Ehoud Barak au pays des revenants

Il est de retour, mais en fait, il n’avait jamais quitté la scène politique, et faisait entendre régulièrement sa voix sévère pour dénoncer la politique de Binyamin Netanyahou.

Depuis son départ du ministère de la Défense en 2013, il a très bien réussi dans les affaires. Il y a soixante ans, cet élève surdoué avait obtenu à l’armée les meilleures notes aux examens psychométriques. Chef de la célèbre unité sayeret ha matkal (l’élite des commandos), il devint le militaire le plus décoré d’Israël et se hissa au sommet en devenant chef d’Etat-major. Il embrassera la carrière politique sous la protection d’Itzhak Rabin en 1995. Il deviendra Premier ministre en 1999. Son mandat ne sera pas de tout repos. Il va apprendre qu’on ne parle pas à des ministres comme à des officiers et qu’on ne dirige pas un pays comme une armée.

Il réussira à faire sortir Tsahal du Liban et laissera derrière lui une situation économique florissante. Mais il aura tout faux sur le plan diplomatique. Le président syrien d’alors, Hafez el-Assad, refusera toute concession sur l’avenir du Golan. A camp David, en juillet 2000, Yasser Arafat repoussera son offre de retrait de près de 80 % des territoires palestiniens. Ehoud Barak, avec le soutien du président Clinton, en tirera une leçon politique bien contestable mais qui marque encore aujourd’hui les esprits : « Il n’y a personne à qui parler » (Ein im mi ledaber).

La deuxième Intifada, sa lourde défaite face à Ariel Sharon en 2001, son entrée dans un gouvernement Netanyahou et la création d’une formation dissidente du Parti travailliste achèveront de ruiner sa réputation d’homme d’Etat. Comme Binyamin Netanyahou qui, avant lui, rata son premier mandat (1996-1999) et fit ensuite le parcours que l’on sait, Ehoud Barak tirera-t-il les leçons d’un passé contrasté ?

Il devra procéder à cet examen de conscience s’il souhaite atteindre ses objectifs. Il veut rassembler dans son nouveau parti des personnalités qui comptent. Fort de ce capital humain, il entend prendre la tête d’un bloc Barak-Avoda-Meretz et le lancer à la reconquête d’un électorat de gauche laissé en déshérence. Benny Gantz et ses associés, minés par leurs querelles d’égos, pourraient alors ne pas sortir du ghetto électoral dans lequel ils se sont enfermés : le public du centre-droit. Si Bleu et Blanc perdait sa place de premier parti d’opposition, Ehoud Barak se verrait confier la tâche de former le gouvernement au lendemain des élections du 17 septembre. Rêveries d’un militaire prestigieux ? Ehoud Barak a déjà imposé sa présence au pays des revenants. Pas au royaume des illusions. Les vues de l’esprit, ce n’est pas tout à fait le genre de la maison Barak. La volonté, si.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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