En Israël, les petits partis faiseurs de Roi : Meretz de Tamar Zandberg

Ce n’est plus le Meretz connu, issu du parti historique qui avait contribué à la création d’Israël et qui, à travers son mouvement Hachomer Hatzaïr, avait essaimé les villes à travers toute la diaspora pour transmettre la bonne parole sioniste sur la nécessité de «monter» en Israël.

Le Meretz est un parti politique héritier direct du Mapam (Parti unifié des ouvriers), né à l’époque de la Palestine mandataire, avec une idéologie marxiste qui avait trouvé une application concrète dans la création du Kibboutz.

En janvier 1948, les mouvements Hachomer Hatzaïr, Poale Zion et Ahdut HaAvoda ont fusionné pour donner naissance à l’aile gauche du mouvement kibboutzique, au sein de la fédération des Kibboutz Artzi. Issu de petits partis d’extrême-gauche sioniste, le Mapam militait pour un État Judéo-Arabe ce qui ne l’empêcha pas d’accepter le Plan de partage de la Palestine de 1947 alors que son programme de janvier 1948 précisait de façon assez contradictoire : «Le parti, tout en restant fondamentalement hostile au principe du partage territorial, participera avec toutes ses forces à l’édification de l’État juif et à sa défense». Il vivait alors dans l’illusion d’une cohabitation pacifique.

Le Mapam, grâce à ses membres vivant dans les kibboutzim, était le deuxième plus grand parti politique en Israël, avec presque 15% des voix, derrière le Parti travailliste. Il avait suivi, jusqu’en 1950, une orientation idéologique clairement pro-Union soviétique, avec une ligne politique stalinienne forte. Mais il a dû évoluer, à compter du début des années 1950, lorsque l’URSS de Joseph Staline lança une violente campagne anti-sioniste.

En 1952, des communistes juifs sont accusés de «sionisme» pendant le procès de Prague. Puis en 1953, des médecins juifs sont mis en cause dans le «complot des blouses blanches». Ces évolutions secouèrent énormément les partisans du stalinisme poussant en 1954, l’aile droite du parti, Ahdut HaAvoda, à quitter le Mapam, refusant l’alignement sur l’URSS.

Après son revers électoral de 1955 qui le fit passer à 7,3% des suffrages, le Mapam décida alors de rompre avec l’URSS tout en restant positionné en tant que parti sioniste le plus à gauche du pays. La même année, l’aile gauche du parti sous la direction de Moshé Sneh, ancien chef d’État-major de la Haganah, avait rejoint le Parti communiste d’Israël pour y renforcer la tendance juive la plus favorable au sionisme.

De novembre 1955 à novembre 1961, le parti s’intégra à la coalition gouvernementale. Il y revint en janvier 1966, et y resta jusqu’en 1977. À compter des élections de 1969, le Mapam se présenta aux élections sur les mêmes listes que le parti travailliste, mais sans fusionner, et cela jusqu’aux élections de 1988 pour lesquelles il se présenta à nouveau seul.

En 1992, le Mapam s’unit au Ratz et au Shinouï pour former le cartel électoral Meretz, représentant le «camp de la paix» israélien, favorable à un retrait des territoires. Il fusionna officiellement avec le Ratz et une aile du Shinouï en 1996 pour cesser d’exister en tant que parti distinct. Mais en 2004, Meretz fusionna à son tour avec le Shahar, une scission du Parti travailliste dirigée par Yossi Beilin, et le Parti du choix démocratique mené par Roman Bronfman.

Meretz a connu de grands dirigeants historiques : Shulamit Aloni (1992-1996), Yossi Sarid (1996-2003) qui fut le plus grand ministre de l’Education de l’Histoire d’Israël, Yossi Beilin (2004-2008) qui a initié les Accords d’Oslo, Haim Oron (2008-2012), Zehava Gal-On (2012-2018) et à présent Tamar Zandberg.

Le parti est certes en difficulté aux élections d’avril 2019 car certains sondeurs ne lui donnent aucune chance de passer le seuil des 3,25% des voix. Or il est indispensable qu’il existe à la Knesset car il représente la vraie gauche depuis que les Travaillistes ont migré vers le centre. Mais sa stratégie électorale déroute les électeurs car il donne l’impression de vouloir courir après les voix arabes pour continuer à exister.

