Emmanuel Macron et Israël

Le président français Emmanuel Macron prononçant un discours lors de la cérémonie d'ouverture de la saison France-Israël, à Paris, le mardi 5 juin 2018. (Christophe Petit Tesson / Photo de la piscine via AP)
Le président français Emmanuel Macron prononçant un discours lors de la cérémonie d'ouverture de la saison France-Israël, à Paris, le mardi 5 juin 2018. (Christophe Petit Tesson / Photo de la piscine via AP)

Les relations entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahou étaient parties sur de mauvaises bases. En effet, lors de son voyage en Israël en septembre 2015 en tant que ministre de l’Economie, Macron n’avait rencontré que son homologue, Arie Dehry.

L’ambassadeur français de l’époque, Patrick Maisonnave, avait fait une demande officielle auprès des services du Premier ministre pour une entrevue avec son ministre, au moins dans le cadre d’une visite protocolaire.

Mais le conseiller personnel de Netanyahou pour les affaires françaises, et accessoirement député des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale, Meyer Habib, avait fortement déconseillé cette rencontre qui pouvait causer du tort à ses soutiens Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Bien sûr, il ne savait pas que Macron allait être candidat à la présidentielle mais il avait manqué de discernement en mettant en avant ses convictions personnelles avant l’intérêt des binationaux franco-israéliens, toutes tendances politiques confondues, qu’il était censé représenter. Emmanuel Macron, qui avait bloqué sa soirée pour une éventuelle visite officielle, avait été fortement déçu et ulcéré par ce manque de courtoisie à l’égard d’un ministre de la France.

En Marche n’existait pas encore mais les militants PS en Israël avaient alors vite pris le relais et l’avaient invité au bord de la plage de Tel-Aviv, au restaurant Lalaland, pour combler le trou de son emploi du temps. Bien que non encarté au PS, Macron avait été invité en tant que ministre du président socialiste François Hollande. Il avait auparavant rencontré les « intellectuels israéliens » Grossman, Amos Oz, AB Yéhoshua et Barnavi.

Durant sa visite, Emmanuel Macron s’était rendu au Technion à Haïfa le 6 septembre 2015, pour y rencontrer les dirigeants de l’Université, les Professeurs et les étudiants. À cette occasion a été signé un contrat entre les accélérateurs X-up de l’École Polytechnique et T-factor du Technion par Jacques Biot, Président de Polytechnique, et Peretz Lavie, Président du Technion.

Par la suite, lors du Forum Entreprises France-Israël, qui s’était tenu le 7 septembre à l’Université de Tel Aviv, Emmanuel Macron avait également rappelé l’importance de la coopération scientifique et universitaire entre la France et Israël, pays de la start-up, où les synergies entre éducation, recherche, industrie et innovation sont particulièrement actives et fructueuses.

La crise avec Israël s’est poursuivie en 2018 lorsque le président Macron avait annulé sa visite prévue au printemps puis reportée en novembre sans fournir de raison. Pourtant en 2017, il avait déclaré qu’il se rendrait en Israël et en Palestine au printemps 2018 pour pousser au renouvellement des pourparlers de paix israélo-palestiniens. L’annulation de la visite de Macron était intervenue après que le Premier ministre Edouard Philippe a annulé sa propre visite en Israël, en invoquant des questions de politique intérieure.

En fait des questions purement politiques avaient conduit à cette décision. De source israélienne, on avait prétendu que le Premier ministre français avait décidé de ne pas venir en Israël «en raison des manifestations meurtrières à la frontière de Gaza et de la façon dont le voyage pourrait être perçu par le public français». Les problèmes de santé de Mahmoud Abbas avaient également joué un rôle dans l’annulation. Dans la foulée, le président Réouven Rivlin avait également annulé son voyage en France. Seul, pour tenter de réunir les liens coupés, Benjamin Netanyahu s’était rendu à Paris en juin.

Victime de la politique insufflée par le Quai d’Orsay, dont elle était d’ailleurs issue, l’ambassadrice Hélène le Gall n’a pas su inverser la lente dégradation des relations franco-israéliennes. Elle manquait de poids dans des combats perdus d’avance alors qu’elle cherchait souvent à défendre l’indéfendable. L’ambassadrice était sur tous les fronts pour porter la bonne parole française mais contrairement à ses deux prédécesseurs Christophe Bigot et Patrick Maisonnave, elle s’était aventurée sur des terrains glissants, en communiquant trop souvent.

