Enrôlement forcé des ultra-orthodoxes : une erreur

Des milliers de juifs ultra-orthodoxes à la gare Yitzhak Navon, à Jérusalem, alors qu'ils se rendaient à la manifestation « d'un million d'hommes » contre la conscription dans l'armée israélienne, à Jérusalem, le 30 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Des milliers de juifs ultra-orthodoxes à la gare Yitzhak Navon, à Jérusalem, alors qu'ils se rendaient à la manifestation « d'un million d'hommes » contre la conscription dans l'armée israélienne, à Jérusalem, le 30 octobre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La « manifestation du million », qui s’est tenue à Jérusalem le 15 octobre 2025, a démontré la détermination des ultra-orthodoxes à lutter par tous les moyens contre leur enrôlement forcé. Bien que l’estimation réelle de la participation soit d’environ quatre cent mille personnes, le fait que tous étaient des hommes relativement jeunes est préoccupant. Cela témoigne de leur puissance et laisse présager de mauvais augures.

Le fanatisme de ce secteur s’oppose par nature à la démocratie et rejette toute pensée idéologique personnelle. Le mode de vie des ultra-orthodoxes se polarise de plus en plus, par rapport à la majorité de la population qui est modérément religieuse, traditionnelle ou laïque, et surtout profondément attachée à la démocratie.

Pour les ultra-orthodoxes, la décision d’un rabbin prime sur l’ordre d’un commandant ou d’un parlementaire de leur rang. Recruter de force ces « objecteurs » constituerait une erreur politique et sociale dont les conséquences pourraient engendrer des problèmes pour les générations futures.

Au-delà du vaste débat public sur « l’égalité du fardeau », des signes inquiétants apparaissent récemment parmi le commandement supérieur des branches de sécurité. Tandis que « l’armée du peuple » était précédemment déconnectée de la politique, certains hauts responsables semblent s’autoriser aujourd’hui une certaine indépendance, voire une ignorance de leurs supérieurs.

Il est important de rappeler comment David Zini a été choisi comme chef du Shin Bet. Avec insouciance, ce général a contourné la procédure militaire en rencontrant le Premier ministre, pour obtenir la nomination sans en informer préalablement le chef d’état-major, et surtout, sans obtenir l’autorisation pour une telle rencontre. Cela s’apparente à un dépassement d’autorité. Ce comportement ne constitue pas, pour le moment, une menace directe pour la société pluraliste du pays, mais est certainement un symptôme inquiétant pour l’avenir.

En outre, l’enrôlement forcé des ultra-orthodoxes à grande échelle pourrait intensifier le phénomène de « l’exclusion des femmes » récemment observé dans l’armée, une situation intolérable non seulement du point de vue du progrès et mais aussi de l’égalité, alors que le rôle et la contribution de nombreuses soldates dans des postes essentiels dans tous les secteurs, y compris le combat et l’état-major, se font de plus en plus ressentir.

Enrôler massivement des ultra-orthodoxes nuirait au caractère pluraliste de « l’armée du peuple » et obligerait à intégrer des éléments théocratiques, comme c’est déjà pratiquement le cas dans le gouvernement actuel. Si les objecteurs sont enrôlés de force, ils pourraient accumuler une contre-force, et sous l’impulsion de leurs rabbins, initier un coup d’État militaire, puis un État théocratique.

Chaque citoyen a des droits et des devoirs dans son pays. Celui qui rejette délibérément le devoir le plus noble, celui de servir sa patrie, devrait voir son droit de vote retiré. Néanmoins, l’État doit offrir un service national d’une durée équivalente au service militaire à chaque citoyen refusant ou se soustrayant au service militaire obligatoire, pour diverses raisons – tels que les ultra-orthodoxes, les Arabes et même ceux qui s’y opposent pour des raisons de conscience.

L’opportunité de servir l’État, chacun selon sa conscience, garantirait des droits égaux et entiers pour tous les citoyens.

à propos de l'auteur
Né en 1947 à Meknès, au Maroc, il a vécu en Israël de 1962 à 1988 avant de s’installer à Paris. Éditeur franco-israélien, il a conçu et dirigé de nombreux projets culturels à Paris, en particulier : une galerie d’art moderne israélien, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain ainsi qu’une librairie-café méditerranéenne. En1998, il a conçu et dirigé, le stand « Israël – hôte d’honneur » (400 m2) au Salon du livre et de la presse à Genève. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à 2005, année de la soutenance. Mickael Pariente a également publié deux bibliographies : 2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs, préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, ancien président de la Bibliothèque nationale, éd. Stavit, Paris 1998 et Littératures d’Israël, éd. Stavit, Paris 2003. Écrivain bilingue (hébreu-français), il a publié : L’Autre Parnasse – Confessions de femmes dans un café littéraire, roman paru en hébreu et en français en 2011, et en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; A l'Ombre des murailles – souvenirs d'enfance au mellah de Meknès, récit paru en hébreu et en français en 2015, ainsi qu’en anglais et en espagnol en 2023, éd. StavNet ; Israël : politique et société – de Ben Gourion à Netanyahu, paru en français, en anglais et allemand en 2021, éd. StavNet ; Papi, vient vite ! Papi, tu dérailles ?! Papi vient au désert ! – trilogie pour enfants, écrite en hébreu et accompagnée d’une traduction en français, illustrée par Alec Borenstein ; Sarah – Née sous X, roman paru en français, hébreu, anglais et en espagnol, en 2022, éd. StavNet Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Haaretz, Ma’ariv, Zman Israel, Ynet... en hébreu et en français, Libération, Le Monde, et Times of Israel…
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