Certes, un candidat arabe figure sur la liste à la cinquième place mais on ne comprend pas pourquoi Tamar Zandberg a besoin de l’imprimatur de Mahmoud Abbas au point de se rendre officiellement à Ramallah pour être prise en photo avec lui afin de draguer les voix arabes comme s’il n’existait plus d’électeurs juifs au Meretz.

On ne comprend pas les attaques incessantes contre la liste de Benny Gantz comme si on voulait lui enlever les quelques voix gauchistes qui se portent sur lui. On comprend encore moins la déclaration de l’ancienne patronne du Meretz, Zehava Gal-On, qui ne se grandit pas en affirmant que «la bande de lâches Kahol Lavan (liste Gantz) ouvre la voie aux Kahanistes».

C’est une attitude irréfléchie et inefficace ! Il existe d’autres méthodes moins stériles dans la campagne électorale comme occuper l’espace vide laissé par les programmes politiques presque inexistants des partis. De plus, il y a beaucoup à faire en matière de politique sociale et économique quand on se qualifie de gauche.

On pourrait expliquer les raisons de l’effondrement du parti Meretz qui représentait pourtant l’élite de la gauche israélienne. En persistant à affirmer, comme le fait à nouveau Tamar Zandberg, qu’Israël devait tendre la main aux Palestiniens alors qu’il n’est pas certain qu’il existe une main tendue du côté palestinien. Le Meretz a perdu son pragmatisme en s’affirmant pour le démantèlement des implantations mais sans tenir compte de la réalité sur le terrain. Il est impossible d’effacer d’un trait l’existence de nouvelles villes juives développées en Cisjordanie, donc il faut composer.

Les poignées de mains ne suffisent pas à instaurer une politique. On ne peut pas insister pour qu’Israël prenne une initiative politique lorsque l’autre bord refuse même d’envisager un simple échange de vues. Il faut d’abord que les dirigeants palestiniens condamnent, et pas du bout des lèvres, les attentats comme celui du 17 mars où un jeune Israélien de 19 ans, Gal Keidan, et un père de douze enfants ont perdu la vie. Tous les Palestiniens ne sont pas des assassins mais Mahmoud Abbas doit pointer du doigt ceux qui traversent la ligne jaune afin de ne pas encourager l’émergence d’autres tueurs.

On ne peut discuter qu’avec des personnes civilisées qui respectent la vie de tous les citoyens, juifs et arabes. Alors il ne faut pas s’étonner si les électeurs israéliens ne se reconnaissent plus dans cette gauche qui vit dans un monde d’illusions, dans un monde irréel figé au 19ème siècle. La nouvelle vague du Meretz a déçu ; parfois c’est la jeunesse qui est un naufrage.

Il faut que les Palestiniens affirment haut et fort qu’ils renoncent à la violence car elle ne peut pas mener à la résolution d’un conflit déjà violent. Meretz ne semble pas vouloir s’attaquer pas à la droite, donnant ainsi l’impression qu’il partage son opinion. C’est d’ailleurs ce qu’il fait en attaquant Benny Gantz.

Zandberg évite de prôner la vérité à la nation en précisant que la solution au conflit sera longue et douloureuse. Il faut d’abord une révolution des esprits avant la révolution tout court et ce ne sont pas des déclarations à l’emporte-pièce qui donneront une crédibilité au parti gauchiste.

Et pourtant c’est le seul parti qui pourrait constituer le noyau dur d’une opposition crédible et efficace pour peu qu’il choisisse ses vrais adversaires. Il n’en prend pas le chemin, préférant, comme les autres, les images percutantes et les paroles désastreuses.

En l’état actuel de la campagne électorale, personne ne regrettera la disparition du Meretz de la Knesset, le temps qu’il se refasse une santé après avoir tant dévié. Il y a tellement de similitude dans le monde avec l’exemple criant du parti socialiste français qu’il semble que l’Histoire bégaie. Il faut savoir ne plus exister quand on dépasse les limites politiques acceptables et que l’on se trompe d’adversaire.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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