« Faire nation » : le message d’Israël

Réception du vaccin du Covid-19, au centre de vaccination Maccabi Healthcare Services Covid-19 à Modi'in, le 24 décembre 2020. Photo de Yossi Aloni / Flash90
Réception du vaccin du Covid-19, au centre de vaccination Maccabi Healthcare Services Covid-19 à Modi'in, le 24 décembre 2020. Photo de Yossi Aloni / Flash90

Pendant la pandémie de la covid, Israël a relevé le défi contre l’adversité.

Au delà de toutes les récentes dissensions politiques, de toutes les inégalités sociales, Israël retrouve son unité salvatrice.

On pensait qu’au vu de l’émergence inopinée de trois nouveaux partis et qu’avec la dissolution de la Knesset, la crise politique allait bloquer le pays et inhiber toute réactivité contre la crise. On pensait également que, face aux inégalités sociales engendrées par la crise sanitaire, et face à l’adversité, la société israélienne aurait perdu de sa réactivité.

Absolument pas, c’est tout le contraire qui se passe. La première réponse à la pandémie a été le confinement strict qui a été couronné de succès. L’union nationale et un consentement général citoyen au confinement ont jugulé l’épidémie. Les méthodes de réanimation, la mise sous tension du système hospitalier, la création d’hôpitaux de campagne, les réseaux de surveillance et de prévention ont limité le nombre de décès. Le déconfinement est venu encourager cette expérience réussie.

C’était sans compter sur la perversité de la covid. La deuxième vague fut aussi terrible qu’inattendue. La théorie d’une lutte contre la covid selon le modèle  “stop and go” de confinement s’est alors imposée comme seule alternative contre la covid. On a réalisé que cette situation était extrêmement néfaste pour l’économie et dangereuse pour l’équilibre social familial et culturel.

Une seule solution est apparue comme salvatrice pour l’ensemble de la société israélienne c’est le recours à une vaccination systématique de masse, dans le but d’obtenir une immunité collective, seule garantie d’un redémarrage acceptable de l’économie et de la vie sociale.

Dès la mise sur le marché du premier vaccin Pfizer et autorisation de la FDA, Israël s’est porté acquéreur de 8 millions de doses assurant la double vaccination de la moitié de sa population et assurant ainsi une couverture vaccinale devant assurer une immunité collective minimum. Dès le lendemain de la première livraison de vaccins une logistique a été mise en place avec des objectifs, un calendrier et des moyens.

Les objectifs sont de vacciner 4 millions de personne pour fin mars 2021. Le calendrier est fixé au premier trimestre 2021. Les moyens mis en œuvre sont des centres de vaccination répartis selon les réseaux de soins collectifs à travers le pays auxquels viennent se joindre les structures hospitalières et les maisons de retraite. Tous les personnels soignants du pays sont mis à contribution. La stratégie est de vacciner en premier toutes les personnes a risques et très vite d’y associer toutes les autres populations susceptibles de propager le virus.

C’est le principe même d’une vaccination de masse a visée d’éradiquer une épidémie non maîtrisée. Les autres considérations et discussions sans fin sont inutiles et académiques et inhibent le principe même d’une prévention urgente vaccinale de masse.

Pourquoi cette organisation volontariste ? L’analyse du pouvoir exécutif repose sur la constatation que la société israélienne dans son ensemble ne peut plus tolérer un autre confinement qui risque d’altérer les équilibres sociaux économiques psychologiques des Israéliens. Le seuil de consentement des citoyens israéliens est atteint avec le troisième confinement.

Pour pallier à ce dilemme, la solution pragmatique adoptée est d’instruire rapidement la vaccination systématique de toute la population. Bien évidemment des questionnements scientifiques et éthiques se posent sur les effets secondaires éventuels du vaccin Pfizer.

Les références positives dues aux retours d’expérience des vaccinations au Royaume Uni et aux USA sont venues étayer la justesse de la démarche israélienne. D’autre part des arguments de scientifiques éminents sont venus conforter cette démarche.

Le Pr Axel Kahn, éminent généticien est venu confirmer l’efficacité du vaccin et sa parfaite innocuité. Axel Kahn est également un représentant majeur de l’éthique médicale et à ce titre son avis peut être respecté et suivi. Son avis est que la mise en place rapide de la vaccination est une course de vitesse contre la diffusion du virus, contre des décès en augmentation et contre les dégâts sur toute la société.

Chaque citoyen israélien, au-delà des considérations contradictoires de toute sorte, se sent concerné par ce combat pour sortir le pays de la crise et pour sauver les personnes en danger. A ce titre dépassant les risques éventuels même infimes dus au vaccin, les israéliens mesurent rationnellement la prise de risque et consentent dans un élan patriotique à coopérer à l’effort de sauvegarde de la nation et de l’ensemble des citoyens par l’acte solidaire de vaccination. C’est exactement ce dont il s’agit. C’est faire nation dans le cadre d’un récit patriotique.

Comme un espoir n’arrive pas seul on observe que Dubaï, le Bahreïn, le Maroc, l’Arabie Seoudite sont sur une même ligne de vaccination nationale de masse, permettant le plus rapidement possible un blocage de la covid, l’arrêt des confinements successifs et le rétablissement des économies et des liens sociaux.

Les messages de souveraineté et de volontarisme insufflés par Israël prennent corps dans le réel au sein d’une communauté de nations moyen-orientales augurant la pérennité du grand projet politique régional. 

à propos de l'auteur
Docteur en médecine, Gilbert est aussi médecin du travail, acupuncteur, homéopathe ainsi qu'enseignant de neurophysiologie.
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