Fin de parti(e)

Le chef du parti bleu et blanc Benny Gantz tient une conférence de presse à Kfar Maccabiah, le 07 mars 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90
Le chef du parti bleu et blanc Benny Gantz tient une conférence de presse à Kfar Maccabiah, le 07 mars 2020. Photo de Tomer Neuberg / Flash90

C’est à la fin d’une partie, celle de la crise politique, et à la fin d’un parti, Bleu-Blanc (Kahol Lavan), auxquels nous assistons. Il n’y aura pas de quatrièmes élections.

La crise politique durait depuis quinze mois pendant lesquels le gouvernement n’a guère gouverné, sauf pour les mesures urgentes, et la Knesset a peu légiféré, sauf pour des raisons politiciennes.

Les jours ou les semaines qui viennent verront se former un gouvernement d’Union nationale avec au poste de Premier ministre Binyamin Netanyahou pour dix-huit mois, et Benny Gantz pour les dix-huit mois suivants… en principe. Car ce dernier a pris un risque. Sa décision conduit à l’éclatement de son parti, quinze députés le suivant et les autres (dix-huit à ce jour) se rangeant dans l’opposition désormais dirigée par son ancien allé, Yaïr Lapid.

Minoritaire au sein d’un gouvernement qui en fait d’Union nationale est plutôt un gouvernement de toute la droite, de l’extrême droite (Yemina) au centre-droit (les ‘gantzistes’), il devra composer avec un Binyamin Netanyahou qui triomphe.

Minoritaire et sous le coup de trois mises en examen, il est assuré de rester encore au pouvoir fort de l’appui de son parti (36 sièges) de son ‘bloc’ (cinquante-huit en tout), et il a réussi à faire exploser le principal parti d’opposition. Celle-ci se retrouve réduite à la portion congrue (39 sièges) avec beaucoup d’interrogations : la gauche ou ce qui en reste (six sièges) va-t-elle résister à l’attrait d’une participation au gouvernement ? Va-t-elle rejoindre le parti de Yaïr Lapid ou se diviser, une partie d’entre elle préférant s’allier avec les partis arabes (15 sièges) ?

Le nouveau gouvernement devra s’atteler à la gestion de la crise du Coronavirus et ensuite à réparer ses dégâts, notamment économiques. On ose espérer que fort d’une large majorité, le gouvernement saura prendre les décisions nécessaires pour réhabiliter un système de santé publique qui en a bien besoin.

On souhaiterait aussi que cette longue crise politique conduise à réformer le système électoral, mais l’expérience a montré qu’une fois les crises passées, tout le monde s’en accommodait. L’opposition a aussi beaucoup de travail à faire, et d’abord sur elle-même pour définir son positionnement, le « Tout sauf Bibi » ayant montré ses limites.

Benny Gantz a fait exploser non seulement son parti, mais tout le système partisan. On estime qu’à la suite de la pandémie, la société israélienne ne sera pas tout à fait la même. Le paysage politique non plus.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments