Gaza comme boomerang

Des roquettes sont lancées vers Israël vu de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 mai 2021. Photo par Abed Rahim Khatib / Flash90
Des roquettes sont lancées vers Israël vu de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 14 mai 2021. Photo par Abed Rahim Khatib / Flash90

Les tensions actuelles entre Israël et le Hamas qui règne sur la bande de Gaza ont eu l’effet d’un boomerang parmi de nombreux dirigeants israéliens ; on croyait la question palestinienne oubliée, elle est revenue par la petite porte.

Sans compter que l’escalade de violences a eu un autre effet inattendu : la coalition anti-Netanyahou a disparu avant d’avoir vu le jour.

A l’heure où ces lignes sont écrites, le conflit se prolonge encore mais un vainqueur politique apparait déjà : le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

Constat d’échec

Le conflit avec Gaza est un constat d’échec cuisant de la politique proche-orientale conduite par le Premier ministre israélien depuis plus d’une décennie.

Le processus de paix avec les Palestiniens a été enterré depuis longtemps ; Netanyahou a cru qu’il était possible de conclure des accords de paix avec d’autres Etats arabes (comme les Emirats et le Maroc) par-dessus le keffieh des Palestiniens.

Le constat d’échec est sans appel : non seulement le Hamas de Gaza a repris sa lutte armée contre l’Etat juif, mais il a aussi entraîné dans son combat tous les peuples arabes de la région.

Les Arabes d’Israël se soulèvent contre les symboles de l’Etat juif et contre les Juifs eux-mêmes, les Palestiniens de la Cisjordanie expriment violemment leur solidarité avec leurs frères de Gaza, les Jordaniens manifestent dans les rues contre l’Etat juif, le Hezbollah tente de s’infiltrer depuis le sud Liban vers Israël alors que des roquettes ont été lancées depuis le sud de la Syrie.

Ennemi « commode »

Résultat : le Hamas a étendu son influence dans la région, confirmant l’absence de stratégie des gouvernements israéliens vis-à-vis de la bande de Gaza depuis une douzaine d’années.

Non seulement Israël n’a pas réussi à éliminer le Hamas de la Bande de Gaza, il a même contribué à le renforcer : la stratégie visant à dresser le Fatah de la Cisjordanie contre le Hamas de Gaza est un échec total de la politique de Netanyahou.

Désormais, la Bande de Gaza est un pays en soi et elle en possède tous les symboles : une classe dirigeante, des institutions, une armée, une police, un système judiciaire, des finances publiques propres, etc.

Il faut se rendre à l’évidence, même s’il est parfois difficile de voir la vérité en face : le Hamas qui règne sur la bande de Gaza est un ennemi « commode » pour le Premier ministre israélien.

Contrairement au Fatah qui dirige l’Autorité palestinienne à Ramallah et qui prône la solution négociée à deux Etats, le Hamas n’a pas d’exigence « politique » : il rejette toute reconnaissance d’Israël et ne vise qu’à la destruction de l’Etat juif.

Premier ministre pour l’éternité

Certes, Netanyahou – comme aucun Israélien – n’a intérêt à ce que les violences avec le Hamas persistent trop longtemps ; en revanche, ce conflit a bouleversé la cartes politiques d’Israël en sa faveur.

Désormais, une coalition d’union nationale n’est plus à l’ordre du jour ; Naftali Bennett, chef du parti de droite Yemina, vient d’annoncer qu’il préfère une alliance avec le Likoud et le Premier ministre sortant.

Une décision qui tombe à pic pour Benyamin Netanyahou : empêtré dans un procès pour corruption, celui-ci cherche, par tous les moyens, à rester à la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem.

Le Hamas de Gaza vient de lui donner cette chance sur un plateau d’argent ; il serait dommage de ne pas la saisir…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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