Les risques du confinement en France par rapport à l’expérience israélienne

Un membre de l'équipe médicale de Magen David Adom, portant un équipement de protection, gère un test de coronavirus de patients à l'extérieur d'un hôtel utilisé comme installation de quarantaine de coronavirus, à Jérusalem le 19 avril 2020. Photo de Nati Shohat / Flash90
Un membre de l'équipe médicale de Magen David Adom, portant un équipement de protection, gère un test de coronavirus de patients à l'extérieur d'un hôtel utilisé comme installation de quarantaine de coronavirus, à Jérusalem le 19 avril 2020. Photo de Nati Shohat / Flash90

Que ce soit à Paris, à New York, à Pékin ou à Jérusalem, un sort commun nous unit. Il porte le nom « Corona », « Covid19 », et entraîne « Confinement » et « Déconfinement ». Les différents pouvoirs devront relever le défi face cette crise planétaire. Assisté par des professionnels de la santé, de l’économie et de la futurologie, les décideurs tâtonnent sans vraiment avoir une expérience en la matière.

L’Allemagne déploie des moyens considérables, comme ceux de tester le maximum de citoyens, qu’il soit porteur des signes de la maladie ou non. Pour y parvenir, elle a offert à tous les laboratoires du pays les moyens scientifiques nécessaires. La France hésite encore. Elle pense pouvoir lutter contre le virus avec ses procédures conventionnelles. 

Quoi qu’il en soit, un mode de vie différent nous attend. Nous sommes en quelque sorte, les cobayes d’un monde nouveau. On ne sait même pas d’ailleurs vers quoi on se dirige. Un monde virtuel, un monde confiné, ou encore un monde qui vit au jour le jour ? 

Une chose est sûre, ce nouveau monde ouvre entre autres une voie aux associations caritatives qui chercheront à élargir leur influence, généralement humanitaire, mais souvent politique. Ceux qui tombent ou tomberont à leur tour dans le filet de la misère accepteront toute aide, peu importe le prix à payer plus tard : dépendance, stagnation ou encore militantisme imposé. 

Nous sommes des figurants, bon gré mal gré, dans une série documentaire de science-fiction. Sauf que celle-ci n’a ni réalisateur ni producteur qui puisse décider de son contenu ou de sa fin. La réalité impose au gouvernement de nouvelles actions créatives, visionnaires et surtout urgentes. 

Il est certain que les cartes réparties depuis des décennies, celles d’un capitalisme exacerbé, d’une mondialisation sans limites, d’une polarisation entre les riches et les pauvres, seront rebattues et redistribuées par la force des choses. 

A l’État de prendre ses responsabilités. La répartition des richesses collectives ne devrait plus répondre essentiellement aux besoins des grandes entreprises et des banques, donc aux plus riches. Certes, elles sont importantes pour la création des emplois, mais de grâce, il est temps de penser à l’équilibre du monde et surtout à plus d’égalité.

Si, comme d’habitude, les classes laborieuses devaient payer les pots cassés de la situation inédite que nous vivons, alors le soulèvement des gilets jaunes n’aurait été qu’un modeste « festival » par rapport aux troubles à celui qui pourraient se déclencher. Il n’est pas utopique d’imaginer des masses à la recherche d’une tranche de pain et d’un toit.

Bien que la France soit un pays laïc, modèle en matière sociale, le risque de voir l’émergence d’associations dites caritatives, au secours des plus démunis, certaines avec des convictions religieuses, d’autres sociales ou politiques. Et, plus vicieusement encore, d’autres le feront pour des intérêts égoïstes, en quête de notoriété personnelle.

C’est le cas en Israël, pays d’où je viens et qui m’importe au plus haut point. A sa création, il y a maintenant 72 ans, il se voulait égalitaire, social et fraternel. Aujourd’hui, c’est un pays capitaliste dans le mauvais sens du terme. Le taux de pauvreté est l’un des plus élevés de l’OCDE. En revanche, le nombre des milliardaires ne cesse de croître, ce qui accentue la polarisation de la société. 

Une spirale désastreuse s’y est installée : la pauvreté engendre des associations d’entraide – l’État se retire du social de plus en plus – la société devient dépendante des fondations et autres associations. Ainsi, des organismes caritatifs indépendants, ou soutenus par des partis politiques, deviennent les « sauveurs » des plus démunis. Qu’ils soient religieux, communautaires ou sectaires, leur agenda balaie celui de l’État et de ses institutions sociales. 

La fraternité qui caractérisait la société israélienne n’est maintenant qu’un souvenir lointain. Une fracture se fait sentir jusqu’à craindre une confrontation entre les divers camps : les religieux contre les laïcs, les nationalistes contre les pacifistes, les partis de Droite contre ceux de Gauche, les Arabes contre Les Juifs… 

En France, les aides risquent également d’être des cadeaux empoisonnés. On ne verra pas cela arriver d’un seul coup, mais les extrémistes de tout bord suivront scrupuleusement leur programme et leur stratégie. La France devrait en tirer des leçons. Il ne s’agit pas de lutter contre le capitalisme, ou le marché global, et certainement pas de prendre la voie du communisme. Mais la modération s’impose. Elle ne peut être gérée que par l’État et non par des associations à vocation sociale et encore plus politique. 

L’action du gouvernement qui suivra l’après-confinement encore bien flou devrait être davantage centrée sur le chômage, la misère, les laissés pour compte. Sinon, les dirigeants communautaristes reprendront de plus belle leur mainmise sur une partie de la population, les fanatiques des pays du Golfe sur les cités, les partis de l’extrême droite comme de l’extrême gauche sur les déboussolés. 

L’enjeu pour le pouvoir du Président Macron est désormais crucial. C’est un changement radical qu’il doit effectuer. En serait-il capable ? Les multinationales ont assez de réserves pour se confronter à la nouvelle donne, néanmoins il faudrait les faire participer par des impôts enfin conséquents et, pourquoi pas, par des taxes exceptionnelles, tenant compte de la situation, et à la hauteur de leur richesse. Les pauvres ne peuvent y contribuer en rien. Ils n’ont que la force d’exprimer leur misère avec rage et désespoir. Le temps presse ! Une stratégie d’urgence nationale et surtout sociale doit être mise en place.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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