Éric Zemmour, antidote à la haine de soi…

Un partisan d'Eric Zemmour à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le mardi 26 octobre 2021. (AP Photo/Bob Edme)
Un partisan d'Eric Zemmour à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, le mardi 26 octobre 2021. (AP Photo/Bob Edme)

On pourrait aussi changer de titre et chercher une périphrase équivalente : France cherche président crédible désespérément…

Tellement les événements que nous vivons chaque jour que Dieu fait sont uniques en leur genre. On nous l’a répété ad nauseam : un simple journaliste politique, un écrivain, auteur de best-sellers rameute des foules de plus en plus nombreuses, parmi lesquelles certains paient même pour venir le voir et l’écouter. Là où les représentants de la classe politique, blanchis sous le harnais, peineraient à rassembler un peu plus de deux cents personnes, Éric Zemmour joue, si j’ose dire, à guichets fermés. A Versailles où un certain nombre d’éléments objectifs auraient milité en faveur d’un accueil moins enthousiaste, le non encore candidat a réuni environ mille quatre cents personnes, toutes ravies de l’écouter et d’échanger avec lui.

Il est temps d’analyser en profondeur le mystère de ce phénomène : Éric Zemmour attire les électeurs et les lecteurs comme un aimant et ces admirateurs et admiratrices donnent l’impression d’avoir longtemps attendu un tel discours politique qui leur parle et les remobilise. Chaque fois qu’un simple citoyen est interrogé sur cette attirance presque irrésistible, la réponse est la même : il parle vrai, il évoque des sujets que les autres ne traitent jamais, il tourne le dos délibérément au cynisme politique ambiant où les deux pôles du spectre électoral se répartissent les rôles pour que rien ne change !

Je crois que par de telles explications les gens saluent cet assainissement des mœurs politiques, réputées être une zone obscure où tous les coups sont permis, comme les vieux ténors de la politique aiment à le dire volontiers : il n’y a pas d’amitié en politique ! En entretenant de telles appréciations, le vieux monde, si cher à l’actuel président de la République, a creusé sa tombe. Zemmour est vu comme celui qui est venu nettoyer les écuries d’Augias…

Donc, Zemmour apporte l’élément de la nouveauté, d’une certaine moralité politique, redonnant aux gens envie de faire de la politique, ou, à tout le moins, d’aller voter. Ce devoir électoral commençait à devenir une rareté, une exception et tout le monde semblait s’en accommoder.

Aujourd’hui, c’est bien ce que les citoyens font chèrement payer aux caciques qui se vantaient de maitriser le processus électoral grâce aux sondages, aux accointances dans les mass media, et toujours avec le même cynisme et la même indifférence. Zemmour agit comme un médicament contre le découragement, l’indifférence et, selon moi, la haine de soi…

Cette notion a été développée par un auteur allemand à la réputation un peu sulfureuse, qui écrivit un livre sur ce sujet en 1930, aux éditions Jüdischer Verlag, à Berlin. Prenant pour exemples une série d’auteurs qui ne se sentaient pas bien dans leur peau (dont le fameux Otto Weininger), l’auteur montre qu’un tel divorce avec soi-même est généralement fatal à celui qui en souffre. Zemmour est déterminé à éloigner ce danger de la France…

Mais l’épine dorsale du discours zemmouriste est précisément de neutraliser cette mode qui consiste à haïr tout ce qui évoque la France, sa culture, son histoire (parfois tragique), son rôle dans le concert des nations, bref son essence même. L’auteur de La France n’a pas dit son dernier mot… est le seul à occuper ce créneau pour la bonne raison que ses concurrents, tous sans exception, ne sont pas en capacité de le faire. Et il situe les enjeux à un tout autre niveau. Il est pratiquement le premier à parler de la France en tant qu’entité quasi mystique, comme le général de Gaule le faisait.

Mais cette glorification ne devient pas une exaltation chimérique. Zemmour se soucie du devenir de son pays qui serait selon lui gravement menacé. En fait, quand il pose la question de l’identité de la France de toujours, celle de notre enfance, il verbalise ce que des millions de Français n’osaient même plus exprimer : Qui sommes-nous ? Qu’allons devenir dans ce vaste village planète ?

Nous ne sommes plus dans de la politique politicienne ni dans des préoccupations de second, voire de troisième ordre, mais dans une sorte de métaphysique qui transcende les situations socio-économiques pour tenter d’y remédier sur le long terme. Je crois que c’est Georges Clémenceau qui a dit, dans un moment d’abattement : il est venu trop tard, il est parti trop tôt… Les électeurs reprendraient sûrement à leur compte une autre déclaration faite au Sénat face au ministre de la guerre de cette époque : En fait, nous ne sommes ni gouvernés ni défendus. Tout un chacun reconnaîtra alors qu’une telle situation ne peut plus perdurer. Et c’est ce que propose Éric Zemmour, d’où l’accueil si favorable des Français à ce météore qui vient éclairer leurs sombres lendemains.

Pourquoi le discours politique s’est il replié sur les seules préoccupations bassement matérielles, laissant loin derrière soi tout ce qu’inspire le merveilleux verset biblique, selon lequel l’homme ne vit pas que de pain… Certes, je n’ignore pas que la première préoccupation des Français n’est autre que le pouvoir d’achat. Et c’est absolument légitime mais ceux qui gouvernent le pays depuis des décennies n’ont pas su parler à l’âme de ce pays, tout obnubilés qu’ils étaient par des calculs politiques dérisoires.

Mais des questions se posent. Pour le moment, le candidat que tout le monde attend et appelle de ses vœux ne s’est même pas encore déclaré. Et lorsque les forces politiques traditionnelles vont se positionner, Éric Zemmour saura maintenir ses acquis. Je ne pense pas que les autres candidats à venir sauront combler leurs lacunes historiques ou philosophiques lorsqu’ils entreront en lice. Même l’actuel président de la République aura affaire à forte partie ; ce ne sera plus le Heimspiel (match à domicile) comme en 2017 face à une Marine Le Pen totalement submergée…

Désormais, il faut écrire une page nouvelle dans l’histoire de la France contemporaine.

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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