FPÖ, AfD, Vox : les partis d’extrême droite à l’offensive

Les prochaines élections européennes pourraient constituer un véritable tournant dans l’histoire politique de l’Union européenne. À une époque où de plus en plus de partis dits « traditionnels » sont fortement désavoués par les citoyens, les partis « populistes » et « nationalistes » semblent en mesure de profiter de la situation.

Procédons à un bref retour en arrière afin d’analyser l’évolution de quelques partis d’extrême droite depuis le dernier scrutin européen de 2014.

Le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs– Parti de la liberté d’Autriche) est sans nul doute la formation politique qui a réalisé la plus grande percée politique au cours de la dernière décennie. Qu’il est loin le temps où le parti de feu Jörg Haider – à l’instar du Front National sous Jean Marie Le Pen – n’était qu’un parti marginal contestataire n’ayant pas véritablement vocation à exercer le pouvoir.

Force est de constater que depuis qu’Heinz-Christian Strache est devenu le leader du FPÖ, celui-ci enchaîne les succès électoraux. En effet, lors des élections européennes de 2014, le FPÖ a recueilli 19,72% des voix, se plaçant ainsi en troisième position derrière respectivement les conservateurs de l’ÖVP (26,98%) et les sociaux démocrates du SPÖ (24,09%). Déjà à cette époque, cette formation politique autrichienne avait déjoué bon nombre de pronostics en obtenant un score étonnement élevé. Nouveau rebondissement, les élections nationales de 2017 ont permis au FPÖ avec 25,97% d’entrer dans une coalition gouvernementale aux côtés de l’ÖVP.

D’après un sondage récent, le trio de tête en Autriche ne changerait pas pour les Européennes. Il semble néanmoins judicieux d’observer la progression du FPÖ. En effet, avec 23,5%, ce parti gagne un peu plus de trois points par rapport au dernier scrutin. L’ÖVP se place devant le SPÖ avec 28,5% contre 27% des voix. Cette progression du FPÖ traduit bien que les Autrichiens se sont habitués à ce parti de gouvernement qui a gagné en respectabilité sur l’échiquier national. Toujours en surfant sur les mêmes thématiques de campagne, il continue sa progression inexorable auprès d’une partie de l’opinion publique.

Il y a quelques jours encore, alors que sa formation politique est en pleine campagne des européennes, le vice-chancelier autrichien et numéro deux du gouvernement a suscité une vive polémique en faisant référence à la théorie du « grand remplacement », à savoir la disparition en Europe de la race blanche au profit de la population immigrée de couleur et musulmane. Tout en expliquant que le FPÖ était partisan d’une politique d’immigration strictement contrôlée, Heinz-Christian Strache a insisté sur le fait qu’on ne pouvait pas nier que l’immigration venait bouleverser la démographie autrichienne. Fidèle à une rhétorique et une doctrine idéologique qui puise sa source dans le national-socialisme, le FPÖ continue pourtant, année après année, à occuper sa place aussi bien au niveau national qu’européen.

Nul doute qu’Heinz-Christian Strache se servira de ces élections pour préparer en amont le prochain objectif du FPÖ : la conquête de la chancellerie autrichienne.

En Allemagne, la situation est quelque peu différente, pouvant s’expliquer par le fait que l’Alternative für Deutschland (AfD, Alternative pour l’Allemagne) est un tout jeune parti politique.

Fondé en février 2013, ce parti s’est rapidement imposé sur la scène politique locale. Très rapidement, celui-ci va s’emparer des thèmes de campagne propres aux partis d’extrême droite en Europe tels que l’immigration, la sécurité ou encore l’opposition entre « élites politiques et peuple allemand ». Lors des élections européennes de 2014, l’AfD, qui n’avait alors qu’un an, s’est classée loin derrière les conservateurs de la CDU (30%) et les sociaux-démocrates du SPD (27,3%).  Les 7,1% recueillis par l’AfD étaient malgré tout une bonne rampe de lancement pour le parti d’extrême droite qui allait se servir de ces résultats pour l’avenir. Et concrétisation de son ascension, lors des élections législatives de 2017, l’AfD a réussi l’exploit de faire une entrée historique au Parlement en devenant avec 12,6% des voix la troisième force politique au Bundestag.

