Europe-Israël : la diplomatie du double jeu

La haute représentante de l'Union européenne, Federica Mogherini, à droite, serrant la main du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu après avoir participé à une conférence de presse au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles le lundi 11 décembre 2017 (Crédit: AP Photo / Virginia Mayo)
La haute représentante de l'Union européenne, Federica Mogherini, à droite, serrant la main du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu après avoir participé à une conférence de presse au bâtiment du Conseil de l'UE à Bruxelles le lundi 11 décembre 2017 (Crédit: AP Photo / Virginia Mayo)

La récente visite du nouveau chef de la diplomatie israélienne à Berlin a été fructueuse en raison du rôle d’influence de l’Allemagne en Europe. En l’occurrence, il existe toujours des divergences sur les implantations et la solution du problème palestinien, mais avec la Chancelière Merkel, cela se dit en toute amitié et franchement, et non pas par des leçons moralistes. C’est le cas pour l’application de l’Accord nucléaire avec l’Iran comme pour le combat contre le terrorisme islamiste.

Lors de sa rencontre avec ses homologues de l’Union européenne, l’ancien chef de Tsahal, Gaby Ashkénazi, a exposé la position d’Israël sur les grands dossiers du jour à la lumière de la normalisation avec les pays du Golfe. L’attitude frileuse de l’Europe était à cet égard incompréhensive jusqu’à ce jour. Comment ne pas applaudir toute percée dans la voie de la paix ?

Pourquoi lier et conditionner le dossier palestinien à chaque tentative de normalisation avec un pays arabe ?  Pour quelle raison menacer l’Etat Juif de sanctions et s’immiscer dans ses affaires intérieures ? La fin du boycottage économique à l’encontre d’Israël n’est-il pas un échec cuisant au BDS ?

Concernant l’Allemagne, nous constatons que les relations bilatérales sont au beau fixe et de loin plus amicales et plus fructueuses que celles que nous avons avec la France.

Le droit d’Israël à se défendre par lui-même est clair et sans aucune ambiguïté. Merkel comprend parfaitement que les raids israéliens contre l’Iran et le Hezbollah sont nécessaires pour la sécurité de l’Etat juif.

Dans le combat contre le terrorisme de Daesh et des pasdarans iraniens en Europe, l’Allemagne collabore étroitement avec les services secrets israéliens.

Certes, face à la banalisation quotidienne de la Shoah et à la multiplication des actes antisémites en Europe, les leaders actuels de l’Allemagne ne pourront jamais gommer la barbarie nazie de notre mémoire individuelle et collective. Cependant, il faut reconnaître que l’Allemagne d’aujourd’hui, combat l’antisémitisme par tous les moyens.

L’Allemagne est notre partenaire commercial le plus important de la planète juste après les Etats-Unis. Les importations israéliennes représentent au total plus de trois milliards de dollars. La République Fédérale d’Allemagne nous a fourni du matériel militaire, notamment plusieurs sous-marins.

Nous entretenons avec les Allemands de nombreuses relations scientifiques et universitaires ; contrairement à d’autres pays européens, dont la France, les activités du BDS qui démontrent un antisionisme flagrant, et la délégitimation de l’Etat Juif ne font pas recette à Berlin. Les campus sont chaleureusement ouverts aux professeurs, aux chercheurs ainsi qu’aux étudiants israéliens.

Pourquoi donc cette malveillance, cette incompréhension de la part des autres pays européens à l’égard de la position d’Israël ? Pourquoi entendre à chaque occasion des leçons de morale de la part de fonctionnaires installés confortablement à Bruxelles ?

Comment expliquer cette hostilité injustifiée et des condamnations automatiques contre un pays démocratique et allié comme l’est l’Etat d’Israël ? Pourquoi l’UE continue de financer directement et indirectement des ONG et organisations hostiles, dont certaines soutiennent le terrorisme ?

Pourquoi le double jeu se poursuit-il quand il s’agit de la cause palestinienne ? Sans parler bien entendu de la duplicité sur d’autres et nombreux sujets brûlants et inquiétants tels que la lutte contre le terrorisme et l’intégration des migrants musulmans.

Et enfin, pourquoi l’Europe mène toujours la politique de l’autruche, s’oppose aveuglement à l’Amérique du président Trump, et pense que l’accord nucléaire signé avec l’Iran à Vienne en juillet 2015 est toujours un bon accord malgré les violations iraniennes ?

La France s’est même félicitée de la décision de l’Iran de permettre aux inspecteurs de l’AIEA, (Agence internationale de l’énergie atomique) l’accès à « deux sites nucléaires présumés », y voyant « un pas dans la bonne direction ». Ignore-elle que l’Iran avait auparavant dissimulé toute activité fissile ?

Sur toute la ligne, certains pays européens cèdent systématiquement et honteusement aux initiatives haineuses et sans fondement des Palestiniens et préfèrent dans le dossier iranien se ranger automatiquement du côté des Ayatollahs. Quant au Hezbollah, ils refusent de le mentionner comme une milice terroriste.

Nous entendons toujours le même son de cloche et on nous rassure qu’il existe une sincère compréhension et bienveillance, une véritable préoccupation pour la sécurité future de l’Etat d’Israël et son droit légitime à vivre en paix et en coexistence avec tous ses voisins. De belles paroles qui ne correspondent pas aux actes et à la réalité sur le terrain.

Par conséquent, pour améliorer les relations avec l’Europe comme le souhaite sincèrement le nouveau chef de la diplomatie israélienne, nous devons procéder à une révision complète et pragmatique.

Les pays classiques d’Europe occidentale, tels que la France, l’Espagne ou l’Italie, devraient être séparés des pays anciennement contrôlés par le bloc communiste. Les populations sont diverses et les mentalités et intérêts différents. Ils sont moins impliqués et ne s’intéressent pas beaucoup au conflit au Moyen-Orient, comme la France par exemple.

Nos liens avec les pays d’Europe centrale et orientale, notamment la Hongrie, la Roumanie, et la République tchèque, demeurent solides. La Lituanie vient de désigner le Hezbollah, organisation terroriste. Nos relations avec la Grèce, la Bulgarie et Chypre, sont également au beau fixe devant la mégalomanie et les caprices hégémoniques d’Erdogan.

Cela signifie qu’il existe une tendance positive au sein de plusieurs pays européens pour consolider leurs relations avec Israël. Cette évolution est importante et devrait être saluée.

Le peuple juif est lié à l’Europe depuis la nuit des temps, depuis les Empires d’Athènes et de Rome. Il a vécu en Europe avant même l’Inquisition et l’expulsion de l’Espagne. On ne pourra jamais gommer ce lien historique, ni notre présence géographique au sein du bassin méditerranéen.

Nous partageons avec l’Europe des valeurs démocratiques et judéo-chrétiennes. Elles sont ancrées profondément dans notre Histoire commune et sont assez solides pour pouvoir surmonter les obstacles et les condamnations des extrémistes.

À la lumière de la nouvelle donne géopolitique dans notre région, nous pouvons affirmer sans aucun doute que les points communs avec la majorité des pays européens sont plus nombreux et plus importants que les divergences en cours.

En conclusion, le double jeu de la diplomatie européenne est transparent, superflu et inutile.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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