« Ella, L’espoir au loin », Tome 1 de Nelly Ben Israël

Nelly Ben Israël, bibliotheconomiste à l’Université Hébraïque de Jérusalem et chroniqueuse littéraire du site Israpresse, publie, en 2021, le tome 1 de son premier roman, Ella, L’espoir au loin, aux editions M+.

Résumé: Ella Marge a 17 ans en 1965. Issue d’une famille juive aisée de Rouen, ses parents, survivants de la Shoah, sont traumatisés par la guerre. Ella et son frère Sébastien font partie de la deuxième génération, nés après l’innommable mais souffrant des séquelles indélébiles du supplice que vécurent leurs parents. Brillante littéraire, Ella tente de quitter sa famille oppressante, son père, violent, la tourmentant sans relâche. Lors d’une réunion culturelle, elle rencontre l’écrivain et activiste espagnol Jorge Semprún qui deviendra son mentor. Ce premier volet de ce diptyque historique évoque des souffrances mais aussi de grands amours. Alliant travaux académiques, références musicales et cinématographiques, l’auteure aborde également les thèmes de l’identité et de la reconstruction. Outre la découverte de la France des années 60 et 70, ce roman entraîne les lecteurs en Espagne et en Israël, à la rencontre de personnalités historiques, de la Guerre des Six jours à la transition démocratique espagnole en passant par Mai 68. Nelly Ben-Israël est bibliothécaire à l’Université hébraïque de Jérusalem. Née au Maroc, de nationalité israélienne, de culture française et espagnole, elle a la chance de maîtriser plusieurs langues, ce qui fut une incroyable richesse pour appréhender ce livre, et décrire la complexité identitaire de son héroïne en France, Espagne et Israël. Ella est son premier roman.

Pourriez-vous nous décrire le contexte dans lequel vivaient les juifs marocains ? Comment vivez-vous la normalisation des relations entre ces deux pays ?

Nelly Ben Israël: Pourquoi « vivaient » ? Il y a encore des juifs marocains, certes peu nombreux, qui vivent en totale harmonie avec leurs compatriotes musulmans.

La génération de nos parents et grand-parents ont un vécu plus riche que nous de par la taille de la communauté juive qui s’est réduite depuis, mais ceux de ma génération garde un souvenir ému et nostalgique de cette vie-là.
Nous, juifs nés au Maroc, restons attachés à nos racines et sommes pour la plupart en contact avec des amis restés là-bas et l’annonce de la normalisation a été une grande émotion.
D’un coup, je me suis sentie entière, et plus dans le besoin de faire un choix entre mon pays natal et mon pays d’adoption. Non pas que l’on m’ait jamais demandé de choisir, mais il y avait ce tiraillement du fait justement qu’il n’existait pas de relations diplomatiques entre les deux pays.
Aujourd’hui, plus justement après la crise sanitaire, il sera plus facile de programmer un voyage, d’organiser une visite avec toute la famille et donc la génération de mes enfants qui sont également très fiers de leurs origines.
Et de façon plus générale, je me fais une joie de ces nouvelles opportunités entre les deux pays au niveau culturel, académique, commercial et autres.

Pouvez vous nous rappeler votre cursus qui vous a conduit de l’université Paris Diderot à l’université hébraïque de Jérusalem ?

Nelly Ben Israël: J’ai passé un bac économique au lycée français de Rabat mais j’ai toujours souhaité étudier les lettres et la littérature, voire le journalisme. Cette dernière filière étant difficile d’accès, je me suis donc inscrite en Lettres modernes à Paris 7 – Denis Diderot où j’ai obtenu une licence. J’ai passé trois années studieuses et quelques professeurs passionnants m’ont marquée. Je pense notamment à Francis Marmande à qui je fais un clin d’œil dans le livre alors que je ne suis pas en contact avec lui depuis la fin de mon cursus et à Éric Marty dont le cours semestriel sur ‘Madame Bovary’ reste dans ma mémoire.

