Eric Zemmour ou la tentation de la francisque

Le candidat français d'extrême droite à la présidentielle Eric Zemmour prononçant son discours lors de son premier rassemblement, dimanche 5 décembre 2021 à Villepinte, au nord de Paris. (AP Photo/Rafael Yaghobzadeh )
Le candidat français d'extrême droite à la présidentielle Eric Zemmour prononçant son discours lors de son premier rassemblement, dimanche 5 décembre 2021 à Villepinte, au nord de Paris. (AP Photo/Rafael Yaghobzadeh )

Si l’on peut légitimement s’interroger sur l’implication d’une partie de la communauté juive au côté du PCF après la seconde guerre mondiale, alors que ce parti était inféodé à un régime tout autant autoritaire qu’antisémite, c’est un fait qui peut tout à la fois s’expliquer par une implication commune dans la résistance et par la volonté d’un monde meilleur. Dès les années 50, les révélations du vingtième congrès du PCUS, le procès des blouses blanches, et la crise de Suez, consommèrent un l’inévitable divorce. Si cet aveuglement avait pour cause l’amélioration de la condition humaine, que dire de la déclaration d’Eric Zemmour présentant Pétain comme le protecteur des juifs, sinon, qu’elle n’est dictée que par une idéologie vénéneuse.

Rappelons que, lors de la tristement célèbre « Rafle du Vel D’Hiv », les autorités d’occupation n’avaient pas demandé la déportation des enfants qui fut décidée par l’Etat Français lors du conseil des ministres le 10 juillet 1942.

Après tout, si Eric Zemmour avait voulu avait voulu de toute force démontrer que le fascisme et l’antisémitisme ne marchaient pas toujours côte à côte, il lui aurait suffi d’évoquer l’attitude de l’armée italienne, qui, durant cette période, sauva la vie de milliers de juifs en les mettant en résidence « forcée » afin de leur permettre de s’échapper vers l’Italie après la signature de l’armistice du 3 septembre 1943.

Au lieu de cela, monsieur Zemmour a préféré s’essuyer les pieds sur le sang des victimes de la collaboration…

Cette théorie qui aurait voulu que le Général de Gaulle soit le glaive et le maréchal Pétain un bouclier face à l’occupant démontre de façon évidente que nous ne sommes pas là en présence d’un discours d’extrême-droite mais face à un candidat qui n’a pour ambition que de réhabiliter un fascisme à la française. Le mur de Berlin ne se serait pas écroulé qu’il nous aurait sans doute proposé de reconstituer la LVF…

Si l’honneur de la démocratie est de laisser librement s’exprimer même ceux qui désirent sa mort, ce n’est pas tant le discours, déjà tenu par d’autres avant lui, qui inquiète, que le fait qu’il suscite l’adhésion d’une partie, même minoritaire, de la population.

Que ce soit l’affaire Dreyfus, le second tour des présidentielles du 5 mai 2002, en passant par la marche des organisations d’extrême-droite du 6 février 1934, la tentation du pire n’a jamais quitté notre nation, en particulier en période de crise telle que celle que nous traversons actuellement.

Cette crise a suscité des questionnements légitimes, elle a accentué les fractures qui parcourent le ciment républicain, et, l’obligation vaccinale pointant le bout de son nez, elle en voit apparaître d’autres. Accepter que la réponse à ces questions se limite à un nationalisme perverti et à un discours xénophobe c’est refuser la complexité des problématiques que nous devons affronter. Qu’un candidat dont le programme tient sur un ticket de métro attire ainsi sur lui les feux de la rampe médiatique, même si le soufflé semble retomber quant aux intentions de vote, n’est que la conséquence du profond malaise qui traverse notre société.

Si il facile de désigner un bouc émissaire, que ce soit la mondialisation, l’Europe, ou l’immigration, comprendre pourquoi celle qui fut la quatrième puissance mondiale a vu sa voix s’affaiblir dans le concert des nations implique une remise en cause, dont ce candidat, figé dans une idéologie rétrograde, se montre incapable.

Mais, alors que Marine le Pen joue vainement le loup déguisé en agneau afin d’élargir son électorat, Eric Zemmour lui se prend pour un aigle. A défaut de lui couper les ailes, il ne serait que temps de lui clouer le bec…

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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