Extrémisme

Le chef de Noam, Avi Maoz, s'exprimant lors d'une réunion de fonction à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 5 décembre 2022. Photo d'Olivier Fitoussi/Flash90
Le chef de Noam, Avi Maoz, s'exprimant lors d'une réunion de fonction à la Knesset, le parlement israélien à Jérusalem, le 5 décembre 2022. Photo d'Olivier Fitoussi/Flash90

Il s’appelle Avi Maoz, il est à la tête d’un micro-parti, Noam, dont il est le seul représentant à la Knesset, et pourtant on ne parle que de lui.

Il est le premier à avoir signé un accord de coalition avec le Likoud qui lui accorde de larges pouvoirs. Il sera ministre adjoint auprès du Premier ministre et décidera, entre autres, des programmes qui complètent les enseignements obligatoires dans les écoles : conférences, sorties etc.

Pour cela, il disposera d’un budget de 2 milliards de shekels. C’est ce qui effraie une bonne partie du public israélien. Car Avi Maoz est un extrémiste. Il ne l’a pas toujours été.

Né dans une famille religieuse qui se définissait comme « classique » pour l’époque, il a grandi à Haïfa et fait son service militaire dans une unité qui a créé le kibboutz Migdal Oz dans le Goush Etzion, cette région des territoires palestiniens qui reviendrait à Israël dans le cadre d’un accord de paix.

A l’instar des autres habitants de ce kibboutz, Avi Maoz passait à l’époque pour un idéaliste, sans plus. Il deviendra extrémiste en fréquentant la yéchiva réputée Mercaz ha Rav où il reçoit l’enseignement du rabbin Tsvi Tau, l’un des penseurs du sionisme religieux qui contribuera à l’évolution de ce courant de pensée vers des positions de plus en plus extrémistes.

Le résultat est là : aujourd’hui, Avi Maoz défend non seulement les positions traditionnelles de l’extrême droite en faveur de l’annexion des territoires palestiniens, mais il va plus loin, agissant pour une société israélienne plus conforme à l’idée qu’il se fait de la religion, et surtout développe un discours homophobe contre les « déviants ».

Il annonce déjà son intention d’interdire la gay pride à Jérusalem. Sur ce point, Binyamin Netanyahou s’est engagé à ce que cette manifestation puisse avoir lieu.

En revanche, il a fermement critiqué l’appel aux maires du Premier ministre sortant, Yaïr Lapid, à ne pas coopérer avec Avi Maoz en ce qui concerne les programmes scolaires.

Une cinquantaine de maires, de nombreux directeurs d’écoles et des parents d’élèves ont déjà répondu à cet appel. La ministre de l’Education, Yifat Sacha-Biton, organise d’ailleurs une « réunion d’urgence » à ce sujet. La protestation contre l’extrémisme est en train de monter, et déjà Gadi Eizencot, ancien chef d’Etat-Major et nouveau député du parti « Camp de l’État », envisage une manifestation d’un million de personnes pour défendre la démocratie.

On n’en est pas encore là, mais avant même la formation du gouvernement, on devine que les affrontements entre celui-ci et l’opposition seront vifs. À la Knesset et dans la rue.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments