Erdogan dans l’œil du cyclone islamiste

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprimant après une réunion du cabinet, à Ankara, en Turquie, le mardi 9 juin 2020. (Service de presse présidentiel via AP, Pool)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprimant après une réunion du cabinet, à Ankara, en Turquie, le mardi 9 juin 2020. (Service de presse présidentiel via AP, Pool)

Depuis plus de 18 ans, Recep Tayyip Erdoğan maîtrise son pays d’une main de fer en le plongeant de plus en plus dans l’obscurantisme.

Ses victoires électorales et ses interventions militaires renforcent son pouvoir totalitaire et mégalomane et brouille toutes les cartes géopolitiques régionales. Les intentions hégémoniques exécutées par l’armée turque et des mercenaires islamistes, et le soutien aveugle d’Erdogan aux Frères musulmans risquent d’embraser tout le bassin méditerranéen.

La Turquie qui avait déjà envahi en 1974 une partie de Chypre compte actuellement élargir son rayon d’action. Désormais, le drapeau turc flotte aux quatre vents en Libye, en Syrie, en Irak mais aussi sur des établissements à Jérusalem Est, et lors de manifestations sur le Mont du Temple.

Une situation explosive que la communauté internationale ne peut accepter ni tolérer.

Certes, la Turquie fait partie de l’OTAN et a été le premier pays musulman à reconnaître l’Etat juif. Ce grand pays charnière entre l’Europe et l’Asie demeure riche et prospère. Nous avons plusieurs fois tourné avec lui des pages tumultueuses dont celle de l’affaire de la flottille du Marmara, mais les nouvelles intentions d’Erdogan devraient inquiéter non seulement le gouvernement israélien, mais aussi les Etats-Unis, la Russie, l’Europe, particulièrement la Grèce, ainsi que les pays du Maghreb et en priorité la Tunisie.

Pour rétablir par étapes l’empire ottoman, le nouveau sultan vise également l’Egypte du Maréchal Sissi. Erdogan l’accuse d’être responsable de la destitution et de la mort de Morsi, premier président représentant les Frères musulmans en Egypte.

Sous le prétexte d’empêcher une vague d’immigration d’un million de personnes à ses frontières, Erdogan s’est approprié un large territoire syrien pour combattre en réalité contre « les terroristes kurdes ».

Ensuite, avec l’aide du Qatar, qui héberge les Frères musulmans et diffuse par le canal d’al Jazzera de la propagande contre les pays modérés pro-américains, il a voulu déstabiliser l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe. Puis, pour pouvoir étendre son hégémonie sur le monde arabo-musulman et profiter des réserves de pétrole et de gaz, il a établi « des « frontières maritimes » communes avec le gouvernement islamiste de Tripoli en s’alignant contre les troupes du général Khalifa Haftar soutenues par la France.

La fourniture de matériel militaire turc au gouvernement de Tripoli est d’ailleurs en violation flagrante de l’embargo sur les armes, imposé par l’ONU à l’encontre de la Libye.

Nous constatons une fois encore que la communauté internationale est mise en échec sur deux grands dossiers préoccupants : le terrorisme et l’intégration des réfugiés rescapés de Syrie et de Libye.

Il confirme que le fameux plan français contre le régime du colonel Kadhafi fut un véritable fiasco sur tous les plans. Les conséquences sont plus que jamais néfastes pour la Tunisie et l’Algérie ainsi pour le Mali et tout le Sahel. Depuis, les Occidentaux et particulièrement la France opèrent en permanence dans la région sans mettre un terme définitif aux terroristes de tous bords ni ne trouver non plus une solution politique.

La Turquie d’Erdogan cherche donc par tous les moyens et tous azimuts de s’imposer comme une puissance régionale et devenir le leader des sunnites au Moyen-Orient et dans le bassin oriental de la Méditerranée.

Pour réaliser cette folie des grandeurs, Erdogan se trouve en compétition avec les Ayatollahs iraniens dont leur but est de reconstituer l’Empire perse.

Devant cette nouvelle donne géopolitique et face aux menaces omniprésentes, Erdogan devrait comprendre que faire partie de l’OTAN, devenir membre de l’Union européenne et du monde occidental est un grand privilège à condition de respecter les règles du jeu, les lois internationales, le bon voisinage, et admettre les contraintes comme les avantages.

Le but des islamistes, sunnites et chiites, est de dicter les aspects obscurs d’une religion monothéiste importante et légitime, d’haïr l’héritage judéo-chrétien, et de semer la terreur. Nous devrions donc combattre ce fléau pour que toutes ces populations plongées dans l’effroi et la misère retrouvent leur dignité et le respect.

La politique des Islamistes ne peut être compatible ni avec les droits de l’Homme, ni avec les lois internationales. Pour être membre de la Société des nations il faut respecter certaines règles fondamentales et suivre l’évolution de la modernité dans tous les domaines.

En ce qui nous concerne directement, nous devrions adopter à l’égard de la mégalomanie d’Erdoğan une politique ferme et suivre avec vigilance ses pas et discours. Nous ne pourrons plus admettre une intervention grotesque d’Erdoğan dans nos affaires et surtout que des fonds turcs s’infiltrent à Jérusalem-Est et financent des institutions islamiques.

Arrêtons immédiatement l’élan fou d’Erdogan, brisons le rêve du nouveau  Soliman le magnifique, avant qu’il ne devienne un terrible cauchemar,  nous emporte dans sa tempête islamiste et ravage toute la région.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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