Nathalie Ohana
"DANS CHAQUE ENFANT IL Y A UN ARTISTE. LE PROBLÈME EST DE SAVOIR COMMENT RESTER UN ARTISTE EN GRANDISSANT." PICASSO

Et si on se remettait à écrire des lettres ?

Enfant, je me souviens de passer de longues heures à peaufiner le style d’une lettre, à raturer, crayonner, mettre du correcteur sur une lettre mal formée, une conjugaison mal accordée.

Enfant, je me souviens de la saveur des courriers reçus, l’enveloppe déchirée précipitamment ou au contraire avec le plus grand soin pour qu’elle survive. Je me souviens de lire une fois, deux fois, dix fois la lettre. De la glisser dans mon portefeuille ou mon livre de chevet pour qu’elle continue d’infuser de sa saveur, même après lecture…

Enfant, je me souviens que les vrais amis étaient ceux avec qui j’échangeais des lettres, qu’il n’y avait nul autre critère que celui-ci pour les élire au rang de meilleurs amis, ceux que je pouvais lire et qui pouvaient me recevoir, telle quelle. Ceux dont je connaissais l’écriture, la formation si particulère de leurs phrases, de leurs lettres.

Adolescente, je me souviens des retours de colonies de vacances dont la seule preuve tangible que ce que j’avais vécu avait bel et bien existé étaient les lettres reçues à mon domicile. Les domiciles écrits au dos de l’enveloppe pour que la lettre ne se perde jamais. Les lettres parfumées, les petits gris gris glissés à la hâte dans l’enveloppe.

Jeune adulte, je me souviens avoir commencé à remplacer les lettres écrites par de longs emails. Je me souviens que mes plus grandes histoires d’amour ont été celles dont la correspondance a été la plus soutenue. Je me souviens de m’être véritablement approchée de moi et de l’autre par ces échanges écrits. D’avoir appris à dire le monde, à dire mon monde. Dans les années 2000, ma boite email avait déjà remplacé ma boite postale mais il n’empêche que les écrits étaient toujours là. Vivants. Mes Trésors. Jalousement archivés, gardés, accrochés à cette boite suspendue.

Nos combats se manifestaient par des lettres. Nos disputes, nos rancoeurs, nos amitiés, nos chemins étaient matérialisés par des écrits. Des petits cailloux qui jalonnaient notre existence. Des marqueurs du temps qui passe.

Et puis, vers 2007, on a créé des “murs” facebook. Au début, nous étions enthousiastes. Comme il allait être plus aisé de discuter avec tout le monde, tout le temps et de partout. Puis, il nous a fallu du temps pour comprendre qu’écrire à tout le monde signifie n’écrire à personne réellement. On ne dit pas la même chose à tout le monde. On est inhibé, timide ou au contraire égocentrique. Il manque la subtilité, la finesse. Ecrire signifie traduire notre monde en un langage familier pour l’autre. Faire retentir au passage quelques lieux communs qui sont le terreau de notre histoire commune. Ecrire signifie faire exister l’autre dans notre écrit. Lui accorder une place en creux. L’entendre en sourdine.

Les réseaux sociaux ont eu raison de nous. Ils nous ont privés de notre bien le plus cher, le droit de coucher sur le papier nos impressions de vie, les sautillements de notre âme, les allées et venues de notre existence. Nous avons été complices de cette désertion littéraire. Nous avons participé à nous dénuer de ce que nous avons de plus cher: nos têtes à têtes littéraires, les fruits juteux de notre compréhension du monde.

Pour le monde de demain, je prône un retour à l’écrit. Aux courriers, même s’ils sont acheminés par des boites email. Je prône le retour à la correspondance. Je souhaite mettre à mort les envois incessants de whatsapp qui nous vident de notre énergie et nous volent notre attention, notre présence à nous mêmes et au monde.

Pour démarrer cette reconquête, j’ai lancé le service UN JOUR UNE LETTRE. Cela vous permettra d’être mis en lien, de manière anonyme et gratuite, avec un correspondant, partout sur le globe où l’on parle Français. Et pour tous les autres, écrivez à vos amis, écrivez des lettres, des longues lettres, faites un état de lieu, sentez le temps faire son travail sur votre âme, regardez les plis de votre feuille, de votre visage et sentez vous EXISTER.

www.unjourunelettre.com

à propos de l'auteur
Mère de 3 enfants, les sujets qui me passionnent sont l'alya et le changement de vie en général. Aprés avoir lancé en Israel le programme Switch Collective, je lance le programme Haim Rabim qui aide à trouver sa place dans ce monde changeant et incertain!
Comments