J’ai eu l’occasion de le contacter lorsqu’il a donné une série de conférences en Israël en 2014, il en a été surpris et, je crois, touché. Je lui ai écrit de nouveau récemment pour lui annoncer la sortie prochaine de mon livre et il m’a assuré qu’il le lira.

Mon cursus terminé en France à 20 ans en 2000, la vie a fait que j’allais reprendre mes études plus tard, à 32 ans, en Israël et en hébreu. Je possède un master en éducation, spécialisé en science de l’information et bibliothéconomie et j’ai le bonheur d’être depuis près de 10 ans bibliothécaire à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Quel regard portez-vous sur la littérature française contemporaine et sur les écrivains israéliens ?

Nelly Ben Israël: Du fait de mon métier, je me tiens au courant des parutions littéraires et j’ai la chance de pouvoir commander des livres pour nos étudiants francophones ou en apprentissage. Nous possédons donc beaucoup de nouveautés que je me fais un plaisir de lire. Nous avons sur nos étagères une grande partie des ouvrages d’auteurs contemporains, cela va de Philippe Labro au premier roman d’Olivia Ruiz en passant par Olivier Adam et Amélie Nothomb, sans oublier Carole Martinez ou encore Boualem Sansal. De la même façon, nous achetons également des livres de langue française traduits en hébreu, comme ceux de Joël Dicker ou de Valérie Zenatti pour ne citer qu’eux. Cela nous permet d’importer une petite partie de la culture française à l’Université.

En ce qui concerne les écrivains israéliens, je suis personnellement une grande admiratrice, entre autres, de David Grossman et de Dror Mishani. Parce que je lis beaucoup sur le sujet, je sais que les écrivains israéliens sont très appréciés en France et cela ne peut que me faire plaisir. Dans un autre registre, Yuval Noah Harari connait un immense succès dans le monde entier et bien que nous n’ayons pas les mêmes idées, voir son intervention sur le plateau de ‘La grande librairie’ était un moment très agréable.

Avec votre héroïne, Ella, et ce titre ‘L’espoir au loin’, publié aux éditions M+, quel message souhaitez-vous apporter?

Nelly Ben Israël: Ella est une jeune femme qui débute sa vie d’adulte avec fragilité et sans assurance avec un bagage traumatique lourd, celui de la Shoah vécue par ses parents mais dont elle sait finalement très peu. Et c’est difficile de se construire lorsqu’on ne connaît pas bien son histoire.

‘L’espoir’ d’une vie meilleure est au centre du roman et c’est Ella qui fera, au final, ses propres choix.

Rouen, Shoah, années 60, de quelle façon cette histoire est-elle proche de la vôtre en tant que native du Maroc à la fin des années 70 ?

Nelly Ben Israël: Cette histoire est beaucoup plus intime qu’on ne pourrait le penser au premier abord.

Je suis effectivement née à Rabat, une petite ville au bord de la mer avec une communauté juive restreinte et lorsque je me suis plue à imaginer sa jumelle en France, Rouen s’est imposée naturellement.
La Shoah fait partie de l’histoire et la mémoire collectives du peuple juive. Si dans mon cas, elle ne me touche pas personnellement via ma famille, des communautés séfarades (bulgares, grecques) ont été exterminées et il était important pour moi de le rappeler avec la mère de mon héroïne, originaire de Salonique.

Quant aux années 60, elles sont fascinantes et cela a été passionnant de les découvrir par la chanson, la littérature, l’actualité historique. C’était aussi le moment où Israël suscitait une admiration sans faille de par le monde en général, et en France en particulier.
J’ai passé énormément de temps à lire des articles et écouter des interviews, de sorte que pendant l’écriture, je me suis littéralement plongée dans ces années-là.

Pour quand est prévue la suite de votre livre ?

Nelly Ben Israël: Je travaille effectivement sur la suite d’Ella qui aura un deuxième et dernier tome et avec mon éditeur. Nous n’avons pas encore de choix arrêté sur le titre mais nous pensons le proposer en octobre prochain, dans quelques mois donc.

à propos de l'auteur
Alexandre Gilbert, fondateur de la galerie Chappe écrit pour le Times of Israël, Jewpop et LIRE Magazine Littéraire.
Comments