En 2021 : Mettons fin à la haine en ligne

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L’année 2020 a été difficile.  En plus de l’horreur du virus, la pandémie a entraîné d’autres développements troublants, notamment une forte augmentation de la haine diffusée en ligne.  Les Québécois et les Canadiens ne sont manifestement pas à l’abri de la pandémie ni de la haine croissante qu’elle semble exacerber.

La haine en ligne n’est pas un phénomène nouveau. Mon organisation, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) y travaille depuis 2013. Mais, tout comme le coronavirus, la haine en ligne a exploité les faiblesses de notre société au détriment de tous.  Alors que nos vies continuent de migrer en ligne, les plateformes qui se sont avérées bénéfiques à bien des égards ont également servi de tremplin à la diffusion de la haine vicieuse.

Les Québécois et les Canadiens d’origine asiatique ont été accusés à tort et de façon absurde de propager délibérément la COVID-19.

Les peuples autochtones, soumis à la haine et aux mauvais traitements des générations avant l’invention d’Internet, subissent des attaques en ligne contre leur culture et leur identité.

Les musulmans, les femmes et la communauté LGBTQ2+ sont régulièrement la cible de haineux en ligne, où l’islamophobie, la misogynie et l’homophobie ne cessent de croître.

Les bons vieux racistes se sont emparés du climat d’introspection accrue au sujet de la haine antinoir pour, paradoxalement, répandre la haine antinoir.

Et, bien sûr, les Juifs ont été accusés de toutes sortes de conspirations, de la création de la COVID-19 à l’exploitation de la pandémie, en passant par l’affirmation qu’Israël a profité de la pandémie pour opprimer les Palestiniens en leur refusant le vaccin – une accusation manifestement fausse, que les Palestiniens eux-mêmes ont réfutée.

Tout cela est profondément choquant, mais ce n’est pas la seule source d’inquiétude.

Si la haine en ligne était simplement offensante, il serait plus facile de l’écarter, mais ce n’est pas le cas.

Le CIJA et les nombreux partenaires avec lesquels nous avons travaillé au fil des ans – y compris ceux qui se sont joints à nous pour former la Coalition canadienne pour l’élimination de la haine en ligne – ont de plus en plus observé que la haine en ligne peut se transformer en violence dans le monde réel.

Il faut que ça cesse.

Le gouvernement fédéral doit tenir ses engagements 

Après les élections de 2019, les Libéraux se sont engagés à élaborer une stratégie nationale pour mettre fin à la haine en ligne, une thématique qui a été explicitement incluse dans les lettres de mandat du Premier ministre Justin Trudeau aux ministres de la Justice, de la Sécurité publique et de la Protection civile, du Patrimoine et de la Diversité et de l’Intégration et de la Jeunesse.

Ils disposent déjà d’un très bon plan de travail sous la forme du rapport sur la haine en ligne produit en 2019 par le Comité permanent de la justice et des droits de l’homme de la Chambre des communes, alors présidé par le député montréalais Anthony Housefather. Ce rapport a suivi les massacres de Christchurch, Pittsburgh et Poway, tous des exemples de violence ayant des origines en ligne.

Il est maintenant temps de passer à la prochaine étape. Le CIJA et les groupes avec lesquels nous travaillons par l’intermédiaire de notre coalition, une vaste alliance de près de 40 organisations représentant de nombreux et divers segments de la population, demandent que les actions concrètes suivantes soient prises.

Nous proposons :

  • Accroître les ressources allouées aux forces de l’ordre, aux procureurs et aux juges afin qu’ils reçoivent une formation suffisante sur la manière d’appliquer les lois existantes pour lutter contre la haine en ligne;
  • Demander à Statistique Canada de combler le manque de données pour nous aider à déterminer l’ampleur du problème et à suivre tous les progrès à cet égard;
  • Atteindre un équilibre entre la lutte contre la haine en ligne et la protection de la liberté d’expression, notamment en utilisant une définition de la « haine » qui soit conforme à la jurisprudence de la Cour suprême du Canada;
  • Créer un recours civil pour lutter contre la haine en ligne; et
  • Établir une réglementation claire et stricte pour les plateformes en ligne et les fournisseurs de services Internet sur la manière dont ils surveillent et traitent les incidents de haine diffusés sur leurs plateformes.

Le rôle des géants des médias sociaux 

Les plateformes et les fournisseurs d’accès à Internet n’ont pas le meilleur bilan en matière de haine en ligne et doivent faire mieux. Ce qu’ils ne pourront faire qu’avec la pression du gouvernement.  Les lois canadiennes doivent être renforcées afin d’imposer aux plateformes et aux fournisseurs la responsabilité de veiller à ce que les contenus haineux ne soient plus publiés dans leurs espaces.

Une stratégie nationale de lutte contre la haine en ligne doit comprendre à la fois l’élaboration de règlements clairs, harmonisés et uniformes, qui s’appliquent à toutes les plateformes et à tous les fournisseurs opérant au pays, ainsi qu’un régulateur indépendant chargé de les mettre en œuvre.

Ces règlements devraient inclure une directive obligatoire exigeant des fournisseurs d’intégrer des définitions appropriées de la haine. Dans le cas de la communauté juive, nous demandons l’inclusion de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) dans les codes de conduite des utilisateurs, les algorithmes, les politiques des modérateurs et les conditions de service des plateformes de médias sociaux et des fournisseurs de services Internet.

Les fournisseurs doivent également permettre aux utilisateurs de signaler plus facilement les contenus haineux et être transparents sur la manière dont les plaintes sont jugées.

La pandémie a accéléré notre migration en ligne et il n’y a pas de retour en arrière. Il est impératif que nous fassions collectivement le nécessaire pour que le monde virtuel soit sécurisé et dépourvu de haine.

à propos de l'auteur
Originaire du Québec, Richard est avocat et vice-président des affaires externes du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (Canada). Il est également auteur (Récipiendaire du 2012 Helen and Stan Vine Canadian Jewish Book Award) et ex-député fédéral. Ses sujets de prédilection sont le monde juif en général et Israël, d’un point de vue québécois et canadien. Les articles postés sur ce blog reflètent ses opinions personnelles.
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