Au lieu de tenter de remédier aux critiques, justifiées ou non, qui étaient faites à la France, elle n’hésitait pas exclure tout journaliste impétueux qui osait publier des «contre-vérités» selon elle. Elle avait pointé du doigt une publication de Slate.fr qui avait mentionné que «depuis les votes négatifs à l’Unesco et après le vote de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem, les relations entre Israël et la France sont –c’est un euphémisme– très froides».

Pourtant les faits étaient têtus. Sans remonter trop loin dans les votes négatifs contre Israël devant les instances internationales, le France avait seule décidé de se distinguer du monde occidental, et de l’Europe en particulier, en mêlant sa voix à des pays qui ne sont pas réputés pour être de véritables démocraties. Bien sûr, la France a sa propre politique internationale, mais en prenant une position négative sans jamais s’abstenir, elle a perdu son rôle d’arbitre et Israël l’a accusée de s’être rangée du côté de ses ennemis irréductibles.

Le Conseil de sécurité a dû prendre position sur des résolutions qui abordaient sous des angles différents, le conflit entre Israël et la Palestine. Mais les textes étaient partiaux car ils rejetaient toujours la responsabilité sur Israël en l’absence de toute référence au «groupe terroriste Hamas». Le Conseil de sécurité de l’ONU avait même rejeté un projet de résolution américain rendant responsable le Hamas palestinien des violences dans la bande de Gaza.

Les Etats-Unis ont été les seuls à voter pour leur texte. Onze pays se sont abstenus tandis que la France a voté contre. Le projet américain contenait des injonctions dirigées vers «les organisations terroristes telles que le Hamas» et proposait au Conseil de condamner les tirs de roquettes aveugles, effectués par des milices palestiniennes basées à Gaza en direction de villages israéliens.

La France n’avait pas voté le projet et par la voix de son représentant François Delattre, avait fait observer que la responsabilité du Conseil de sécurité est de répondre à la crise de Gaza dans sa globalité, «ce qui n’est pas fait dans ce texte» et avait déploré ce «lourd silence du Conseil qui est de plus en plus assourdissant. Un silence qui n’est ni acceptable, ni compréhensible. Si ce Conseil abdique aujourd’hui ses responsabilités, qui donc les assumera ?»

Mais la position de la France avait entraîné une réaction forte de l’ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis (2009 à 2013), Michael Oren, qui dans un tweet s’en est pris à la France : «Louange aux États-Unis pour avoir mis leur veto à la résolution du Conseil de sécurité sur Gaza qui ne mentionne pas le Hamas et a condamné Tsahal pour avoir défendu Israël. Honte à la France de l’avoir soutenue. Le gouvernement français ne peut pas dire que c’est contre l’antisémitisme et voter pour cette résolution antisémite».

La réaction d’Hélène le Gal a été immédiate : «Honte à vous M. Oren d’avoir insulté la France à la veille de la visite de votre Premier ministre à Paris. Vous n’avez pas lu la résolution. Ce n’était pas parfait mais elle condamnait toute la violence contre Israël. La France soutient résolument la sécurité d’Israël». Il n’est pas sûr qu’il lui appartenait de réagir en tant qu’ambassadrice chargée d’arrondir les angles plutôt de mettre de l’huile sur le feu. En fait, le bilan diplomatique a été négatif durant son mandat.

D’ailleurs le très prudent Yigal Palmor, directeur de la communication à l’Agence juive et ancien porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères, est sorti de sa réserve : «Cependant, Madame l’Ambassadeur, et avec tout mon respect sincère, comment se fait-il que la France n’ait pas voté comme le Royaume-Uni, la Hollande, la Pologne et l’Éthiopie mais plutôt avec le Koweït, la Russie, la Chine, la Bolivie ? Vous savez que nous attendons plus de la France».

C’est dans cette atmosphère tendue que va avoir lieu la visite d’Emmanuel Macron les 22 et 23 janvier en Israël, en compagnie de Donald Trump, pour marquer les 75 ans de la libération d’Auschwitz. L’évènement est organisé par Yad Vashem en présence d’un certain nombre de dirigeants mondiaux, dont la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique et le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il n’est pas encore sûr que le président russe Vladimir Poutine soit impliqué car il a décidé d’organiser ses propres commémorations à Moscou en mai prochain.

Il ne s’agit pas d’une visite politique pour Emmanuel Macron qui sera pour la première fois en Israël en tant que président. Mais ce sera une bonne occasion pour mettre les choses au point en présence du nouvel ambassadeur français, Éric Danon, qui vient de prendre ses fonctions et qui n’aura pas la tâche facile. Bien sûr, la politique de Netanyahou n’est pas exempte de critiques mais les décisions françaises n’ont pas aidé à la faire évoluer.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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