En attendant l’ « Affaire du siècle »

Imprévisible Donald Trump ! Lors de son entretien avec le président américain le 27 septembre en marge de l’Assemblé générale de l’ONU, Binyamin Netanyahou s’attendait ce que l’attention soit focalisée sur le danger iranien.

Mais Donald Trump ne l’entendait pas ainsi : contre toute attente, il est revenu sur le conflit israélo-palestinien pour se déclarer favorable à la solution à deux Etats … avant de réaffirmer lors d’une conférence de presse quelques heures plus tard qu’un ou deux Etats cela dépendait de la volonté des parties, lui-même n’étant qu’un « facilitateur ».

Il n’empêche. Tout cela confirme ce que le gouvernement israélien subodore : dans « l’affaire du siècle », le plan de paix américain concocté par Jade Kushner et Jason Greenblatt, la perspective d’un Etat pourra être ouverte aux Palestiniens.

D’ailleurs, le Premier ministre israélien ne s’y est pas trompé. Après son entretien avec le président américain, il a déclaré ne pas être surpris, et souligné que pour lui l’essentiel était que la sécurité de la Ligne verte jusqu’au Jourdain reste aux mains des Israéliens.

Cette déclaration sonnait comme un lointain écho à son discours à l’université de Bar Ilan le 14 juin 2009, où il avait accepté le principe d’un Etat palestinien mais à condition qu’il soit démilitarisé.

D’autres exigences, et notamment la reconnaissance d’Israël comme Etat juif, étaient posées. Mais pour la première fois, un Premier ministre de droite parlait d’un Etat palestinien. Après les déclarations du Premier ministre à l’ONU, ses partenaires de la coalition ont vivement réagi.

Naftali Bennet, président du Foyer juif (Ha Baït ha Yéoudi), a déclaré que tant que son parti resterait au gouvernement, il n’y aurait pas d’Etat palestinien. Une autre façon de dire que si ce projet devait être pris en compte, il provoquerait une crise gouvernementale et des élections anticipées.

C’est une dimension supplémentaire que doit prendre en compte le Premier ministre israélien, décidément bien à la peine en ce début d’une année juive beaucoup moins faste pour lui que celle qui vient de s’achever. A la crise avec la Russie, s’ajoutent désormais des interrogations sur les intentions du gouvernement américain, et le risque de perdre l’aile droite de sa coalition.

Ce qui signifie que la situation diplomatique de l’Etat juif n’est pas aussi stable qu’on voulait le croire. Celle de Binyamin Netanyahou non plus.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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