Français de l’étranger

Les Français de l’étranger ont déjà voté pour les élections législatives une semaine plus tôt que leurs compatriotes de la métropole, et même quelques jours avant pour ceux qui ont choisi leur candidat par Internet. Ce qui a été le cas pour la grande majorité des Français d’Israël.

D’autant que le 1er tour coïncidant avec la fête de Shavouot, de nombreux électeurs ne pouvaient pas se déplacer. Sur l’ensemble de la 8ème circonscription (Israël, Italie, Grèce, Turquie, Chypre, Malte, San Marin, Vatican et Territoires palestiniens), la participation a été faible : 12,07 %. C’est habituel et on retrouve le même phénomène dans les 11 circonscriptions des Français de l’étranger. Le député sortant, Meïr Habib (UDI, droite), est arrivé en tête avec 28,85 % des voix suivi de très près par la candidate d’«Ensemble » (la confédération macroniste), Deborah Abisror de Lième, qui obtient 27,77 % des suffrages. Aux élections de 2017, la candidate des marcheurs était arrivée en tête au premier tour.

Aujourd’hui, le parti présidentiel bénéficie moins de l’effet d’entraînement de la victoire d’Emmanuel Macron. Mais le député sortant obtient également un pourcentage moindre qu’en 2017 (35,51%), pâtissant de la concurrence du candidat de Reconquête, Serge Siksik, qui avec 6,9% des suffrages ne réussit pas à renouveler l’exploit de son chef, Eric Zemmour, qui avait obtenu un excellent score dans la circonscription en réunissant 53 % des suffrages en Israël le 10 avril dernier.

Logiquement, ces voix devraient se reporter sur Meïr Habib le 19 juin prochain. La seule chance de gagner pour Deborah Abisror serait d’obtenir le ralliement des électeurs de la candidate de la NUPES, Isabelle Rivolet, qui avec 18,84% des voix confirme la bonne tenue du parti de Jean-Luc Mélenchon. A défaut, Meïr Habib pourrait être réélu. D’autant qu’il entend mobiliser des abstentionnistes au second tour comme en 2017.

On l’aura compris, le scrutin risque d’être plus serré que la fois précédente où celui qui était déjà le député sortant avait battu sa concurrente avec plus de 58% des voix en raison de son avance considérable en Israël.

Pour les Juifs français, ce serait une consolation car le 5 juin, ils ont perdu leur chouchou : Manuel Valls est arrivé troisième dans la 5ème circonscription des Français de l’étranger en réunissant moins de 16% des voix. Il a laissé entendre qu’il pourrait quitter la vie politique et a fermé son compte Twitter. Il est vrai qu’à force de se comporter comme un globe-trotter politique, il a perdu la confiance des électeurs en Espagne comme en France. Il rejoindrait ainsi la cohorte de ceux qui, persuadés d’arriver au sommet, sont redescendus aussi vite qu’ils étaient montés.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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