Encore un coup fourré du Shass

Une rue de la ville de Ramle, 22 janvier 2016. Photo de Moshe Shai / FLASH90
Une rue de la ville de Ramle, 22 janvier 2016. Photo de Moshe Shai / FLASH90

Les atteintes à la mémoire de la Shoah s’insinuent désormais dans la sphère politique. Sans aucun scrupule, des membres du Shass dans la municipalité de Ramla ont exigé et obtenu le changement de nom de la rue « Ghetto de Varsovie » en « Vision d’Ovadia », par référence au grand rabbin Yossef Ovadia.

Cet acte n’est pas du tout innocent. Ce n’est pas seulement une rue qui était censée s’identifier à la communauté juive polonaise, elle prend maintenant une connotation orientale, religieuse et politique. Bien que la décision ait été prise par la majorité des membres de la municipalité, elle agresse non seulement la mémoire de la Shoah, non seulement les combattants et les survivants du ghetto de Varsovie, ainsi que leurs descendants, mais aussi le patrimoine du Peuple Juif tout entier.

Lier exclusivement la Shoah à la communauté juive européenne creuse davantage une fracture dans la société israélienne. La propagande politicienne n’a plus de limite. Elle manque de sensibilité, ignore la morale et rejette notre identité, jusqu’à perdre tout esprit de solidarité. Au nom de « l’égalité des droits » entre les citoyens, elle piétine parfois, à juste titre, les privilégiés des débuts de l’État. Mais en ce qui concerne la Shoah, chaque décision, chaque déclaration, chaque intervention nous ramène à la plus terrible tragédie de l’histoire humaine.

À Ramla, comme dans chaque ville, il y a des rues aux noms neutres. Par exemple, on y trouve la rue des Pins, la rue des Iris, la rue des Chênes… Si les membres du parti Shass étaient de bonne foi en ce qui concerne la mémoire de leur maître Ovadia Yosef, ils auraient pu choisir plutôt l’une de ces rues pour en changer le nom. Mais leur comportement – qui frôle le racisme – n’est pas anodin. Ils utilisent délibérément les sentiments les plus sombres : revanche, mépris, vengeance, règlement de comptes…

Il est très regrettable que même la Shoah, qui est censée unir partisans de droite et de gauche, religieux et laïques, Juifs et non-Juifs, soit utilisée en Israël comme moyen d’expression de lutte pour le pouvoir. Déjà dans les manifestations contre les accords d’Oslo (octobre 1995), les tabous ont été balayés. Suite à la présentation du Premier ministre, feu Yitzhak Rabin, affublé d’un uniforme SS, tout devient banal même en Terre d’Israël. La présence ce jour-là de Benyamin Netanyahu, chef du Likoud, a légitimé du coup de tels moyens indignes. Les porteurs des pancartes infâmantes n’ont pas été sanctionnés ni même dénoncés. Netanyahu a remporté les élections qui suivaient, malgré cette manifestation ou peut-être, grâce à elle. 

Depuis lors, les instances du pouvoir, les municipalités, les associations, jusqu’au grand public, ont ignoré les survivants de la Shoah. Le nombre de ces derniers va diminuant. En plus des horreurs qu’ils ont vécues dans leur enfance, ils emporteront dans la tombe, douleur, déception et amertume.

Dernièrement, des injures intolérables sont proférées : « Nazis ». « Hitler », « Troisième Reich », et plus encore… Des propos qui ne devraient pas effleurer la bouche. L’utilisation de ces termes est intolérable et nécessite même une vive condamnation. Il est de notre devoir de dénoncer tous ceux dont la langue est contaminée par de telles expressions. Or, on constate que la presse n’a guère relevé cette information, comme s’il s’agissait d’une nouvelle négligeable. 

La société israélienne accepte de plus en plus les injures de toute sorte. Les politiciens s’y comportent sans retenue. Leur discours n’est pas inhibé. Les camps adverses tirent leurs flèches, bien que verbales à ce stade, mais elles blessent directement les âmes. Cependant, chaque Juif en Israël et à l’étranger doit rester respectueux à l’égard de la Shoah.

Tout autour de moi, à Paris où j’habite, bien des connaissances, souvent des « intellectuels » osent souvent dire qu’Israël se comporte envers les Palestiniens comme des « Nazis ». Moi qui m’identifie en homme de gauche, je romps ma relation avec ceux qui s’expriment ainsi. Même lorsqu’il s’est agit d’un ami de longue date. Une personne qui se respecte est tenue non seulement de se taire mais aussi de fuir de telles pensées. Eli Wiesel avait dit : Quiconque déteste un groupe finira par haïr tout le monde, et par conséquent lui-même.

Dans l’immédiat, il est urgent de réparer une telle faute. Rétablir le nom de la rue « Ghetto de Varsovie, un nom qui rend également hommage à la résistance juive face aux Nazis.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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