Et Dina Dreyfus créa le talk-show philosophique
Alain Carou est chercheur en histoire du cinéma et des médias, ancien conservateur des collections vidéo de la BnF.
En 1965, plus d’un cinquième du temps d’antenne de la télévision française est dévolu à l’Institut pédagogique national, autrement dit à la télévision scolaire. Qui était Dina Dreyfus ?
Alain Carou : Dina Dreyfus était à ce moment inspectrice générale de philosophie. Elle a marqué son passage à ce poste, notamment en imaginant les émissions de philosophie de la télévision scolaire dans la deuxième moitié des années 1960. La radio-télévision scolaire connaissait alors son pic d’activité et de créativité. Avant, dans les années 1950, c’était encore très tâtonnant, souvent de simples cours filmés. Après, dans les années 1970-1980, la télévision scolaire n’aura plus vraiment les moyens de ses ambitions, sera obligée de produire des programmes de plus en plus « low cost », et elle laissera surtout des souvenirs d’ennui profond chez les écoliers… Les années 1960, c’est l’âge d’or ! On imagine qu’on est en train d’inventer l’enseignement de demain, adapté à un système scolaire démocratisé et massifié. Un enseignement en prise directe avec le monde, que la petite lucarne amènera dans les salles de classe. Voire pour certains un enseignement « programmé » où les enseignants pourraient déléguer une partie des cours magistraux aux moyens audiovisuels, pour mieux se consacrer au dialogue avec les élèves et au soutien. Les émissions de philosophie de Dina Dreyfus font pleinement partie du volet expérimental de la télévision scolaire, dont les programmes étaient diffusés le samedi matin, tandis que les programmes « ordinaires » étaient diffusés tout au long de la semaine. C’est un peu de la recherche-action : on voit le format, le dispositif et l’enjeu des émissions se déplacer au fur et à mesure du temps. Dina Dreyfus commence par solliciter ses amis les plus proches, comme Jean Hyppolite, spécialiste de Hegel. Les leçons de l’expérience sont tirées et formalisées dans le Bulletin de la radio-télévision scolaire. Les professeurs de philosophie qui ont eu la curiosité d’allumer leur poste – avec ou sans leur classe – sont encouragés à faire des retours critiques par courrier ou lors de rencontres, et tout cela est également synthétisé dans le Bulletin.
Est-ce donc la première fois que l’on assiste à une émission philosophique à la télévision ?
Alain Carou: Oui. L’émission « Lectures pour tous » avait certes reçu des philosophes à l’occasion d’une parution, notamment Gaston Bachelard qui avait « crevé l’écran » en 1957. Mais une émission consacrée à la philosophie en tant que telle, et a fortiori une série d’émissions, c’était inédit.
Par ailleurs, l’expression « émission philosophique » me paraît très juste pour cerner le projet de Dina Dreyfus. Elle-même a écrit en 1965 un article dans Les Temps modernes pour revendiquer l’idée d’un « enseignement philosophique » en classe terminale, par opposition à un « enseignement de la philosophie ». On est au coeur d’une tension qui se joue à cette époque : face à la démocratisation de l’accès au lycée, jusque là très fermé et bourgeois, et face à l’apparition de filières scientifiques et techniques dans le secondaire, qui mettent fin au primat des humanités, comment adapter le cours de philo ? Certains défendent l’idée de mettre fin à son statut hors normes, de définir un programme et des questions de cours, bref de sortir d’une vision idéaliste et en réalité élitiste, pour en faire un « vrai » cours presque comme les autres, pensé comme une initiation à l’histoire de la pensée philosophique. D’autres s’accrochent à sa spécificité, et Dina Dreyfus en fait partie. Elle le proclame dans Les Temps modernes :
Ce dont manque qui n’a pas reçu un enseignement philosophique, ce n’est pas d’un savoir déterminé, ou d’une recette de vie, ou d’une clé universelle pour ouvrir toutes les portes et pour résoudre toutes les difficultés de l’existence. Mais il se trouve infirme et balbutiant chaque fois qu’il veut penser ce qui lui importe le plus et en parler, ce qu’il ne peut éviter sous peine de se transformer en machine qui, si elle «parle », ne parle jamais d’elle-même (au double sens de « spontanément » et « sur soi-même »). parler, si l’on ne se contente pas d’une parole automatique qui puise sa forme et son contenu dans les stéréotypes de l’idéologie commune, soutenir ses choix politiques et moraux pour les faire sortir du vague des opinions incontrôlées, arracher les passions du brouillard affectif pour essayer de les gouverner, situer les uns par rapport aux autres les divers secteurs de l’activité, les hiérarchiser, ces tâches s’imposent à tout homme.