Ainsi, plus que jamais, les élections européennes de 2019 constituent-elles un défi de choix pour l’AfD : continuer à s’imposer sur la scène politique allemande et mettre à mal, à l’instar du FPÖ en Autriche, la bipolarisation de la vie politique allemande entre la CDU et le SPD.  D’après plusieurs sondages, l’AfD oscillerait entre 10 % et 15% d’intentions de vote lors de ce scrutin. Un sondage en date du 25 octobre 2018 de l’Institut INSA le plaçait même au-delà de la barre des 15% avec 16%. Malgré sa création récente, ce parti compte bien s’appuyer sur son score aux élections européennes pour s’imposer encore plus sur la scène nationale. De fait, en passant la barre symbolique des 10%, l’AfD rentrerait dans le cercle fermé des partis d’extrême droite qui comptent en Europe.

Lors de cette campagne et en parfaite cohésion avec la position des partis politiques d’extrême droite, l’AfD se montre tout aussi critique à l’égard de l’UE. Elle défend tantôt l’idée de quitter l’UE ou bien la dissolution pure et simple de cette institution. De plus, les candidats de l’AfD concentrent leurs attaques contre l’Agence FRONTEX qu’ils accusent de favoriser l’immigration illégale et massive au sein des pays membres de l’UE.

Tout comme pour le FPÖ, l’AfD adopte la même stratégie de campagne à savoir une critique sévère de l’Union européenne. Arguant la priorité nationale avant la priorité européenne, le jeune parti espère bien gagner en crédibilité auprès de l’opinion publique.

Le FPÖ en Autriche, l’AfD en Allemagne et l’invité surprise de ces dernières semaines à la course aux élections européennes : le parti d’extrême droite espagnol, Vox.

Fondé en 2013, Vox est le résultat d’une scission de membres du Parti populaire en ayant comme objectif d’incarner une nouvelle droite nationaliste en Espagne. Il est actuellement dirigé par Santiago Abascal. À l’occasion des élections générales en 2015, Vox n’a recueilli que 0,23%.

Néanmoins, lors des élections en Andalousie, en décembre 2018, le parti d’extrême droite arrive à obtenir 10,96% soit douze sièges –à noter qu’il est le premier parti d’extrême droite à faire son entrée au Parlement espagnol depuis la fin du franquisme.  Enfin, lors des récentes élections générales espagnoles de 2019, il recueille 10,3% des suffrages et peut rêver de s’installer durablement sur la scène politique espagnole. ()

Se montrant très critique à l’égard de la politique migratoire de l’UE, cette formation politique insiste sur la nécessité à ce que les immigrés s’intègrent pleinement dans le pays et en acceptent les valeurs. Un récent sondage affirme que Vox ferait sa première entrée au Parlement européen avec près de 8%, obtenant de fait six députés.

Pour ce faire, Vox souhaite s’inspirer, dans sa campagne, de Donald Trump (États-Unis) et de Jair Bolsonaro (Brésil) en misant sur les réseaux sociaux.

Gage d’une lutte commune, il y a quelques jours, Marine Le Pen se rendait à Prague en République Tchèque aux côtés d’autres leaders européens pour appeler à une véritable révolution nationale à l’occasion de ces élections européennes.

Ainsi, forts de leurs récents succès électoraux, les partis d’extrême droite d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne pourraient jouer les troubles fêtes au Parlement européen. Ce qui est paradoxal, c’est que leur présence, au sein d’une institution qu’ils critiquent, ne ferait que renforcer leur impact auprès des médias et à l’échelle européenne.

Les peuples européens se laisseraient-ils entraîner par les sirènes des partis d’extrême droite et seraient-ils prêts à leur confier l’avenir ?

De ce fait, ces élections européennes seraient-elles l’ultime chance pour le Parlement européen ?

à propos de l'auteur
Benjamin est doctorant en sciences politiques et Directeur de cabinet du Maire de Remiremont.
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