Et si l’on se mettait au régime…
Suite à un sujet du brevet des collèges évoquant sans ambages le « Régime de Vichy », le maire de cette ville, Frédéric Aguilera, a adressé une lettre ouverte afin que sa ville ne soit plus implacablement liée à cette triste période de notre histoire.
La réponse du Ministre de l’éducation Nationale ne s’est pas fait attendre, arguant que l’utilisation de ce terme était monnaie courante chez les chercheurs et les historiens.
Je sais bien qu’en ces temps troublés, où l’avenir du Moyen-Orient pèse d’un poids sans comparaison par rapport à ce qui pourrait être pour certains un « détail » de l’histoire, il me semble pour le moins nécessaire de remettre les pendules, fussent-elles celles de l’Histoire, à l’heure de notre siècle.
Si je ne peux ici que saluer le blog d’Hagay Sobol, partageant complètement sa vision du film : « La Bataille de Gaulle », que l’on me permette d’avoir une vision quelque peu plus nuancée de ce que fut cette période pour le moins troublée de notre histoire.
Tout d’abord, Vichy fut plus un choix par défaut qu’autre chose, Clermont-Ferrand, outre son passé contestataire, ne disposait pas des capacités hôtelières suffisantes pour le nouveau gouvernement, quant à Lyon, ville du radical Édouard Herriot, elle était disqualifiée d’office. Le choix de la nouvelle capitale s’est donc fait par défaut.
Ensuite, il serait bon de rappeler que, tout comme ce fut le cas pour Hitler, point ne fut ici question de putsch, mais d’une accession parfaitement légitime aux pleins pouvoirs.
Comme le rappelle une stèle, ils furent 80 à s’opposer à cette forfaiture, une plaque apposée sur la façade de l’opéra de Vichy en témoigne.
Quant aux vichyssois, il furent pétainistes, tout comme la majorité de nos concitoyens à cette époque, de la même façon qu’ils furent nombreux à acclamer le Général De Gaulle quelques années plus tard.
Pour comprendre la mentalité de certains Français de l’époque, je ne peux que vous suggérer de prendre trois heures de votre temps pour regarder : « Au bon beurre« . Qui pourrait prétendre qu’il aurait eu l’âme d’un héros à un moment où la résistance n’était qu’une « Armée des ombres » ?
Tout cela pour dire que la ville de Vichy ne fut choisie qu’au terme d’un concours de circonstances, comme tout ne fut ni blanc, ni noir, au sein même de la résistance.
Entre des Présidents qui, comme François Mitterrand, prêchaient un certain sens de l’oubli au nom de l’unité nationale, et ceux qui, comme Jacques Chirac en 1995, ont su accepter notre responsabilité collective, tranchant avec ces mots du Général De Gaulle : « Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu », entre l’unité nationale et la volonté d’une histoire juste, le combat demeure toujours.
Il risque malheureusement un jour de s’épuiser, faute de combattants vaincus, non par l’ennemi, mais, par l’âge.
Que l’on me permette de ne pas supporter l’expression : « devoir de mémoire ». Comment se souvenir de ce que l’on a pas connu ?
Mais, que ces douloureux faits s’ancrent dans notre mémoire collective afin que jamais ne se reproduisent de telles choses est effectivement le devoir de celles et ceux qui se doivent d’éduquer notre jeunesse. Seule la transmission mettra un terme à la trajectoire de ce qui fut le plus grand crime de l’humanité vers le tourbillon de l’oubli.
Il n’en reste pas moins que, lorsque je pense à Vichy, il resurgit de ma mémoire la boite de pastilles bleue de ma grand-mère plutôt que l’Hotel du Parc…
