Facebook et l’Iran

Logo Facebook affiché dans le cadre d'un rassemblement d'entreprises qui se réunit à la Station F de Paris. (AP Photo / Thibault Camus, Fichier)
Logo Facebook affiché dans le cadre d'un rassemblement d'entreprises qui se réunit à la Station F de Paris. (AP Photo / Thibault Camus, Fichier)

A ma gauche, Mark Zuckerberg. Le monde entier le connait. A Harvard, il a développé il y a une quinzaine d’années un trombinoscope pour faciliter les relations entre étudiants,-es. Celui-ci est vu aujourd’hui par un tiers des 7,7 milliards d’individus de la planète, et un milliard au moins s’y connecte quotidiennement. Zuckerberg a 35 ans, ce financier en tee-shirt pèse 70 milliards de dollars, plus que le PIB de 120 des 194 pays du monde.

De famille juive, avec une épouse bouddhiste fille de boat people, il a promis de distribuer 99% de sa fortune à des œuvres humanitaires. Il est convaincu que son site de messagerie est une avancée extrême pour la liberté d’expression et le bonheur de l’humanité et il partage certainement l’opinion du respecté Jonathan Turley, professeur de droit à la Washington University, qui considère que la France avec sa récente loi sur les contenus de haine sur Internet est à la pointe du totalitarisme mondial.

A ma droite, Qasem Soleimani, 62 ans, fils de paysans iraniens, dirigeant militaire puissant et glorieux, homme de confiance du Guide Khamenei, convaincu que  la Révolution islamique a le devoir moral d’écraser ceux qui s’opposent à elle et que la mainmise des Gardiens de la révolution sur l’économie du pays est une nécessité vitale.

Tout sépare le yuppie et le disciple de l’ayatollah. L’un rêve d’un monde « peace and love » où l’échange des informations entre les hommes conduirait à la pacification des esprits, la sagesse invisible du marché des idées donnant invariablement la victoire aux plus libérales, alors que l’autre y voit un combat où les forces du bien doivent lutter à mort contre celles du mal, autrement dit aujourd’hui Israël et les USA.

Alors que le surdoué de Harvard rêve d’une dérégulation d’Internet, ou à la limite d’une auto-régulation, comme condition du progrès d’une humanité fraternelle, le soldat sans école suit la philosophie de Carl Schmitt, où la politique, c’est avant tout la détermination de ses ennemis.

Pour le premier, les imperfections d’Internet sont des vaguelettes dans un mouvement irréversible, l’autre arrête ce mouvement en bloquant en quelques heures et pour cinq jours, les connexions  du web avec l’extérieur, ce qui permet au régime de procéder à l’abri des images à une répression féroce dont les centaines de morts seront vite oubliés.

Soleimani, comme tous les officiels iraniens, accuse l’étranger (suivez le regard….) d’avoir fomenté ces émeutes et promet des représailles. Certaines chaines d’information occidentales insistent sur la responsabilité des sanctions décrétées par les USA qui pèsent sur le peuple iranien. On glisse sur le fait que c’est là un choix des autorités, qui renflouées (Obama) ou non (Trump) par l’argent occidental, ont privilégié les piliers du régime (gardiens de la Révolution et bassidji) laissant la population à vau l’eau et développant les interventions militaires externes (Liban, Syrie, Irak, Yemen) extrêmement dispendieuses.

Le régime iranien, aux dépens de sa propre population, mène à l’Occident depuis des années, une guerre impitoyable où il met toute son énergie avec une sophistication croissante, à la réalisation d’objectifs publiquement annoncés, que nous ne voulons pas entendre. Nos diplomaties le savent, mais, devenus incapables de réagir, ne disposant pas des contrôles et des moyens adéquats, craignant les représailles, nous nous limitons aux incantations pacifistes, feignant de croire que les accords sont signés par l’Iran de bonne foi, que Rohani, le « modéré » a un quelconque pouvoir, que l’ONU est un organisme impartial, que le Conseil des Droits de l’Homme ne s’intéresse qu’aux Droits de l’Homme et que l’UNWRA ne s’occupe que de l’éducation humaniste des jeunes Palestiniens.

Mark Zuckerberg, lui, croit probablement en ce monde angélique, d’autant plus facilement que cela arrange ses perspectives financières. Il est sympathique de prôner la liberté d’expression, mais cela aurait conduit Facebook, comme le dit Sacha Baron Cohen dans son discours devant l’ADL, à laisser passer la propagande raciale hitlérienne à l’époque de Goebbels, au motif que cette liberté est imprescriptible. La lucidité peut être désespérante, mais l’illusion idéologisée est irresponsable.

Dr Richard Prasquier

à propos de l'auteur
Depuis sa création en 1920, et à partir de 1948 en partenariat avec Israël, le Keren Hayessod, a joué le rôle principal dans la construction et le développement du pays, dans le sauvetage et l’intégration des Juifs, nouveaux immigrants, ainsi que dans la lutte contre la fracture sociale. Seule organisation de collecte de fonds qui fonctionne en vertu d’une loi votée par la Knesset en janvier 1956, de nombreux projets ont étés menés, tels que l’organisation de l'alyah de millions de olims et leur intégration, la mise en place de centaines de programmes sociaux, éducatifs et culturels innovants destinés aux populations défavorisées, mais aussi le renforcement de l’identité juive de milliers de jeunes en diaspora, à travers des programmes tels que Massa, Taglit ou Bac Bleu Blanc. Le Keren Hayessod existe dans 42 pays du monde et il a œuvré en France sous le nom d'Appel Unifié Juif de France jusqu'en 2013. Depuis octobre 2013, le Keren Hayessod existe de façon autonome et est présidé par Richard Prasquier.
Comments