En Israël, la campagne électorale manque de passion

Urne électorale lors de la première réunion du comité électoral à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, le 18 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90
Urne électorale lors de la première réunion du comité électoral à la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, le 18 décembre 2019. Photo de Hadas Parush / Flash90

La passion n’est pas au rendez-vous de ce troisième tour d’élections en Israël, qui aura lieu le 2 mars 2020. Le désintérêt de la population est évident et cela s’explique par les scrutins à répétition sachant que ces nouvelles élections ne trancheront pas la situation politique ; le système électoral à la proportionnelle intégrale ne permet pas aux électeurs de se déjuger à quelques mois d’intervalle. Les écarts restent minimes. Les joutes oratoires ont disparu au profit de manœuvres au sein des instances politiques. Les hommes politiques eux-mêmes sont désenchantés et ont perdu la foi.

C’est d’abord Moshe Feiglin, leader du parti nationaliste Zehut, qui a déposé les armes en refusant de concourir sur la liste du Likoud. Il a été suivi presque immédiatement par le ministre des Finances, Moshé Kahlon, leader de Koulanou, qui tire les conclusions de l’échec d’un programme qu’il n’a pas pu appliquer. Il avait misé sur la relance d’un immobilier social face à l’explosion des prix dans toutes les villes. Il n’a pas été suivi en raison de la puissance du lobby des constructeurs et des promoteurs.

Reste vivace en revanche la querelle pour le maintien ou non de la candidature de Benjamin Netanyahou qui s’accroche désespérément à son fauteuil afin d’éviter le désagrément d’un procès judiciaire. Alors nombreux sont les militants qui n’ont plus la foi et qui constatent d’ailleurs que le pays se débrouille bien sans gouvernement, sans accrochage à la Knesset, et surtout sans débat stérile.

A quelques jours de la clôture des listes, l’extrême-droite tente de se regrouper pour éviter de laisser un groupuscule sur le carreau, loin du seuil électoral de 3,25% des voix. On ne comprend pas d’ailleurs ce qui distingue les quatre partis à la droite du Likoud, hormis les questions de personnes et les exclusives de circonstance. La Nouvelle droite, Bayit Hayehudi, Otzma et l’Union nationale ont la même idéologie avec à la tête de chaque entité des leaders à l’égo démesuré. Si regroupement il y a, cela se ferait sur le dos du Likoud qui perdrait quelques sièges au profit des extrêmes car une partie de ses militants de droite semble vouloir opter pour la voie nationaliste.

Le parti travailliste qui s’enfonce de scrutin en scrutin ne capte plus de nouveaux militants pour étoffer son parti. C’est pourquoi, pour sauver ce qu’il peut encore sauver, il a cherché à rejoindre Benny Gantz qui n’a pas accepté de «gauchir» sa liste. En effet, il cherche plutôt à grignoter des voix auprès des centristes du Likoud.

En revanche, Gantz a poussé Meretz, les Travaillistes et Gesher à fusionner pour ratisser large et renforcer son aile gauche. Orly Levy de Gesher, qui vient de la droite et qui se situe plutôt au centre-droit, s’est opposée à cette éventuelle fusion. Le travailliste Amir Peretz craint de son côté d’être classé à l’extrême-gauche en rejoignant la liste du Meretz. Or, par leur intransigeance, ces trois groupuscules mettent leur existence en danger et hormis un rassemblement, point de salut. En cas de liste individualisée, l’une des trois entités au moins laissera certainement des plumes le 2 mars.

Un retour tant espéré vient d’avoir lieu au parti travailliste. Ophir Pines-Paz, le prodige du Parti travailliste et l’étoile montante de l’époque, avait quitté le parti en janvier 2010 face à un blocage politique interne et à la décision d’Ehud Barak de rejoindre le gouvernement Netanyahou. Il vient de décider d’intégrer le comité directeur de la campagne travailliste de 2020 afin de tenter d’apporter un souffle nouveau. Pour lui «le parti se bat pour son existence mais il a encore beaucoup de potentiel».

En tant que voisins, nous avions échangé il y a quelques années quelques propos à la terrasse de notre café pour l’entendre dire qu’il avait choisi définitivement les affaires à la politique. En fait le virus de la politique ne l’a jamais quitté et il estime aujourd’hui la situation suffisamment grave pour décider de remettre les mains dans le cambouis. Pour lui, «la plupart des électeurs travaillistes ont rejoint Bleu-Blanc non pas parce qu’ils sont devenus moins idéologues, mais parce qu’ils ont identifié Gantz et son équipe comme les seuls capables de gagner».

Au Likoud, Netanyahou n’a pas profité de la distribution de quatre ministères pour fumer le calumet de la paix avec ses frondeurs. Des inconditionnels ont été nommés sans surprise pour le remplacer sur ordre de la Cour Suprême alors qu’il avait un moyen de rassembler son parti pour unifier le combat. A priori, il a choisi un mauvais calcul car il aurait pu neutraliser les contestataires qui se trouvent en roue libre à présent. Selon les sondages ils pourraient constituer un noyau de six députés à la disposition du plus offrant.

Enfin, Avigdor Lieberman semble avoir décidé de suivre un chemin solitaire puisque ses attaques visent alternativement Netanyahou puis Gantz. Bien sûr il reste en course avec ses sept à neuf députés, un groupe charnière, mais il n’a pas encore choisi son camp ce qui pourrait déplaire à certains de ses électeurs qui veulent qu’il se prononce ouvertement.

Les listes définitives aux élections seront déposées avant le 15 janvier. Il reste quelques jours encore pour des accords de dernière minute sachant que les sondages sont défavorables au Likoud qui a un retard de six sièges par rapport à Blanc-Bleu. Par ailleurs, certains groupuscules jouent leur existence à la nouvelle Knesset mais souvent l’idéologie prime sur le pragmatisme au point de faire place à la politique de la terre brûlée. Une fois les listes enregistrées, les citoyens israéliens retourneront peut-être à la campagne électorale, sans grande conviction, car rien n’a changé depuis le dernier scrutin.

Mise à jour du 13 janvier

Travaillistes-Gesher et Meretz se présenteront sous une même liste aux élections de mars. Peretz sera en tête de liste, suivi d’Orly Levy et de Nitzan Horowitz. Il s’agit bien sûr d’une union de circonstance et non pas d’union idéologique.

Par ailleurs, la Nouvelle Droite ne se joindra pas à d’autres partis de droite. Bennett et Chaked ont déclaré que le bloc de droite avait perdu des votes parce que les partis s’étaient unis lors des dernières élections.

Article publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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