Enrôlement forcé des ultra-orthodoxes : une erreur

La « manifestation du million », qui s’est tenue à Jérusalem le 15 octobre 2025, a démontré la détermination des ultra-orthodoxes à lutter par tous les moyens contre leur enrôlement forcé. Bien que l’estimation réelle de la participation soit d’environ quatre cent mille personnes, le fait que tous étaient des hommes relativement jeunes est préoccupant. Cela témoigne de leur puissance et laisse présager de mauvais augures.
Le fanatisme de ce secteur s’oppose par nature à la démocratie et rejette toute pensée idéologique personnelle. Le mode de vie des ultra-orthodoxes se polarise de plus en plus, par rapport à la majorité de la population qui est modérément religieuse, traditionnelle ou laïque, et surtout profondément attachée à la démocratie.
Pour les ultra-orthodoxes, la décision d’un rabbin prime sur l’ordre d’un commandant ou d’un parlementaire de leur rang. Recruter de force ces « objecteurs » constituerait une erreur politique et sociale dont les conséquences pourraient engendrer des problèmes pour les générations futures.
Au-delà du vaste débat public sur « l’égalité du fardeau », des signes inquiétants apparaissent récemment parmi le commandement supérieur des branches de sécurité. Tandis que « l’armée du peuple » était précédemment déconnectée de la politique, certains hauts responsables semblent s’autoriser aujourd’hui une certaine indépendance, voire une ignorance de leurs supérieurs.
Il est important de rappeler comment David Zini a été choisi comme chef du Shin Bet. Avec insouciance, ce général a contourné la procédure militaire en rencontrant le Premier ministre, pour obtenir la nomination sans en informer préalablement le chef d’état-major, et surtout, sans obtenir l’autorisation pour une telle rencontre. Cela s’apparente à un dépassement d’autorité. Ce comportement ne constitue pas, pour le moment, une menace directe pour la société pluraliste du pays, mais est certainement un symptôme inquiétant pour l’avenir.
En outre, l’enrôlement forcé des ultra-orthodoxes à grande échelle pourrait intensifier le phénomène de « l’exclusion des femmes » récemment observé dans l’armée, une situation intolérable non seulement du point de vue du progrès et mais aussi de l’égalité, alors que le rôle et la contribution de nombreuses soldates dans des postes essentiels dans tous les secteurs, y compris le combat et l’état-major, se font de plus en plus ressentir.
Enrôler massivement des ultra-orthodoxes nuirait au caractère pluraliste de « l’armée du peuple » et obligerait à intégrer des éléments théocratiques, comme c’est déjà pratiquement le cas dans le gouvernement actuel. Si les objecteurs sont enrôlés de force, ils pourraient accumuler une contre-force, et sous l’impulsion de leurs rabbins, initier un coup d’État militaire, puis un État théocratique.
Chaque citoyen a des droits et des devoirs dans son pays. Celui qui rejette délibérément le devoir le plus noble, celui de servir sa patrie, devrait voir son droit de vote retiré. Néanmoins, l’État doit offrir un service national d’une durée équivalente au service militaire à chaque citoyen refusant ou se soustrayant au service militaire obligatoire, pour diverses raisons – tels que les ultra-orthodoxes, les Arabes et même ceux qui s’y opposent pour des raisons de conscience.
L’opportunité de servir l’État, chacun selon sa conscience, garantirait des droits égaux et entiers pour tous les citoyens.
