France-Israël : les illusions perdues ? 

Le nouveau gouvernement Borne-Colonna annonce une ère nouvelle et pleine d’espérance pour la France et les affaires internationales mais aussi pour les relations franco-israéliennes. Pour apporter des réponses à des crises intérieures et extérieures seul un cabinet d’experts et de technocrates pourra relever les défis et appliquer des réformes.

Elisabeth Borne et Catherine Colonna sont des femmes chevronnées, ayant toutes les qualités et l’expérience pour diriger la France, à condition de pouvoir prendre des décisions claires et audacieuses tout en évitant une politique sectorielle et partisane.

Certes, la politique étrangère demeure un domaine réservé de l’Elysée mais le chef de la diplomatie a un rôle d’influence considérable sur le président. Tout dépend des ambitions et du caractère du ministre et ses épreuves dans les moments de crise. La nouvelle dirigeante du Quai d’Orsay a sans doute un avantage non négligeable sur tous ses prédécesseurs, elle est aussi orfèvre dans la communication et les relations avec les médias.

Rappelons pour mémoire de nombreux ministres français des Affaires étrangères ayant marqué leur empreinte sur les relations franco-israéliennes et sur la solution du conflit israélo-arabe : Christian Pinaud avant la guerre de Suez en 1956, Maurice Couve de Murville avant la guerre des Six Jours de 1967, Michel Jobert pendant la guerre de Kippour de 1973, Jean Sauvagnargues, Louis de Guiringaud et Jean-François Poncet durant le septennat de Giscard d’Estaing, Claude Cheysson, Roland Dumas et Hubert Védrine durant les 14 années de François Mitterrand, Alain Juppé et Philippe de Villepin pendant la période chiraquienne, et enfin Jean Yves Le Drian lors du premier mandant d’Emanuel Macron.

Entre l’instauration de la Cinquième République par le Général de Gaulle, en 1958, et 1974, aucun ministre français n’a foulé le sol d’Israël. La France avait décrété un embargo militaire, économique et diplomatique.

La première visite de Jean Sauvagnargues à Jérusalem s’est déroulée le 31 octobre 1974, 10 jours après sa rencontre avec Arafat à Beyrouth.

Depuis, la France s’acharne à lier Israël aux Territoires palestiniens comme deux frères siamois. Pourquoi ? Nous ne sommes plus indépendants, souverains ?

Certes, la politique étrangère française est depuis le général de Gaulle dictée par l’Elysée, mais on peut dire que depuis toujours, et particulièrement depuis le partage du Moyen-Orient par le diplomate François Georges-Picot (avec le Britannique Mark Sykes), c’est bien le Quai d’Orsay qui fait la pluie et le beau temps en politique étrangère, et aucune différence n’existe sur ce sujet entre les gouvernements de Gauche et de Droite.

Les relations France-Israël ont connu depuis l’anathème gaullien de 1967 des disputes, des incompréhensions, des froideurs et des réconciliations. Ces relations sont uniques dans l’Histoire de la diplomatie car elles demeurent imprégnées de raison et de passion.

Durant son premier mandat, Emmanuel Macron n’a pas effectué une véritable visite d’Etat en Israël ni d’ailleurs son Premier ministre. Président de la République, il était venu le 22 janvier 2020 à Jérusalem invité avec une quarantaine de dirigeants mondiaux, pour commémorer le 75e anniversaire de la libération du camp nazi d’extermination d’Auschwitz.

Cependant, lors de cet unique voyage il avait créé avec maladresse une crise diplomatique inutile en rendant visite chez les Palestiniens, tout en ignorant les services israéliens et la police, et en rappelant le grave incident avec Jacques Chirac en octobre 1996 dans l’enceinte de l’église Saint-Anne à Jérusalem-Est. Il est bien temps de préparer une visite officielle d’Etat qui se déroulerait avec tous les égards mais exclusivement en Israël.

Toutefois, il faut reconnaître que durant son premier mandat les relations franco-israéliennes se sont améliorées considérablement. Macron n’a jamais critiqué les dirigeants israéliens publiquement ni provoqué des disputes inutiles comme l’ont fait ses prédécesseurs.

Macron a eu aussi le courage d’affirmer le 16 juillet 2017 qu’il ne « cèderait rien à l’antisionisme », qui est selon lui « la forme réinventée de l’antisémitisme ». Des propos prononcés clairement lors de la commémoration de la rafle d Vel d’Hiv, en présence de Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre.

Nous sommes convaincus qu’Elisabeth Borne poursuivra le combat contre l’antisémitisme qui déferle aujourd’hui en France à l’extrême droite comme au sein des partisans de l’islamo-gauchiste.

La haine anti-juive a marqué l’histoire contemporaine de la France depuis l’affaire Dreyfus mais elle s’est poursuivie durant les mandats de Léon Blum et Pierre Mendès France.

En nommant Elisabeth Borne à la tête du gouvernement français en 2022, le président Macron prouve que la France officielle n’est plus antisémite bien que le fléau existe toujours en son sein. C’est aussi une belle revanche pour celle dont le père juif fut un rescapé d’Auschwitz et un résistant.

Dans notre contexte, pourquoi ne pas poursuivre dans cette veine et dire sans ambages aux Palestiniens avant de procéder à tout processus :

« Vous devriez avant tout reconnaître l’existence et la souveraineté de l’Etat Juif dans des frontières défendables, arrêter toutes les actions terroristes, toute belligérance et incitation à la haine, ne plus exiger votre droit au Retour qui mettrait fin à l’Etat d’Israël, et ni que Jérusalem soit aussi votre capitale, elle appartient exclusivement aux Juifs. »

Si les Arabes acceptent un jour cette formule, eh bien, la France aura gagné honorablement son pari…

Avec l’installation du nouveau gouvernement et devant un nouveau mandat présidentiel, le temps est donc propice pour examiner à nouveau la politique de la France dans notre région. Agir dans le bon sens et adopter enfin une diplomatie nouvelle, créative, efficace, moins conservatrice et plus pragmatique. Cette politique devrait être dirigée bien sûr par le Président de la République mais en entente totale avec le Quai d’Orsay. La France devrait donc parler d’une seule voix et adopter une seule stratégie, claire et précise.

Bien entendu, il ne s’agit pas de boycotter et couper les ponts avec le monde arabe et mener une chasse aux sorcières contre le monde musulman. Raison garder, il faudrait poursuive le dialogue et rapprocher les modérés et tous les hommes de bonne volonté dans le cadre des Accords d’Abraham, pour qu’ensemble combattre les extrémistes et les fanatiques, écarter tous ceux qui sèment la haine et la terreur.

Le nouveau gouvernement Borne-Colonna relèvera-t-il le défi ? Nous le souhaitons vivement pour enfin consolider les relations bilatérales et multilatérales. Gommer un passé hypocrite et effacer définitivement la politique du double jeu. Repartir enfin vers une sincère alliance et une fidèle amitié. Sont-elles des illusions perdues ?

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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