Faut-il la peine de mort pour le meurtrier d’Ori Ansbacher ?

Allez-y, vous pouvez m’insulter, me conspuer, dire que je suis un néo-fasciste, un réactionnaire de la pire espèce, un sioniste d’extrême-droite ou ce que vous voulez. C’est vrai que je l’ai un peu cherché… Pourquoi ? Parce que je veux briser le tabou suprême, le socle commun de toutes les démocraties bon teint, de tous les européens modérés, de tous les occidentaux civilisés. Oui, je crois qu’on peut évoquer de manière dépassionnée et réfléchie la question de la peine de mort… en tous cas pour Israël.

Renouer avec l’hébreu qui est en moi.

Pour commencer, je vais vous parler de moi. Vous raconter ma vie de bon citoyen français, élève studieux de l’école de la république, élevé aux valeurs de justice et tolérance, des droits de l’homme et du citoyen, du siècle des lumières, de l’humanisme et des valeurs universalistes de la France. Un européen modèle, citoyen, pour qui la peine de mort représente évidemment l’horreur absolue, celle des civilisations les plus barbares et reculées.

Et puis il y a près de 4 ans j’ai fait mon Alyah. Lors d’une soirée de nouveaux arrivants, j’ai entendu un olé hadash (nouvel émigrant) expliquer qu’il était en Israël depuis quelques années et qu’il essayait de renouer avec « l’hébreu qui est en lui ». J’ai entendu son discours mais sans vraiment comprendre le sens de ce qu’il voulait dire…

Quelques mois plus tard, j’ai commencé à intégrer ce qu’il voulait dire parce que moi-même, je me rendais compte qu’au fur et à mesure des mois qui passaient j’abandonnais mes oripeaux d’israélite élevé en pays chrétien…

Pour nous, les français, la peine de mort représente l’horreur absolue parce que toutes les valeurs qu’on nous enseigne depuis l’enfance –l’humanisme, le pardon, la repentance, l’amour du prochain quel qu’en soit le prix, tendre l’autre joue- sont des valeurs chrétiennes qui imprègnent nos consciences. Mais lorsqu’on vit en Israël, on commence à voir les choses un peu différemment et, dans mon cas, à re-considérer nos valeurs au regard des valeurs du judaïsme.

Ma référence en tant que juif, c’est la Torah, pas la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et encore moins le traité de Rome, de Maastricht ou de Lisbonne. Ca vous fait probablement mal de lire ça (peut-être parce que ça vous rappelle le discours des islamistes intégristes), mais c’est « ma » vérité. La loi de mon pays, c’est ma loi, dit notre Torah. Le pays dans lequel je vis est désormais Israël, alors je ne me sens plus obligé d’être un bon petit citoyen français…

Dans la Torah, c’est assez impressionnant mais on condamne à mort à tort et à travers !

Pour avoir cueilli du bois pendant le chabbat, pour avoir commis l’adultère ou pour tout un tas de raisons, il y a de nombreuses occasions de voir appliquer la peine capitale. Mais depuis au moins 2000 ans, les choses ont bien changé…

Sans rentrer dans les détails, il faut tellement de conditions pour condamner un homme (ou une femme d’ailleurs) à mort qu’il est quasi-impossible de les réunir selon la loi de la Thora. Un tribunal qui prononcerait une condamnation à mort en sept ans (soixante-dix ans dit Rabbi Eléazar ben Azaria) serait un tribunal appelé ‘Havlanith’ – c’est-à-dire destructeur.

Rabbi Akiva et Rabbi Tarphon ajoutent: « Si nous avions été au Sanhédrine, jamais aucun homme n’aurait été mis à mort » (Michna Maccoth 1:10).

Mais dans le cas d’Ori Ansbacher (béni soit son souvenir), je crois qu’on pourrait trouver des raisons de remettre au goût du jour la peine de mort.

Je n’ai plus de réticence de principe comme j’aurais pu en avoir il y a quelques années. Aujourd’hui, je me dis que ce meurtrier va occuper nos prisons pendant au moins 30 ans, probablement à l’isolement pendant des années, traité comme un chien par ses gardiens et surement ses co-détenus (si toutefois il en croise). Y a-t-il davantage d’humanité à le maintenir ainsi qu’à abréger ses souffrances par la peine capitale ?

Je ne suis pas en train de refaire le débat sur les avantages et les inconvénients de la peine de mort (tout le monde connait les arguments des deux camps), ni de promouvoir les idées de ceux qui, en France, aimeraient bien profiter de la consultation nationale pour remettre ce sujet sur la table. Je suis juste en train de dire qu’au regard de la loi juive, le point de vue sur ce sujet n’est pas exactement celui des textes fondateurs de l’Union Européenne.

Est-ce que mon article est un manifeste pour la peine de mort ? Nullement ! Juste une question posée. Pour dire que c’est un débat qu’on pourrait ouvrir dans certains cas extrêmes, pour les meurtres particulièrement odieux ou pour les terroristes par exemple. Lorsque l’horreur est absolue et que les humains civilisés n’ont pas d’issue valide pour y faire face et trouver une solution adéquate capable de rétablir la paix sociale. Alors dans ce cas, et seulement dans ce cas, cela mérite d’y réfléchir. Et d’en débattre sereinement.

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Blogueur, c'est pas un métier ça ! Mon vrai boulot, c'est consultant en informatique, mais mes passions sont l'histoire juive, le foot, la politique, les blagues et Internet. Séfarade, fan de ABBA, Bibi Netanyahou, mon iPhone, Johan Cruyff, la dafina du samedi midi, Alain Finkielkraut, Rihanna et mon Rabbin. J'écris des pitreries, des billets d'humeur ou des articles très sérieux depuis Jérusalem, ma ville adorée, où j'habite depuis mon Alyah en 2015.
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