Épreuve de force irano-américaine

Des étudiants iraniens manifestant à la suite d'un hommage aux victimes du Boeing 737 d'Ukraine International Airlines devant l'Université Amirkabir de Téhéran, le 11 janvier 2020.
Atta KENARE / AFP
Des étudiants iraniens manifestant à la suite d'un hommage aux victimes du Boeing 737 d'Ukraine International Airlines devant l'Université Amirkabir de Téhéran, le 11 janvier 2020. Atta KENARE / AFP

L’Iran continue à déstabiliser le Moyen-Orient et fait l’objet d’un embargo économique américain. Le mécontentement de la population iranienne est palpable. Des actions militaires iraniennes ciblées, mais limitées sont suivies de ripostes américaines et il y a risque que ce cycle de violence n’aille s’aggravant.

L’embargo américain

Le président américain s’est retiré de l’accord des 5 +1 sur le nucléaire iranien qu’il considère être une carte blanche pour que l’Iran développe librement ses technologies nucléaires dans une décennie. Il veut renégocier cet accord et veut y inclure la limitation des développements de missiles balistiques et la fin de la déstabilisation du Moyen-Orient par l’Iran. En effet, l’espoir qu’avait mis le président Obama dans un Iran modéré s’est avéré caduc. Le régime clérical iranien s’en tient à sa marque de commerce d’anti-américanisme morbide. Aussi, Trump a décrété un embargo économique qui pèse lourdement sur l’Iran depuis dix-neuf mois.

Les manifestations en Iran

Le peuple iranien est excédé. Les années passées, les slogans décriaient l’obsession iranienne d’alimenter les conflits régionaux et de délaisser le petit peuple. Au cours des émeutes survenues au mois de novembre dans une centaine de villes, la protestation principale des manifestants se rapportait à l’incompétence gouvernementale. La réaction gouvernementale ne s’est pas faite attendre, résultant en plus de 350 morts.

Le pouvoir en Iran

Il est clair que le pouvoir est entre les mains du Guide suprême Khamenei et des Gardiens de la Révolution qui disposent d’un levier économique et d’une force militaire formidables. Le parlement iranien est une coquille vide.
Quant au Guide suprême, il semble vivre dans un cocon. Il s’est entouré de versificateurs qui chantent sa grandeur en tant que philosophe et poète. Son entourage a fait savoir que les manifestations populaires ne sont qu’une conspiration internationale, que des petites bosses sur le chemin de la grande civilisation islamique en marche.

Échauffourées iraniennes

Au mois de mai, des mines ont été placées dans le Golfe et des navires pétroliers ont été attaqués. Un drone américain a été abattu et des installations pétrolières saoudiennes ont été bombardées. L’Iran a nié en être l’auteur.
Les manifestations en Irak même ont pris une tournure anti iranienne et des milices chiites pro iraniennes auraient tiré sur la foule. L’escalade iranienne par l’entremise des milices chiites s’est continuée avec 30 roquettes lancées contre une base militaire irakienne à Kirkuk, causant la mort d’un contracteur américain. Deux jours plus tard, des frappes aériennes américaines ont touché 5 bases du Kataib Hizbullah irakien, tuant au moins 25 miliciens.

Les manifestations et les tentatives de forcer l’entrée du consulat américain à Bagdad ont dû rappeler des souvenirs amers aux Américains qui se souviennent de la prise en otages des employés de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979. En clair, une riposte américaine était attendue.

L’attaque américaine d’un convoi a résulté en la mort du chef Corps des Gardiens de la révolution islamique Qassem Soleimani Tout un concert d’appels à la vengeance a suivi durant les funérailles de Soleimani. Le parlement irakien s’est prononcé pour la fin de la présence des « forces étrangères » au pays, mais les députés sunnites et kurdes étaient absents durant le vote.

Beaucoup s’interrogent sur l’identité de ceux qui auraient informé les Américains du déplacement du général Soleimani à Bagdad. Ce dernier avait des ambitions présidentielles et s’était fait beaucoup d’opposants tant en Iran qu’en Irak. Entretemps, des missiles iraniens ont été envoyés en direction de bases américaines en Irak. D’autre part, le Corps des gardiens de la révolution iranien a fini par admettre avoir abattu par erreur l’avion civil ukrainien causant la mort de 176 personnes.

Scénarios d’avenir

Il est peu probable que le pouvoir iranien modifie sa ligne de conduite. La mullahcratie iranienne se sent imbue d’une mission religieuse et la population n’a guère le droit à la parole. L’apologie du martyr fait partie des croyances chiites, les temps toujours plus durs étant considérés comme une épreuve divine.

L’ampleur des ripostes respectives de l’Iran et des États-Unis risque d’être de plus en plus grande. Plusieurs scénarios pessimistes sont envisageables. L’Iran peut geler la navigation dans le détroit d’Ormuz par lequel transitent 21% de la consommation mondiale de pétrole et perturber l’économie internationale. Il pourrait avancer le développement de ses technologies nucléaires à un seuil critique. Le Hezbollah libanais pourrait déclencher des attaques de missiles contre Israël ce qui causerait des dommages considérables quitte à assister à la destruction du Liban. Enfin, l’Iran pourrait activer des cellules terroristes dormantes en Occident.

À l’heure actuelle, l’Iran ne veut pas renégocier l’accord des 5 +1. Le statu quo est envisageable, mais la perpétuation des slogans « Mort à l’Amérique » clamés par des foules surexcitées depuis des dizaines d’années ne fait que repousser sans l’éliminer l’éclatement d’un conflit avec le régime iranien.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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