Gantz : Proie d’un magicien ou d’un fraudeur ?

Le chef du parti Bleu et Blanc Benny Gantz tient une conférence de presse à Kfar Maccabiah le 07 mars 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90
Le chef du parti Bleu et Blanc Benny Gantz tient une conférence de presse à Kfar Maccabiah le 07 mars 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90

Comme des sacrifiés sur le champ de bataille, leur chef les compte et les répertorie l’un après l’autre. Certains figurent sur une liste de chevaliers méritant une bonne place ; d’autres échouant dans leur loyauté se trouvent éliminés sans laisser de trace ; et d’autres encore qui ont osé défier leur « roi » se voient chassés de l’arène politique. Et il y a aussi ceux qui font semblant d’être dévoués, tout en préparant dans les coulisses un coup d’État : le chef suprême leur consacre un traitement de «VIP » jusqu’à leur effacement ! Ainsi se comporte le dirigeant de ce petit État.

Le dernier condamné, Youli Edelman, le président de la Knesset qui a gagné la confiance d’un large public, y compris en dehors de son parti, a été soupçonné par le Likoud de vouloir faciliter la fin du pouvoir de Netanyahou. Mis à l’avant-garde du combat politique, qui sait par quels moyens, a-t-il été poussé au sacrifice ? Menacé par les membres de son parti, il a osé l’incroyable. Dans son refus d’obéir au système judiciaire et à l’injonction de la Haute Cour de Justice, il mérite pour le moment une simple inscription dans le Livre des records d’Israël. 

Edelman, pensant – peut-être – que l’audace dont il a fait preuve lui donnerait une « haute distinction » sous la forme d’une nomination au poste de président de l’État d’Israël. Non, Edelman ! Votre temps est passé! Il ne vous reste qu’à vous battre pour éviter de figurer dans le répertoire des éliminés de Netanyahu.

Comme chef d’une Mafia expérimentée, Netanyahu ne se satisfait pas de la « liquidation » de ses soldats ripoux. Il repère les faiblesses de « l’ennemi » et agit de « Diviser pour régner ». Il les piège au bon endroit et au bon moment. Qui aurait cru que malgré son résultat au dernier scrutin Gantz se soit trouvé sur la route de la réussite ? Voilà qu’il a obtenu le mandat du Président de l’État pour former un gouvernement, la présidence de la Knesset, d’importantes commissions sous son contrôle, et surtout la possibilité d’en finir enfin avec le règne de Netanyahu grâce à la loi programmée.

Gantz justifie sa décision en invoquant l’urgence du moment. Tout d’abord, Israël n’est pas seul dans cette crise planétaire. Dans aucun état démocratique un gouvernement national d’urgence n’a été établi pour combattre le virus du Corona. Si Gantz était le prochain « Messie » venu pour sauver le pays de l’épidémie, pourquoi pas ? Et s’il était l’inventeur d’une formule scientifique qui a fait ses preuves et qui peut réduire considérablement le nombre des victimes, pourquoi pas ? Et s’il était un leader expérimenté, comme à l’époque Charles de Gaulle appelé par le peuple pour sauver la République, pourquoi pas ? Mais Gantz n’est ni ceci ni cela.

Comme tous les chefs de partis du Centre qui arrivent avec fanfare et finissent dans la honte, la fin politique de Gantz a entamé sa trajectoire. Il disparaîtra comme une étoile filante qui s’éteint, à peine aperçue. Le jeudi 26 mars 2020 sera gravé dans les annales de la Knesset d’Israël. Qui peut croire qu’un gouvernement unissant un parti de 15 sièges à un bloc de 58 tiendra jusqu’à son terme sur une base paritaire ? Illusion ou naïveté ? Avidité ou volonté d’étoffer certains CV ?

Les deux étapes ignobles auxquelles les Israéliens ont été exposés en l’espace de trois jours, celle d’Edelman et celle de Gantz, enfonce de plus en plus le pays. Elles nécessitent une prise de conscience qui l’épargnera du chaos. L’État est important non pas seulement pour ses citoyens, mais aussi pour tous les Juifs de la Diaspora, ainsi que tous ceux qui soutiennent Israël.

Maintenant que le sort en est jeté, Gantz, accompagné de ses amis, rampe vers un énième gouvernement de Netanyahu. Mais quel pays vient-il sauver ? Celui dont la santé des citoyens restera probablement entre les mains d’un Ministre ultra-orthodoxe ? Ce dernier refuse d’imposer à ses électeurs le respect des règlements d’urgence de Corona, ceux qui remettent à Dieu leur protection. Mais le judaïsme ne préconise-t-il pas la vie avant tout ?

Selon les dernières informations, Gantz occupera le poste de Ministre des Affaires étrangères. On peut se demander quelle serait sa contribution véritable ? Dans les mois à venir, il sera quasiment au chômage, et ne pourra pas même visiter les quatre coins du monde.

Lorsque la crise de Corona passera, sans aucun doute, les lésés du Likoud exigeront une répartition relative entre leur parti et ceux des déserteurs du Bleu Blanc. Nous ne pouvons qu’attendre pour voir. C’est juste dommage que ceux qui paient les factures aussi bien en vie et qu’en pertes économiques soient généralement ceux qui votent Netanyahou.

Quant aux membres du parti travailliste, on peut avoir du respect pour Amir Péretz. Epérons qu’il ne décevra pas. À son âge, avec son expérience, son CV, il n’a pas besoin d’un fauteuil ministériel pour poursuivre son combat. De grâce, Amir Péretz, soyez fidèle à votre conscience, à vos engagements, à vos choix, à vos partenaires de gauche. Ne rejoignez pas Netanyahou !

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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