Et c’est ainsi qu’Allah est grand !

Le membre du parlement arabe israélien Ahmad Tibi, prenant la parole lors d'une conférence de presse annonçant une liste conjointe des partis arabes Hadash, Ta'al et Ra'am à Nazareth, dans le nord d'Israël, le 27 juillet 2019. Photo de Flash90
Le membre du parlement arabe israélien Ahmad Tibi, prenant la parole lors d'une conférence de presse annonçant une liste conjointe des partis arabes Hadash, Ta'al et Ra'am à Nazareth, dans le nord d'Israël, le 27 juillet 2019. Photo de Flash90

A deux semaines du 23 mars, la campagne électorale commence à s’animer. Enfin ! serait-on tenté d’écrire.

Pourtant, aucun débat de fond n’est prévu. La campagne télévisée commence cette semaine, mais c’est tout juste si l’on s’en aperçoit : depuis quelques années, ce sont les réseaux sociaux qui dominent.

La plupart des partis ne s’y trompent pas et rivalisent de créativité pour séduire les uns, dégoûter les autres et ramener la confrontation à un simple exercice arithmétique : comment atteindre ou empêcher l’autre d’atteindre les 61 députés qui feront la coalition de demain… si tant est qu’elle voit le jour.

Sur le terrain, la campagne prend un tour baroque. Ainsi a-t-on pu voir le Premier ministre prendre le café sous la tente dans la plus grande ville bédouine d’Israël, Rahat.

Il a promis à ses interlocuteurs, « des gens fantastiques » selon lui, de nouveaux budgets s’ajoutant aux précédents, la construction d’établissements d’enseignement pour former la jeunesse bédouine… Et de conclure que désormais l’intérêt des Arabes israéliens était de voter pour le Likoud. Inch Allah !

Ce que Binyamin Netanyahou n’a pas dit est que les Bédouins peuvent aussi voter pour son nouvel allié : Ra’am, la fraction islamiste qui a abandonné la Liste unifiée, trop « moderne » aux yeux de Mansour Abbas. Ce dernier préfère la charia, ferme les yeux sur la polygamie (qui sévit dans 40 % des familles bédouines) et préfère manifester devant l’ambassade de France à Tel-Aviv, lorsque la République entendait rendre hommage à Samuel Paty, cet enseignant décapité par ceux qui dans l’Hexagone sont aussi les interprètes – et les acteurs – de la confrérie des Frères musulmans.

Il est vrai que Ra’am pourrait, en particulier grâce aux voix bédouines, franchir le seuil électoral (3,25 %) et apporter le soutien de 4 députés à un Premier ministre sortant si bien disposé. En tout état de cause, ces manœuvres permettront de minorer le score des autres partis arabes.

Le calcul est d’autant plus d’actualité que, de l’autre côté de l’échiquier politique, deux voire trois listes pourraient ne pas franchir ce seuil et priver de 4, 8 ou 12 mandats le quatuor qui, au lendemain des élections, examinera la possibilité de construire une majorité alternative : Naftali Bennet, Yaïr Lapid, Avigdor Liberman et Guideon Saar.

Après Calcalit (économiquement), le parti du professeur Yaron Zlika, qui jusqu’à présent ne doute pas de lui, c’est Meretz qui pourrait passer sous le seul fatidique. A moins que ces partis ne décident au dernier moment de se retirer.

En d’autres termes, le sort du pays est suspendu aux hésitations de quelques milliers d’électeurs et aux états d’âme de quelques dirigeants. Et c’est ainsi qu’Allah est grand !

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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