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Faire face aux atrocités du 7 octobre 2023

Faut-il diffuser ou censurer les informations sur les horreurs commises par les hommes du Hamas ce Shabbat 7 octobre dernier ? Ce sont bien des hommes, pas des bêtes, aucun animal n’est capable d’une telle férocité.

Je n’ai aucun penchant particulier pour aller rechercher les vidéos postées par les terroristes sur les réseaux sociaux. Cela fait partie de leur identité, semer la terreur en documentant leurs crimes odieux. Une sorte de pornographie pour épouvanter les âmes sensibles, qui fait écho aux actes commis par l’État islamique.

Maintenant quand on écoute les personnes arrivées sur les lieux des massacres, les survivants, les soldats, les paramédics et les volontaires de ZAKA (en charge de l’identification des victimes de catastrophes), quand on voit l’étendue des dégâts produits en à peine 24 heures et sans moyens industriels, il me semble que nous ne pouvons pas faire l’économie de ne pas lire, de ne pas vouloir savoir. Il est nécessaire de récolter ces témoignages et les absorber quelle que soit la douleur à leur écoute.

Pourquoi pourrait-on d’une part encourager à enregistrer les témoignages des rescapés de la Shoah sur les horreurs des nazis ou lire les histoires sur les atrocités des pogroms commis par les cosaques de Bogdan Khmelnitski en 1648 et d’autre part ne pas entendre les récits à vif et sans images de ces témoins ? Les massacres survenus il y a 80 ou 375 ans nous seraient-ils plus audibles parce qu’ils se sont déroulés dans un passé plus ou moins lointain ? A mon avis, non.

Demain des négationnistes réfuteront que ceci s’est effectivement déroulé. Déjà aujourd’hui, en plein cœur de la guerre, à moins d’un mois des carnages, de nombreuses instances internationales et ONG ont une perspective très sélective de la souffrance humaine, peu d’entre elles ont condamné sans équivoque les actes barbares du 7 octobre, leur vision « humanitaire » se focalisant unilatéralement sur les images des ruines qui leur parviennent de Gaza, images pourtant totalement contrôlées par le Hamas, dont nous savons dès maintenant qu’ils ont instrumentalisé la chute accidentelle d’un missile palestinien sur la cour d’un hôpital à Gaza pour polariser l’opinion publique mondiale contre Israël.

Devrions-nous également nous auto-censurer pour faciliter la diffusion de la doxa des terroristes ? A mon avis, non.

Certes, à chacun selon son seuil de tolérance face à la violence crue. Pour ma part, si j’évite en général les films d’horreur et de fiction qui cherchent par leur mise en scène, musique et effets spéciaux à provoquer nos peurs jusqu’au générique final et parfois au-delà, je ne tourne pas systématiquement la tête à la description de ces actes de haine par les témoins de première main du pogrom de Simchat Torah à Beeri, Kfar Aza et ailleurs. J’essaie de ne pas me gaver uniquement de ces récits traumatisants les uns plus que les autres, mais il faut affronter ces vérités. Le gouvernement israélien est également arrivé à cette même conclusion, en présentant un montage à l’usage des parlementaires américains et de la presse étrangère.

Primo Levi l’exprimait à sa manière dès 1947 et en cinq mots : Si c’est un homme ?
C’est moi qui ai rajouté le point d’interrogation.

à propos de l'auteur
Jean-Pierre Stroweis, né à Paris en 1953 est un ingénieur, informaticien, et généalogiste, dont la famille a échappé au pire durant la Shoah. Depuis 2016, il prolonge Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France de Serge Klarsfeld sous la forme d'un site internet (https://stevemorse.org/france). Il réside à Jérusalem depuis 1981.
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