contre Israël. M. Borrell aurait déjà dû commencer par essayer de redonner une existence au Liban qui ne sera bientôt plus qu’un état fantôme livré pieds et poings liés à une organisation terroriste. La France s’y est essayée à plusieurs reprises, mais s’y est cassée les dents.

Lors du vote de l’Assemblée générale de l’ONU en vue d’un cessez-le-feu, l’Autriche, la Tchéquie ont voté contre ; pendant que l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie, les Pays-Bas se sont abstenus. Soit six votes contre vingt-et-un pour un cessez-le-feu. Israël a pu compter « ses amis » qui voudraient déjà être au premier rang dans ce qu’on appelle déjà, sans y mettre de contenu, l’après-Gaza.

L’UE veut rebattre les cartes au Moyen Orient

Il est question de la « réorganisation au Moyen Orient » qui doit constituer une partie importante du « futur rôle mondial de l’UE » en vue de permettre son rapprochement avec les pays du Sud, dixit M. Borrell.

Ce dernier met en cause la position de Berlin, qu’il considère plus dure encore que celle de Washington. Force est de constater que l’Allemagne a défini une position très claire dès le départ. Ce n’est pas le cas d’un certain nombre d’autres pays dont les changements de pied successifs n’ont fait que brouiller les cartes.

Ce que M. Borrell et les autres pays n’ont pas compris, c’est qu’il s’agit d’une question existentielle pour Israël, qui est d’évidence une avant-première de ce qui attend nos pays dans un futur proche. Il est vrai que la position allemande s’oppose au Sud global qui se dresse face à la politique occidentale. L’alliance des pays des BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud revendique cette position face à ce qu’elle caractérise comme une hégémonie de l’Occident. Il faut ajouter que d’autres pays ont été invités à rejoindre ce groupe, dont l’Iran, l’Égypte et l’Argentine dont le nouveau président pro-Israël a dit que son pays ne l’intégrerait pas.

A propos du « rôle mondial de l’UE »

C’est un géant qui a chaussé deux pieds gauches.

L’UE a pensé qu’intervenir en matière d’aide humanitaire lui offrirait instantanément un rôle de première importance. Elle était prête à passer par pertes et profits le massacre du 7 octobre pour imposer un cessez-le-feu qui aurait signifié la remise en selle du Hamas. C’est ce qu’on appelle en d’autres circonstances, être complice. C’est un déni de réalité.

La politique de l’UE au Moyen Orient

Le haut représentant de l’UE a effectué un déplacement au Moyen Orient du 16 au 20 novembre. Il a visité successivement Israël, l’Autorité palestinienne, Bahreïn, la Jordanie, l’Arabie saoudite, le Qatar, mais sans le Liban, l’Égypte et les Émirats, au terme duquel, il a tout compris.

Il a confirmé que Bruxelles pense qu’il faut s’appuyer sur le président de l’Autorité palestinienne – dont on connaît la position, la situation et le délabrement – en précisant qu’il « aura besoin de beaucoup de soutien supplémentaire dans les mois à venir » et qu’il doit être relégitimé par des élections en Cisjordanie – quand on sait qu’un récent sondage indique que la population voterait sans doute à plus de 75 % pour le Hamas. Enfin, le haut représentant a précisé que l’UE « pourrait jouer un rôle clé dans d’éventuels pourparlers de paix ». Le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares s’est aussi déclaré pour la « conclusion rapide » d’un cessez-le-feu. Ce qui signifie en clair, l’UE vous demande de négocier avec le Hamas, alors que l’organisation terroriste et ses soutiens ne veulent rien d’autre que d’effacer Israël de la carte, du fleuve jusqu’à la mer. On ne semble pas avoir lu la charte du Hamas et encore moins les déclarations de son mentor à Téhéran.

On voudrait se discréditer qu’on n’agirait pas autrement. Accessoirement le rôle mondial de l’UE semble être devenu l’obsession du haut représentant. Ce qu’on n’arrive pas à faire en Europe, on prétend pouvoir le faire à l’échelle planétaire. On a vu comment la Commission a échoué dans sa lutte contre l’antisémitisme en Europe alors qu’elle affichait déjà un plan « à l’échelle mondiale ». La récente réunion sur l’Ukraine a montré que rien n’est fait, si ce n’est des déclarations dont on se satisfait faute d’actions concrètes. On oublie de préciser qu’une réunion aura lieu en mars 2024 pour voter sur la demande d’adhésion soit trois mois avant l’élection du 9 juin.  Dans le même temps, l’Ukraine s’attendait à ce que l’UE vote un budget de 50 milliards d’aide. Ce que l’UE n’a pas confirmé, devant le veto de la Hongrie notamment.

L’après 9 juin 2024

Les élections européennes dont nul ne peut prédire les résultats peuvent créer des surprises. Les sondages actuels indiquent une forte poussée des partis labellés d’extrême droite, certains au pouvoir, d’autres qui y aspirent. Le mandat de la Commission et des diverses instances sera renouvelé en fonction des forces politiques en présence et des enjeux nationaux, en particulier les grands pays Allemagne, Italie, Espagne, faiseurs de roi.

Le bilan de la Commission est très mitigé. La question de l’immigration déjà centrale en politique intérieure, pousse de nombreux pays à revendiquer une souveraineté élargie contre les contraintes européennes. La CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) est mise en accusation car elle impose ses lois contre la gouvernance des membres. La règle de l’unanimité pose de plus en plus de difficultés et empêche l’UE de devenir cette puissance à laquelle elle aspire. Il suffit de voir les difficultés rencontrées avec la Hongrie, qui reste un partenaire de la Russie, alors que l’UE s’y oppose.

On peut légitiment s’interroger sur ce qu’il adviendra de cette règle si l’Ukraine devenait le vingt-huitième membre et dans son sillage, la Moldavie, la Bosnie-Herzégovine. Au-delà, les problèmes intérieurs, rendent de plus en plus contestable l’acceptation de sacrifices supplémentaires par les citoyens à poursuivre le soutien de Kiev. De plus l’ami de la Maison blanche, quel qu’il soit en novembre 2024, veut se concentrer sur son confit avec la Chine et exige des alliés de l’Otan qu’ils soutiennent l’effort de guerre ukrainien alors que ce pays semble incapable de relancer une action qui lui garantirait un succès devenu improbable. Le front et les positions sont gelées et l’Ukraine a dejà payé très cher ces deux années de guerre. Rien ne permet de penser qu’elle pourra poursuivre le conflit avec Moscou, alors que les États-Unis manifestent une certaine impatience, pendant que les Européens de l’Otan et de l’UE, ont adopté comme slogan « jusqu’à la victoire finale » avec combien de victimes et de blessés de guerre, de familles et d’infrastructures détruites ? On évite d’en parler. Comme la grenouille de la fable, l’UE et ses egos, risque d’éclater à vouloir se comparer au bœuf américain.

à propos de l'auteur
Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles, depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine.
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