Gauche cherche leader désespérément

Le président du parti bleu et blanc Benny Gantz assistant à une réunion de faction à Tel Aviv le 12 décembre 2019. Photo de Flash90
Le président du parti bleu et blanc Benny Gantz assistant à une réunion de faction à Tel Aviv le 12 décembre 2019. Photo de Flash90

Le Likoud a le sien depuis longtemps, même si ce n’est plus pour très longtemps. Les autres partis de droite sont identifiés à leurs leaders : le parti d’Aryé Déri, celui d’Avigdor Lieberman…

A gauche, on en change souvent, et de toute façon, le Parti travailliste agonise, et Amir Peretz ainsi qu’Itzik Schmuli sont disqualifiés par leur participation au gouvernement.

Même problème pour Benny Gantz. Les rescapés des débâcles électorales sont trop marginaux (Nitzan Horowitz, Meirav Michaëli), ou écartés pour cause d’incompatibilité d’humeur avec leurs petits camarades (Stav Shafir). La place est donc libre, et depuis quelques semaines, les aspirants commencent à sortir du bois.

Ron Huldaï a pour lui son originalité, sa sincérité et sa volonté, mais, à 76 ans, il ne peut incarner le renouvellement et est trop marqué par ses 22 années à la tête de la mairie d’un Tel-Aviv bien différent du reste du pays.

Erel Margalit est plus jeune (59 ans) et peut mettre en avant ses succès comme entrepreneur dans la high tech et ses réalisations sociales subséquentes. Il vient de proposer de mettre ses compétences au service de la lutte contre la pandémie. Mais depuis son échec aux primaires du Parti travailliste en 2017, les Israéliens qui ne l’avaient jamais vraiment adopté l’ont bien oublié.

Gadi Eizencot est à 60 ans le candidat le plus sérieux. Il a laissé entendre il y a quelques mois qu’il pourrait peut-être… Politicien roué, Binyamin Netanyahou a refusé de répondre à sa lettre du mois de mars où il proposait de devenir le coordinateur national de la lutte contre le Corona : son succès en aurait fait un rival. Car Gadi Eizencot ne manque pas d’atouts.

Premier Marocain à accéder au poste de chef d’Etat-major, il y a montré de grandes capacités et fait preuve d’un vrai courage politique en s’opposant à l’opinion et au gouvernement dans l’affaire Elor Azaria (ce jeune soldat qui avait abattu un terroriste à terre déjà neutralisé).

Par ailleurs, on sait que les Israéliens créditent les hauts gradés de l’armée d’une intelligence, d’une compétence et d’un sens de l’intérêt général de plus en plus rares dans le monde politique. Mais cela ne suffit pas, et l’expérience Benny Gantz et avant lui celle de Shaül Mofaz montrent que pour prétendre au premier rôle, il faut aussi une équipe et surtout une vision mobilisatrice.

C’est de cela dont la gauche et le centre-gauche sont dépourvus. Chez les Israéliens aisés, diplômés et laïcs qui constituent le cœur de cet électorat, on soutient facilement l’Etat de droit, la lutte contre la corruption, la défense des libertés.

Mais l’enthousiasme n’est plus de mise lorsqu’on évoque des hausses d’impôts qui pourraient s’avérer indispensables pour relancer une économie exsangue. Sans parler de sujets encore plus sensibles, comme la création d’un Etat palestinien ou les relations avec les partis arabes. Gadi Eizencot hésite de plus en plus. On le comprend.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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