Autrement dit, pour elle, ce n’est pas un savoir philosophique, entendu comme contenu substantiel, qu’il convient d’apprendre en classe de terminale. C’est à articuler une pensée authentique : tâche non moins urgente, bien au contraire, dans un enseignement massifié.
Voilà donc qui peut surprendre au premier abord : celle qui tente, de manière assez révolutionnaire, d’introduire la télévision dans l’enseignement de la philosophie n’est autre qu’une défenseuse de la tradition « socratique » héritée du XIXe siècle. Mais bien entendu, rien n’est jamais aussi simple que l’opposition caricaturale entre les modernisateurs et les conservateurs, les « pédago » et les « républicains ». Dina Dreyfus projette ainsi d’ouvrir la classe de philosophie aux nouveaux regards ouverts par les sciences humaines et la psychanalyse, loin du conservatisme arc-bouté d’une partie des enseignants. Et puis, rien n’est plus éloigné d’elle que l’idée de rendre la philosophie plus « facile » à aborder grâce à la télévision. Elle le dit bien clairement dans l’émission de « synthèse » de la première saison, en forme de réplique définitive à ceux des enseignants-téléspectateurs qui ont jugé les programmes tout de même un peu compliqués… La télévision n’a pour elle pas vocation à vulgariser, mais à susciter chez les élèves un intérêt spontané pour la philosophie, non parce qu’ils auront tout compris mais parce qu’il sera passé « quelque chose » en eux en assistant au déploiement vivant d’une pensée. Si l’on regarde les instructions officielles du ministre en 1925, on y voit nettement exprimée une idée de l’enseignement de philosophie que Dina Dreyfus ne reniait nullement mais entendait réactualiser, même quand elle faisait de la télévision :
Les questions traitées en cours devront donc être issues «de la réalité elle-même» en son obscurité plutôt que tirées «de la tradition particulière au monde des philosophes» […] «À s’abriter derrière un livre, le professeur perdrait son autorité en abdiquant sa personnalité»; on privilégiera donc «la transmission directe et vivante de la pensée par la parole, où vraiment les esprits communiquent (1).
Bachelard fut le premier philosophe à être invité dans Lectures pour tous mais Alain Badiou ne fut-il pas le premier philosophe médiatique de l’histoire ?
ALain Carou: La formule est frappante, mais elle est assez fausse ! Alain Badiou, qui fait partie de toute cette aventure et est présent dans la majorité des émissions, est en fait une figure de médiation. Il est un agrégé fraîchement émoulu, jeune professeur au lycée de Reims. Il fait face aux philosophes, les relance, les écoute surtout. Si Dina Dreyfus avait l’intention d’en faire une figure d’identification pour les jeunes spectateurs, ce n’est pas d’ailleurs forcément très réussi. Badiou est assez raide et froid, alors qu’une certaine chaleur émane de ses principaux interlocuteurs, qu’il s’agisse de Hyppolite, Ricoeur ou Foucault.
Cela dit, l’expérience a certainement été profitable à la pensée de Badiou sur le cinéma comme système de signes impur. Dans le Bulletin de la radio-télévision scolaire, il se livre à une réflexion originale sur la disjonction entre les corps parlants et leur parole (là où ses interlocuteurs ont plutôt une lecture phénoménologique de la télévision, dans laquelle tous les signes coïncident et reconstituent une sorte de monde) :
Toute la question est de savoir si cette transformation de la parole philosophique, lorsqu’elle se déploie dans l’espace technique de la télévision, n’est pas une adultération, il se peut que la parole nouvelle ainsi créée ne soit plus philosophique… D’habitude, lorsque nous voyons quelqu’un parler, nous percevons immédiatement l’adhérence entre le geste et le discours. La fonction de la télévision est de montrer non pas l’évidence massive de ce rapport concret, mais ses difficultés et même ses dialectiques. Un geste isolé, filmé pour lui-même, peut révéler une réticence du corps à l’égard de la parole qui vient d’être prononcée, une tension entre l’existence que manifeste le corps du philosophe et l’ordre de pensée qu’il est en train de développer. La tâche propre de la télévision est de nous montrer que toute pensée est pensée d’un existant et qu’il y a là non pas une évidence simple mais une contradiction latente qui fait que l’ordre des signes révélé par le corps n’est pas en harmonie préétablie avec l’ordre de signes déployé dans ie langage.
Le réalisateur Jean Fléchet grâce au cinéma direct synchrone – caméra légère 16mm couplée à un magnétophone – illustrait-il la quotidienneté du philosophe ?
Alain Carou: C’était bien l’intention en effet. Souvenons-nous que ces techniques sont alors toutes nouvelles. Chronique d’un été, de Jean Rouch et Edgar Morin en avait signé les débuts en 1960. La télévision s’était avidement emparée de ces outils à partir de 1961 et elle part à la rencontre du monde extérieur. C’en est fini des images systématiquement commentées et musicalisées en surplomb parce qu’on n’a pas de son de terrain. A la télévision scolaire aussi, le monde extérieur fait véritablement irruption à l’écran, et prend la parole. Nestor Almendros réalise alors des films qui restent des bijoux de l’observation du quotidien : la vie d’une gare, d’une vendeuse de grand magasin, d’un laboratoire de physique, d’un jardin public…
Ces « techniques du direct » répondent bien également au dessein des émissions de philosophie : montrer des pensées en train de se déployer dans le mouvement de la parole, sans coupe, en une seule prise, sans insert d’images. Montrer surtout qu’il s’agit de pensées d’aujourd’hui, en prise sur le présent, et non pas seulement d’un héritage d’œuvres laissées par des penseurs morts. Ou comme le dit Dina Dreyfus :
Si l’on veut que la philosophie n’apparaisse pas aux élèves comme une simple discipline limitée à l’enceinte de la classe et séparée du monde, un des moyens est de leur montrer, et dans la classe même, que, dans le monde, la philosophie existe comme communauté de fait et comme l’idéal de toute communauté.
Jean Fléchet a donc carte blanche, j’imagine, pour tester des formes de « direct » philosophique. En témoigne cette étonnante séquence d’ouverture de l’émission à quatre voix de mars 1965. Assis côte à côte sur la banquette arrière d’une voiture qui traverse Paris, au milieu de la circulation, Georges Canguilhem et Jean Hyppolite discutent du statut de vérité de la philosophie. Arrivés à destination, les deux vieux maîtres poursuivent leur échange dans l’escalier. Ils gagnent une petite bibliothèque où se trouvent déjà Paul Ricœur et Michel Foucault. Accoudés à une table haute, ceux-ci ont entamé la dispute de leur côté. Fléchet explique :
Nous avons timidement essayé de rompre l’espace et le temps en créant une simultanéité entre les propos tenus par MM. Hyppolite, Canguilhem et Ricœur dans des émissions antérieures […], la critique de ces mêmes propos au présent par MM. Hyppolite et Canguilhem roulant en taxi vers Paris et la même exploitation faite au même moment à l’autre bout de la ville par MM. Ricœur et Foucault […] tandis que pendant ce temps, M. Badiou méditait ces mêmes propos dans le train entre Reims et Paris. Nous aurions souhaité également joindre par téléphone dans sa maison de campagne M. Aron, empêché, qui aurait, de chez lui à cent kilomètres de Paris, donné son opinion.
Après cette première saison, l’émission croise le point de vue des philosophes avec celui de l’homme de la rue. Dans « Peut-on encore être stoïcien aujourd’hui ? », l’équipe de tournage promène son micro pour interroger des non-philosophes sur l’idée qu’ils se font d’une pensée antique passée dans le bagage commun des modernes. Qui serait le modèle de l’homme stoïcien aujourd’hui ? Deux hommes qui ont connu la guerre et l’Occupation citent en exemple aux jeunes gens le résistant qui accepte en pleine conscience de sacrifier sa vie. Le professeur de philosophie Pierre Trotignon, tout en déambulant autour de la place des Vosges, explique qu’en effet le stoïcisme est le contraire de la résignation. Dans un second volet, le réalisateur s’installe dans une salle de classe et filme la lecture collective de lettres d’Epictète par les élèves d’une classe. Il n’est pas du tout impossible que tout ce que l’on voit là ait été largement préparé lors du cours précédent, à la manière dont certains enseignants préparent le passage de l’inspecteur dans leur classe… Toutefois, on voit bien comme les nouveaux moyens audiovisuels s’articulent à la recherche d’une pédagogie fondée sur la participation et la prise de parole.
Dans « Actualité de la morale kantienne », Éric Weil échange avec Jean-Pierre Vernant, comment expliquer l’attrait soudain pour ces philosophes qui influencèrent considérablement les étudiants de mai 68 ?
Alain Corou: Dina Dreyfus voulait résolument ouvrir l’enseignement de philosophie aux vents nouveaux de la pensée : psychanalyse, linguistique, ethnologie, sociologie, structuralisme… Bourdieu et Passeron auront ainsi droit à deux solides émissions d’ « Introduction à la sociologie » en 1967, entre la publication des Héritiers (1964) et celle du Métier de sociologue (1968). Vernant, lui, a vraiment percé en 1965 avec Mythe et pensée chez les Grecs. On voit comme l’émission fait écho au bouillonnement de la vie intellectuelle des années 1960.
Dans les années 1930, Dina Dreyfus, jeune agrégée de philosophie, s’était embarquée avec son mari Claude Lévi-Strauss dans l’aventure ethnographique au Brésil, chez les Nambikwara. On sait maintenant bien qu’elle n’a pas été là-bas que « la femme de », mais qu’elle a été pleinement partie prenante de la recherche de terrain. Ils ont ensuite divorcé, et leurs chemins ont divergé. Face au maître consacré du structuralisme, avec qui elle n’a plus de liens, au début des années 1960, elle ne dissimule pas ses réserves. A la parution de La Pensée sauvage (1963), elle accuse l’auteur de formalisme et de délire logique, jusqu’à vouloir faire de l’ethnologie « la science des sciences, englobant la philosophie elle-même ».
Au contraire de l’ambition logique totalisante de Lévi-Strauss, le projet que développe Vernant d’une relecture structurale de la pensée grecque, localisée, au croisement de l’histoire, de la philosophie, de la linguistique et de la psychologie, doit intéresser Dina Dreyfus. Il ne disqualifie pas ni ne prétend englober la philosophie, mais il permet de réinterroger l’émergence de la catégorie de « volonté », donc de morale et de liberté. C’est l’objet de la discussion de Vernant avec trois autres philosophes dans « Actualité de la morale kantienne ».
Dina Dreyfus dit que « l’image télévisuelle n’a rien d’un substitut à la présence en chair et en os : quand quelqu’un parle devant soi, on finit par faire abstraction de son corps », alors qu’à la télévision « l’image est envahie par la parole, et réciproquement ». Après la disparition de Jean Hyppolite, en 1968, elle constate la mystérieuse opération transformatrice opérée par la télévision : dans les archives, il est non tel qu’elle l’a connu vivant, mais « tel qu’en lui-même l’éternité le change ». Est-ce votre point de vue sur l’archive en général ?
Alain Carou: C’est plutôt à elle qu’il aurait fallu poser la question ! Le Bulletin de la radio-télévision scolaire contient de précieuses réflexions sur la nature de la « présence » télévisuelle. Une question qu’on retrouverait aussi, d’une manière ou d’une autre, chez les premiers observateurs du fait télévisuel dans les années 1950-1960 : André Bazin, François Mauriac, voire Sacha Guitry… Dina Dreyfus a très clairement exprimé son choix de faire de la philosophie à la télévision et non à la radio, ce qui aurait été possible. La radio scolaire diffusait quotidiennement des programmes et touchait un public plus étendu compte tenu du niveau d’équipement des établissements scolaires. Pourquoi ne pas s’en tenir à la parole des philosophes, pourquoi montrer leurs corps ? La réponse est d’ordre phénoménologique, selon Camille Pernot :
Dans la radio, la simultanéité n’est jamais donnée, on n’a jamais affaire qu’à l’audition successive des différentes interventions. Mais dans la télévision, alors que chacun parle à son tour, il y a une présence de tous, un espace qui est défini. Et même lorsque l’un des interlocuteurs est seul sur l’image, il y a une direction de sa parole : l’espace vide qui peut se trouver dans le cadrage est en réalité plein de la présence de l’autre.
À la fin, il y a un double pari : celui de manifester, grâce à la télévision, que la pensée philosophique surgit au sein du monde même, qu’elle n’appartient pas à un monde scolaire et idéal distinct ; et par conséquent celui que l’image ne distraira pas de la parole, mais que le son et l’image formeront une totalité perçue comme indissociable.
Peut-on parler d’une postérité de cette émission à la télévision française ?
Alain Carou: C’est assez difficile à dire mais il y a une postérité probable et en même temps partielle. L’émission était pionnière, je l’ai dit : on n’avait vu auparavant que très rarement des philosophes à la télévision. Au contraire, ceux-ci vont connaître leurs grandes heures dans les années 1970 et le début des années 1980, avec des interviews longues et parfois très approfondies de personnalités comme Vladimir Jankélévitch, Raymond Aron, Michel Foucault, Michel Serres, etc… dans Italiques, l’émission de Marc Gilbert (1971-1974), puis dans Apostrophes, mais aussi dans des émissions a priori plus inattendues comme L’Invité du dimanche.
Les émissions de Dina Dreyfus avaient au moins prouvé les premières que c’était possible. Après, d’autres raisons expliquent sans doute cette soudaine ouverture : après 68, le contrôle d’Etat sur la télévision se détend, le petit écran s’ouvre franchement à la politisation de la société, il devient une scène majeure des débats de société et des combats de valeurs, ce qu’il était très peu jusqu’alors.
On peut être tenté de voir les années 1970 par la fin, avec l’arrivée tonitruante des « nouveaux philosophes » (Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, etc…), inséparable des évolutions de la télévision. Mais ce serait dommage : il y a toute une télévision d’idées à redécouvrir. Une télévision qui ne compte pas son temps, qui parie sur l’écoute longue et l’accès à des pensées complexes.
Notes:
(1) Ducat Philippe. L’historicité de la philosophie et son enseignement: l’exemple français. In: Revue Philosophique de Louvain.Quatrième série, tome 106, n°1, 2008. pp. 139-158
Les émissions évoquées dans l’article sont visibles en ligne sur Gallica (BnF) et sur Réseau Canopé

