Eric Zemmour, Israël, et les Juifs

L'écrivain, homme politique et journaliste français Eric Zemmour prenant la parole à la Convention de la droite, à Paris, le samedi 28 septembre 2019. La Convention de la droite, un premier rassemblement de représentants rebelles de la droite dominante et de l'extrême droite. L'un de leurs objectifs est de vaincre les « progressistes » du président centriste Emmanuel Macron. (Photo AP/Michel Euler)
L'écrivain, homme politique et journaliste français Eric Zemmour prenant la parole à la Convention de la droite, à Paris, le samedi 28 septembre 2019. La Convention de la droite, un premier rassemblement de représentants rebelles de la droite dominante et de l'extrême droite. L'un de leurs objectifs est de vaincre les « progressistes » du président centriste Emmanuel Macron. (Photo AP/Michel Euler)

Il faut bien en parler puisque tout le monde en parle. Eric Zemmour est la vedette incontestée de cette pré-campagne présidentielle et plus personne ne doute qu’il sera candidat.

Crédité de 10% des intentions de vote, il pourrait bien bouleverser la donne, devancer le candidat des Républicains, voire Marine Le Pen, et dans ce cas provoquer un second tour inattendu. Jusqu’à une date récente, il bénéficiait chez les Juifs de France d’une popularité un peu assombrie par son affirmation dans « Le suicide français » selon laquelle Pétain avait protégé les Juifs nationaux.

Mais ses diatribes contre l’immigration et l’islam trouvaient un écho favorable dans une communauté traumatisée par l’antisémitisme des banlieues, en particulier chez ceux qui ont le sentiment d’être chassés une deuxième fois de leur pays par les Arabes.

Dans son dernier ouvrage, « La France n’a pas dit son dernier mot », ce fils de Juifs d’Algérie va plus loin, reprochant aux familles des victimes de la tuerie de l’école Ozar ha Thora de les avoir fait enterrer en Israël. Il y prend aussi la défense de Maurice Papon.

Ce Séfarade tout à fait classique – il a épousé une Juive, sa cuisine est cachère et ses enfants fréquentent la synagogue – a sans doute perdu à cette occasion des voix juives. Mais est-ce si grave vis-à-vis d’une communauté qui ne représente que 0,7% du corps électoral ?

Eric Zemmour parfait ainsi l’image à laquelle il tient le plus : celle d’un patriote français … et lève sans doute les dernières réticences d’électeurs d’extrême droite qui hésitaient à voter pour un Juif.

Autre indice de cette volonté de « francisation » (l’un de ses termes préférés) forcenée, il ne parle jamais d’Israël. Il est vrai qu’avec ses positions, il ne veut pas risquer d’être accusé de double allégeance. Nul doute qu’il ne fera pas le voyage électoral à Jérusalem dont rêve Marine Le Pen.

Sa très proche conseillère, Sarah Knafo, elle aussi juive séfarade, ancienne élève de l’Alliance israélite universelle aux Pavillons-sous-bois, illustre parfaitement l’approche de son grand homme en déclarant : « En tant que Française israélite, je me reconnais dans son parcours d’assimilation et dans son détachement par rapport à l’identité juive. Je suis de confession juive, mais je me sens de culture chrétienne. Chez moi, Charles Péguy est aussi important que la Torah ». Tout est dit.

Nul doute que beaucoup de Juifs trouveront bien des excuses pour voter en faveur d’un candidat qui dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Mais pour Eric Zemmour, peu importe l’opinion des Juifs, peu importe ce que l’on dira de lui en Israël, pourvu qu’il apparaisse plus Français qu’un vrai Gaulois.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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