Et de six

Photo de groupe du nouveau gouvernement avec des ministres israéliens à la résidence du président à Jérusalem, le 29 décembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90
Photo de groupe du nouveau gouvernement avec des ministres israéliens à la résidence du président à Jérusalem, le 29 décembre 2022. Photo Olivier Fitoussi/Flash90

La traversée du désert aura été de courte durée ; après un an et demi dans l’opposition, Benyamin Netanyahou a repris la tête du pays en formant son sixième gouvernement.

En voulant reprendre le pouvoir à tout prix, Netanyahou a fait de nombreux compromis pour former une coalition gouvernementale qui se veut déjà historique.

Si Benyamin Netanyahou affiche le record de longévité politique en Israël avec déjà 15 années passées au pouvoir, son sixième gouvernement sera aussi celui de tous les records.

Comparé aux cinq gouvernements précédents, le sixième gouvernement Netanyahou (qui est aussi le 37e gouvernement d’Israël) restera gravé dans les annales de l’histoire d’Israël comme le plus à droite, le plus religieux, le plus masculin, le plus populiste, etc.

Voilà une liste (partielle) des records battus par le sixième gouvernement Netanyahou.

Gouvernement le plus à droite

En alliant le Likoud aux trois formations de la droite extrême (Sionisme religieux de Bezalel Smotrich, Force juive d’Itamar Ben Gvir et Noam d’Avi Maoz), Netanyahou a formé la coalition la plus marquée à droite ; une droite à la fois nationaliste, radicale et autoritaire.

Gouvernement le plus religieux

Les formations religieuses constituent une composante essentielle de ce gouvernement : les deux partis ultraorthodoxes (Shass et Judaïsme unifié de la Torah) ainsi que les trois formations de la droite religieuse représentent la moitié des membres de la coalition.

Gouvernement pléthorique

En adoptant la règle d’un ministre pour deux députés, Netanyahou a constitué une coalition soutenue par 64 députés et qui pourra compter jusqu’à 32 ministres ; si pour l’heure, « seulement » 30 ministres ont été nommés, le sixième gouvernement de Netanyahou arrive quand même à la seconde place des gouvernements israéliens pour sa taille, le record restant détenu par son gouvernement précédent (2020-2021) avec 34 ministres.

Gouvernement le plus masculin

La place des femmes dans la vie politique est en recul, à la Knesset comme au gouvernement : la coalition gouvernementale ne comprend que 5 femmes sur 30 ministres, soit un taux de féminisation de 17%. A titre de comparaison, le gouvernement Bennett-Lapid comptait 9 femmes pour 27 ministres, soit 33% de femmes.

Gouvernement populiste

Pour satisfaire leurs électeurs, les formations de la coalition ont annoncé des mesures qui visent à améliorer le sort de certaines couches sociales, comme la distribution de cartes alimentaires aux plus pauvres ou l’école gratuite pour les enfants dès l’âge zéro, sans prendre en compte leur coût extravagant.

Gouvernement autoritaire

La coalition comprend nombre de ministres à des postes aux prérogatives élargies qui les placeront en situation d’exercer un libre-pouvoir sur des questions fondamentales de la société israélienne, comme l’éducation, l’ordre public, la religion, les territoires palestiniens, l’immigration, les minorités, etc.

Gouvernement morcelé

De nombreux ministères ont été morcelés pour satisfaire aux exigences des partenaires de la coalition ; il s’agit notamment des ministères de l’Education, de la Défense, de l’Intérieur, des Cultes et de l’Environnement qui verront certains de leurs services dispersés entre différentes administrations.

Gouvernement de chaises musicales

Le Conseil des ministres s’apparentera à un jeu de chaises musicales ; des postes clés seront occupés successivement par deux ministres en rotation. Il s’agit du ministère des Affaires étrangères ainsi que de celui des Affaires sociales, de l’Energie, des Finances, de l’Intérieur, etc.

Gouvernement de clans

La nouvelle coalition se caractérisera par le clientélisme politique, c’est-à-dire par des pratiques qui visent à s’attirer le soutien de clans sociaux réunis autour d’un chef qui en tire des intérêts personnels. Parmi les groupes claniques qui soutiennent la coalition : les juifs orthodoxes, les juifs religieux sionistes, les habitants des implantations juives en Cisjordanie, l’extrême-droite religieuse, la droite laïque.

Des ministres en binôme

Autre nouveauté : plusieurs ministères seront occupés simultanément par deux ministres qui se partageront leurs prorogatives ; dorénavant, Israël a deux ministres de la Défense et deux ministres des Affaires sociales.

Cumul de portefeuilles

Plusieurs ministres détiendront simultanément plusieurs postes ministériels importants, comme Arié Déry (Intérieur et Santé), Bezalel Smotrich (Finances et Défense), Yoav Kish (Education et Coopération régionale), Amihaï Chikli (Diaspora et Egalité sociale).

Des ministères nouveaux

Des ministères apparaissent sous un nouveau nom : le ministère pour le Développement de la Périphérie, du Néguev et de la Galilée ; le ministère pour les questions de Jérusalem et de la Tradition ; le ministère du Patrimoine ; le ministère des Missions nationales ; le ministère des Questions stratégiques.

Et enfin, last but not least, ce gouvernement compte un nombre record de ministres en marge de la loi, délinquants, présumés délinquants, jugés pour délits financiers, inculpés ou condamnés devant la justice : le Premier ministre Netanyahou, mais aussi les ministres de l’Intérieur Déry, des Finances Smotrich, de la Sécurité nationale Ben-Gvir et du Logement Goldknopf ont eu affaire à la justice ou à la police.

Pour ceux qui auraient des doutes sur les capacités du sixième gouvernement Netanyahou à servir son peuple, rappelons cette affirmation de Montesquieu : le peuple a le gouvernement qu’il mérite…

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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