Etat d’esprit

Photo de groupe du nouveau gouvernement avec des ministres israéliens à la résidence du président à Jérusalem, le 29 décembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90
Photo de groupe du nouveau gouvernement avec des ministres israéliens à la résidence du président à Jérusalem, le 29 décembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90

Pierre Mendès-France l’avait bien exprimé : « La démocratie est d’abord un état d’esprit ». Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas cette inspiration qui anime le 6ème gouvernement Netanyahou ayant prêté serment le 30 décembre 2002.

Les accords de coalition publiés à cette occasion montrent que tous les projets vont dans le sens d’une restriction des libertés : liberté religieuse (monopole du Grand rabbinat sur tous les aspects de la vie juive), liberté des minorités (légalisation de discriminations qui frapperaient les personnes LGBT et les Arabes), liberté de l’information (privatisation du service public de radio-télévision)… Et il ne s’agit ici que de projets qui s’appliqueraient à l’intérieur de la Ligne verte.

Au-delà, en Cisjordanie, les habitants juifs seront encore plus favorisés qu’aujourd’hui. On entend ici ou là deux tempéraments à l’inquiétude qui monte dans le pays. On rappelle à juste titre que les accords de coalition contiennent toujours des projets qui ne sont jamais mis en œuvre.

Ce sera bien évidemment le cas pour ceux en vigueur qui comportent tant de dispositions que la Knesset n’aura jamais le temps de les convertir en lois. Mais peu importe, il suffit de mentionner certaines réformes pour qu’elles acquièrent droit de cité dans les esprits : l’idée d’une suprématie juive, par exemple.

Par ailleurs, on cite comme exemple de tolérance l’élection d’un homosexuel revendiqué, Amir Ohana, à la présidence de la Knesset. Mais cela n’empêchera pas le dénigrement des personnes LGBT comme un rabbin en vue vient encore de le faire en les qualifiant d’ « animaux à deux pattes ».

En fait, le principal obstacle au vent mauvais qui souffle sur le pays vient de la société civile qui commence à se mobiliser : chefs d’entreprises, officiers, médecins, parents d’élèves, élus locaux… alertent sur les dangers que court le pays.

À l’extérieur des frontières aussi, des protestations se font entendre : l’administration américaine, les gouvernements européens font part de leurs inquiétudes. Les mises en garde proviennent même de certaines communauté juives de la diaspora (mais pas en France, ce qui ne surprendra personne…).

Les enjeux sont multiples : les investissements extérieurs, le tourisme pourraient être affectés par une mauvaise réputation dont l’État juif est seul responsable. A la Cour internationale de La Haye, nul doute que les procédures engagées contre Israël prospéreront d’autant plus.

Jusqu’à présent, les dirigeants israéliens usaient d’un argument permettant à l’État juif d’être soutenu par les puissances occidentales en se présentant comme la seule démocratie du Proche Orient. Le nouvel Israël sorti des urnes le 1er novembre pourrait bientôt y substituer un autre affichage : celui de bon élève de l’Internationale populiste.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments